Corée du Nord : comment Pyongyang contourne les sanctions de l'ONU

L'ONU a multiplié les sanctions pour empêcher la Corée du Nord de développer des missiles. Mais le régime de Kim Jong-un a développé des stratégies diverses pour s'en affranchir.

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, observe un exercice militaire sur cette photo publiée par l\'agence officielle nord-coréenne le 26 avril 2017.
Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, observe un exercice militaire sur cette photo publiée par l'agence officielle nord-coréenne le 26 avril 2017. (KCNA KCNA / REUTERS)

Le Japon veut "augmenter la pression sur la Corée du Nord", assure le Premier ministre nippon, Shinzo Abe. Une déclaration qui intervient après qu’un missile nord-coréen a survolé le Japon, mardi 29 août, ce qui a entraîné une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

>> Suivez la situation après le tir de missile nord-coréen au-dessus du Japon 

De nombreuses sanctions ont, pourtant, été mises en place, notamment après les premiers tirs de missiles longues portées en juillet. Celles-ci sont censées empêcher le pays de développer son programme nucléaire en limitant ses exportations et en le privant de recettes.

Pourtant, la Corée du Nord a connu en 2016 sa croissance la plus forte depuis dix-sept ans, avec une hausse du PIB de 3,9%, selon un rapport de la banque centrale sud-coréenne publié il y a trois semaines. Car le régime de Kim Jong-un trouve des moyens de plus en plus ingénieux de contourner ces mesures. Franceinfo vous détaille les stratégies mises en place par la Corée du Nord pour les éviter.

En recourant à des sociétés-écrans

Pour masquer ses activités illicites étrangères, la Corée du Nord a recours à des sociétés-écrans, qui permettent de "dissimuler" ces activités sous des transactions commerciales qui semblent légitimes, assure le think tank américain C4ADS, dans un rapport (PDF, en anglais) publié en juin. L’institut prend l’exemple d’un groupe chinois : Dandong Hongxiang Industrial Development, lequel a été sanctionné par les Etats-Unis.

Le journal The Guardian (en anglais) affirme également qu’un banquier britannique, Nigel Cowie, a contribué à monter une compagnie offshore qui aurait été utilisée par Pyongyang pour vendre des armes et développer son programme nucléaire. L’ONU, de son côté, explique que des sociétés-écrans, situées à l'étranger – par exemple en Malaisie –, sont contrôlées par l'agence de renseignements nord-coréenne.

En vendant du matériel militaire 

Selon l'ONU, la Corée du Nord a fourni "des missiles, des composants et des technologies" au régime syrien de Bachar Al-Assad et à l'Iran. "La Corée du Nord a aussi procédé à des échanges balistiques avec Téhéran, explique au JDD Juliette Morillot, une historienne et spécialiste de la péninsule coréenne. Ce qui lui a permis de faire des essais avec ses propres missiles, mais sur un autre territoire que le sien."

Pour ce faire, Pyongyang transporte son matériel dans des conteneurs embarqués sur des cargos possédés par des compagnies maritimes importantes, à l’insu de celles-ci, selon le magazine Challenges. D'après Hugh Griffiths, spécialiste des trafics illicites à l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), cité par l'hebdomadaire, ce trafic "d'une ampleur inconnue" consiste pour la Corée du Nord à remettre en état du vieux matériel militaire chinois ou soviétique, en échange d'argent ou de nourriture.

Grâce à la complicité de la Chine

Selon Le Monde, la Chine n’a montré qu’une bonne volonté de façade en votant les aux sanctions prises par l’ONU : "En coulisses, Pékin a maintenu un soutien commercial vital au régime de Kim Jong-un." Selon le magazine anglais Foreing Policy, le régime chinois a acheté deux millions de tonnes de charbon à Pyongyang, deux fois plus que ce que l’ONU l’y autorise, et sans en référer au comité des sanctions. Les sanctions ne proscrivent pas l'importation de pétrole via la Chine, denrée vitale pour le régime. "Sans essence, l'armée ne pourrait pas fonctionner et le pays serait vraiment asphyxié", rappelle au JDD Valérie Niquet, directeur du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique.

En faisant rentrer de l'argent illégalement

La Corée du Nord fait entrer beaucoup de devises grâce aux commerces avec les pays frontaliers, précise le JDD : "La communauté nord-coréenne au Japon est pourvoyeuse de fonds très importants, qui ont permis de construire certains quartiers de Pyongyang", explique Juliette Morillot à l'hebdomadaire. L’argent circulerait caché sous certains produits comme des téléviseurs.

La spécialiste évoque aussi le cas de la Chine voisine, dans la préfecture autonome de Yanbian, au nord-est du pays, où de nombreux hommes d’affaires issus de la minorité nord-coréenne disposent de laissez-passer. RFI rapporte que les experts de l’ONU appellent à une vigilance accrue envers les diplomates nord-coréens qui ont des activités commerciales : selon eux, les agents de Pyongyang paient en espèces ou en or, et utilisent parfois des intermédiaires étrangers.

En envoyant des travailleurs à l'étranger

Chantiers navals ou bâtiment... De nombreux Nord-Coréens partent travailler à l'étranger, quelquefois pour un salaire de 150 euros mensuel, rapporte le JDD. Ces travailleurs rapporteraient à la Corée, selon l'ONU, environ 1,7 milliard d'euros tous les ans. Pour ce faire, de nombreuses agences de placement envoient des ouvriers partout dans le monde : en Chine, en Russie ou encore en Pologne. Selon La Croix, pour contrôler ces travailleurs, le régime menacerait leurs familles restées au pays.