Pourquoi la Chine abandonne la politique de l'enfant unique

Vieillissement de la population, inquiétant déséquilibre hommes-femmes, politiques de planning familial inhumaines... Francetv info vous explique pourquoi le pouvoir chinois a pris ce tournant historique. 

Deux bébés, dans un hôpital de Pékin (Chine), le 1er décembre 2008.
Deux bébés, dans un hôpital de Pékin (Chine), le 1er décembre 2008. (FREDERIC J. BROWN / AFP)

Une décision historique. La Chine a annoncé jeudi 29 octobre la fin de la politique controversée de l'enfant unique, vieille de plus de trois décennies, et l'autorisation pour tous les Chinois d'avoir deux enfants. La mesure fait suite à un assouplissement adopté il y a deux ans, Pékin ayant déjà permis aux Chinois d'avoir deux enfants si l'un des deux parents était lui-même enfant unique, mais cela n'a permis aucune évolution spectaculaire. 

La Chine a introduit la politique de limitation des naissances à la fin des années 1970 pour freiner une démographie alors galopante, précédemment encouragée sous la direction de Mao Tsé-toung (1949-1976). Mais le vieillissement de la population qui en résulte, ainsi que le déséquilibre hommes/femmes posent désormais d'énormes défis aux autorités. Voici les raisons de ce tournant historique.  

Pour faire face au vieillissement de la population et maintenir la croissance économique

Les autorités soutiennent que la politique de l'enfant unique a évité environ 400 millions de naissances et contribué à l'essor économique du pays. La population chinoise s'élevait officiellement fin 2014 à presque 1,37 milliard d'habitants. Les structures familiales ont été bouleversées par cette mesure, et étant donné les carences persistantes du système local des retraites, un enfant unique a souvent à sa charge ses deux parents et ses quatre grands-parents.

Les inquiétudes au sujet de la baisse de la population en âge de travailler en Chine, s'ajoutant à son vieillissement inexorable, ont conduit les autorités à progressivement assouplir la loi. La population chinoise en âge de travailler a chuté de près de 3,7 millions de personnes l'an dernier, tombant à 915,8 millions. Les 212 millions de personnes âgées représentaient fin 2014 environ 15,5% de la population. Et, selon des estimations de l'ONU, 30% des Chinois auront 60 ans ou plus en 2050, soit bien davantage que la moyenne de 20% attendue mondialement. Le taux de fécondité actuel de 1,4 enfant par femme est très au-deçà du seuil de 2,1 enfants supposé garantir le renouvellement des générations. Un véritable enjeu économique : "La main-d'œuvre chinoise est moins compétitive sur les prix, mettant en grande difficulté les exportateurs à bas coûts", résume Le Monde (article abonnés). 

Pour tenter de contenir le déséquilibre hommes-femmes

Les avortements sélectifs et les infanticides, alimentés par une préférence traditionnelle profondément ancrée pour les garçons, ont conduit à un grave déséquilibre : en 2014, il est né 116 garçons pour 100 filles, pour un ratio total dans la population de 105 hommes pour 100 femmes. 

Plusieurs études officielles estiment à 30 millions le nombre d'hommes chinois dans l'impossibilité de trouver une femme. Une "crise des célibataires", potentiellement génératrice de violence et d'instabilité, hantise des autorités. "Avec les dangers que génère une telle frustration (viols, violences en tout genre)", rapporte Geopolis, évoquant des enlèvements "de fillettes et de jeunes filles pour les marier de force".

Pour mettre fin à des politiques jugées inhumaines 

Conséquence de la politique de l'enfant unique : le nombre d'avortements a culminé entre 1982 et 1992, à plus de 10 millions par an, avec des pics à plus de 14 millions en 1983 et en 1991. Les avortements forcés restent très répandus, selon des ONG de défense des droits, en particulier pour les femmes non mariées ou les couples n'ayant pas atteint l'âge légal du mariage (22 ans pour les hommes et 20 ans pour les femmes). Le cas de Feng Jianmei, forcée à avorter en 2012 après sept mois de grossesse (au-delà de la limite légale des six mois), avait provoqué des réactions outrées sur l'internet chinois.

"Le planning familial est rapidement devenu synonyme de violente intrusion de l'Etat dans la vie la plus intime des citoyens. Obsédés par des statistiques déterminantes pour leurs carrières, ses officiels recoururent aux avortements forcés, selon des procédés barbares", explique Le Monde. Les parents qui étaient réticents à la politique de l'enfant unique étaient le plus souvent punis par des amendes ou la non-délivrance du certificat qui permet la scolarisation des enfants et leur prise en charge par le système de santé. Créant un grand nombre "d'enfants noirs", comme les appellent les Chinois, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas d'existence légale, raconte Géopolis.