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Clotilde Reiss est sortie de prison

La jeune Française est sortie de prison dimanche et a passé la nuit à l'ambassade de France à Téhéran
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Clotilde Reiss est sortie de prison (© France 3)
La jeune Française est sortie de prison dimanche et a passé la nuit à l'ambassade de France à TéhéranLa jeune Française est sortie de prison dimanche et a passé la nuit à l'ambassade de France à Téhéran

Paris a versé une caution pour sa libération, "autour de 200.000 euros", a indiqué le chef de la Diplomatie Bernard Kouchner.

Selon l'Elysée, Clotilde Reiss, poursuivie pour s'être mêlée à des manifestations de l'opposition, restera "hébergée" sous contrôle judiciaire à l'ambassade de France à Téhéran "dans l'attente de son retour en France".

L'ambassadeur de France avait pu la rencontrer et les Iraniens avaient évoqué la possibilité qu'elle attende les conclusions de son procès à l'ambassade de France. La jeune femme de 24 ans avait été arrêtée le 1er juillet dans le cadre de la répression des manifestations qui avaient suivi la réélection le 12 juin du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.

Le président Nicolas Sarkozy s'est entretenu avec elle au téléphone "dès sa sortie de prison", selon l'Elysée. "Il lui a exprimé sa joie et son plein soutien ainsi que celui de tous les Français, qui ont suivi avec inquiétude son arrestation et la procédure judiciaire à laquelle elle est soumise. Il a relevé la dignité et le courage avec lesquels Clotilde Reiss a affronté cette épreuve."

"Les autorités françaises demandent maintenant qu'il soit mis fin au plus vite aux procédures judiciaires à l'encontre de Clotilde Reiss et de Mme Nazak Afshar, que rien ne peut justifier", ajoute la Présidence. Le président français "remercie les pays de l'Union européenne et d'autres pays amis, comme la Syrie, de la solidarité et de l'appui qu'ils nous ont apportés et continueront de nous apporter jusqu'à ce que nos deux compatriotes aient recouvré leur pleine liberté", conclut le communiqué.

"Je l'ai trouvée en bonne forme, elle était très heureuse", a déclaré pour sa part le père de la jeune femme, Rémi Reiss, qui a pu s'entretenir au téléphone avec sa fille, quelques instants après sa remise en liberté.

Une caution de 213.000 euros ?

Selon le procureur de Téhéran Saïd Mortazavi, cité par l'agence Mehr, Clotilde Reiss a été libérée après le dépôt d'une caution de 300 millions de tomans, siot 213.000 euros.

Sur le plateau de France 2, dimanche soir, peu avant l'annonce de la libération de Clotilde Reiss, le chef de la diplomatie Bernard Kouchner avait indiqué que la France paierait une caution pour sa libération. "Ce n'est pas énorme, ce n'est pas plusieurs centaines de milliers d'euros."

Une étudiante brillante

Clotilde Reiss est, selon son entourage, une étudiante sérieuse et prudente, aux antipodes des accusations d'espionnage lancées par Téhéran. Selon l'agence de presse officielle Irna, "elle est accusée d'avoir rassemblé des informations et encouragé les émeutiers".

"Clotilde n'est pas politique", a affirmé à l'AFP son père, Rémi Reiss. "Elle n'a pas d'engagement dans cette région, elle ne peut pas être considérée comme militante". "Ce n'est pas du tout un tempérament politique revendicatif", a-t-il souligné, décrivant sa fille, âgée de 23 ans et arrêtée le 1er juillet, comme une femme "valeureuse et altruiste qui ne fait pas de politique". "Bien sûr, elle est innocente, elle n'a rien à se reprocher et on ne peut rien lui reprocher. Sa motivation, c'est l'art, c'est la culture, c'est la connaissance de l'Iran", a-t-il expliqué.

La jeune femme, initiée à la culture iranienne dès son plus jeune âge par une nourrice de ce pays, a ensuite étudié le farsi et s'est rendue en Iran à plusieurs reprises. Son mémoire de fin d'études à l'Institut d'études politiques (IEP) de Lille, dont elle est diplômée en 2008, portait sur le système éducatif iranien et les manuels scolaires depuis la Révolution islamique. Selon le directeur des études de l'IEP, Benoît Lengaigne, "c'était une étudiante déterminée et passionnée. Excellente élève, elle a eu toutes ses années avec mention". Une de ses anciennes condisciples à Lille, Sophie Taboni, se souvient d'une "fille très discrète, douce, sérieuse".

"Clotilde était en Iran dans le cadre de la coopération franco-iranienne comme lectrice de français" à l'université d'Ispahan (centre), a rappelé son père. "Elle devait rentrer en France. Comme elle vient de travailler cinq mois, elle voulait aussi prendre des congés, passer par le Liban et la Turquie", a-t-il précisé.

Selon le ministère français des Affaires étrangères, il était reproché à la jeune femme d'avoir pris des photos avec son téléphone portable de manifestations à Ispahan après la réélection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Une autre de ses camarades de l'IEP Lille, Camille, qui n'a pas donné son nom de famille, a raconté à l'AFP avoir reçu, avec d'autres "un email de notre copine Clotilde très simple, racontant ce qu'elle voyait, en tant que spectatrice, témoin des grandes manifestations, et puis il y avait trois quatre liens vers des blogs en persan d'étudiants avec quelques photos". "En plus on n'a absolument rien vu que l'on ne voyait pas dans les médias et les journaux qu'on avait en France", a-t-elle souligné.

Selon Leili Anvar, maître de conférences en farsi à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), qui a eu Clotilde Reiss comme étudiante, "c'est une jeune femme charmante, passionnée, très intéressée par la culture, absolument pas le profil de l'agent ou de l'espion". "C'est une étudiante assez brillante et passionnée, charmante, comme tous les profs rêvent d'en avoir", a-t-elle dit, "quelqu'un d'extrêmement doux".

"Le malentendu", a estimé Leili Anvar, est sans doute venu du fait "qu'elle a dû assister à des manifestations, faire quelques photos et les envoyer. Du coup, c'est monté en épingle".

Par Selim SAHEB ETTABA (AFP)

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