Haut-Karabakh : ce que l'on sait de l'accord de fin des hostilités signé entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan

Conclu sous l'égide de la Russie, cet accord consacre les victoires militaires de l'Azerbaïdjan contre la république séparatiste du Haut-Karabakh alliée à l'Arménie. 

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Des Azerbaïdjanais célèbrent l'accord de fin des combats en portant sur leurs épaules un soldat vétéran qui a perdu ses yeux et une jambe en 2002, à Gandja, en Azerbaïdjan, le 10 novembre 2020. (ARIF HUDAVERDI YAMAN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Fin de la guerre entre les deux républiques du Caucase ? L'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Russie ont annoncé, mardi 10 novembre, avoir signé un accord pour mettre fin au conflit armé dans le Haut-Karabakh. Cet accord entérine les gains territoriaux de l'Azerbaïdjan contre la république séparatiste du Haut-Karabakh alliée à l'Arménie.

Selon le président russe Vladimir Poutine, les belligérants gardent "les positions qu'ils occupent", ce qui consacre des gains de territoires importants pour Bakou. Voici ce qu'il faut retenir de cet accord.

>> L'article à lire pour mieux comprendre le conflit dans le Haut-Karabakh

Une défaite militaire pour l'Arménie

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a été le premier à annoncer la nouvelle, dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 novembre, sur son compte Facebook.  

"Chers compatriotes, (...) j'ai personnellement pris une décision très dure pour moi et pour nous tous. J'ai signé une déclaration sur la fin de la guerre du Karabakh avec les présidents russe et azerbaïdjanais à partir de 1 heure [du matin, le 10 novembre]."

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian

sur son compte Facebook

"J'ai pris cette décision à la suite d'une analyse approfondie de la situation militaire", a-t-il précisé sur son compte Facebook. L'accord conclu entérine en effet la défaite sur le terrain de l'Arménie alliée à la république séparatiste, après six semaines de lourds combats dans l'enclave, marqués par les avancées des troupes azerbaïdjanaises. Bakou avait revendiqué lundi 9 novembre la prise de la deuxième plus importante ville du Haut-Karabakh, Choucha, située à 15 km de la capitale séparatiste, StepanakertPlusieurs milliers de personnes, selon l'agence Reuters, pourraient avoir trouvé la mort dans cette guerre. 

Un accord conclu sous l'égide de la Russie

Vladimir Poutine, suivi des autres parties prenantes, a ensuite confirmé l'accord. La Russie va déployer des soldats de maintien de la paix le long de la "ligne de contact", c'est-à-dire l'ensemble du front arméno-azerbaïdjanais. Elle a annoncé le décollage des six premiers avions Iliouchine 76 transportant les forces de maintien de la paix russes vers le Haut-Karabakh. Au total, 1 960 militaires, 90 blindés et 380 véhicules seront mobilisés. Les soldats russes resteront dans la région pendant cinq ans renouvelables. Les forces russes seront aussi chargées d'assurer la sécurité du corridor de Latchin, cordon ombilical essentiel pour approvisionner le Karabakh depuis l'Arménie.

Après trois tentatives de cessez-le-feu infructueuses, cet accord renforce l'image d'arbitre de la Russie entre les deux ex-républiques soviétiques. En revanche, le texte ne mentionne pas le médiateur historique du conflit, à savoir le groupe de Minsk, un ensemble de pays coprésidé par les Etats-Unis, la Russie et la France. Le rôle de la Turquie n'est pas évoqué non plus dans le document, mais selon l'Azerbaïdjan, Ankara, son grand allié, aura un rôle à jouer dans le maintien de la paix.

Bakou conserve ses gains territoriaux

Dans le cadre de l'accord, l'Azerbaïdjan conserve l'ensemble des territoires reconquis au Haut-Karabakh proprement dit, à l'intérieur même de la république séparatiste. A commencer par la seconde ville de l'enclave, Choucha, cité historique et stratégique située sur la route reliant l'Arménie à la capitale séparatiste Stepanakert. Dès dimanche 8 novembre, les Azerbaïdjanais fêtaient cette victoire, rapporte France 24.

L'Azerbaïdjan a aussi repris plusieurs des sept districts composant le glacis sécuritaire mis en place autour du Haut-Karabakh par les séparatistes arméniens depuis les années 1990, notamment ceux de Jebraïl et Fouzili. 

Enfin, l'Arménie doit céder les autres districts de ce glacis, qui était contrôlé depuis les années 1990 par ses forces : Kalbajar avant le 15 novembre 2020, Aghdam avant le 20 novembre 2020 et Latchin avant le 1er décembre 2020.

Le Haut-Karabakh survit mais est affaibli

Territoire peuplé quasi exclusivement d'Arméniens depuis les guerres des années 1990, la république autoproclamée du Haut-Karabakh est affaiblie. Son seul lien avec l'Arménie, son parrain politique, militaire et économique, sera désormais le corridor de Latchin, large de quelques kilomètres.

Elle sera entourée, à l'est comme à l'ouest et au nord comme au sud, de territoires sous contrôle azerbaïdjanais. Néanmoins, l'Azerbaïdjan n'aura pas atteint son objectif, qui était la reprise de l'ensemble du territoire perdu après la chute de l'URSS. Amoindri, le Haut-Karabakh survit cependant. 

Le Haut-Karabakh est enclavé dans le territoire de l'Azerbaïdjan. (VISACTU)

Le retour des déplacés et réfugiés est prévu

Vladimir Poutine a déclaré que les personnes déplacées pourraient désormais retourner au Haut-Karabakh et que l'échange des prisonniers de guerre pourrait avoir lieu. "Nous partons du principe que l'accord va créer les conditions nécessaires pour un règlement sur le long terme et complet du conflit autour du Haut-Karabakh, sur une base équitable et dans l'intérêt des peuples arménien et azerbaïdjanais", a estimé le président russe. 

Le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU va organiser le retour des réfugiés et des populations déplacées par le conflit. Un échange de prisonniers et de corps doit aussi avoir lieu. Par ailleurs, l'Aménie doit désormais permettre un transit sans encombre entre la métropole azerbaïdjanaise et son enclave du Nakhitchevan, au sud-ouest de l'Arménie.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.