Pékin et le «shutdown» : il faut «dé-sa-mé-ri-ca-ni-ser» !

La Chine s’inquiète du conflit budgétaire aux Etats-Unis, susceptible d’entraîner un défaut de paiement à partir du 17 octobre. Il faut dire que l’ex-Empire du Milieu est le principal détenteur de la dette américaine. Conséquence : l’agence officielle Chine Nouvelle (Xinhua), sous la signature de Liu Chang, appelle à «un monde désaméricanisé». Sans aucune, mais alors, aucune précaution de langage.

Un manifestant protestant le 13-10-2013 devant la Maison blanche contre le shutdown (fermeture) des administrations fédérales, imposée par l\'impossibilité d\'un accord budgétaire au Congrès des Etats-Unis entre républicains et démocrates.
Un manifestant protestant le 13-10-2013 devant la Maison blanche contre le shutdown (fermeture) des administrations fédérales, imposée par l'impossibilité d'un accord budgétaire au Congrès des Etats-Unis entre républicains et démocrates. (AFP - Jewel Samad)
Alors que les élus tant républicains que démocrates sont incapables «de normaliser le fonctionnement des institutions politiques dont ils se vantent, il est peut-être temps, pour une planète stupéfaite, de commencer à envisager l’édification d’un monde désaméricanisé», explique l’Agence dans un «commentaire» en anglais, mis en ligne le 13 octobre. Le moyen pour le pouvoir chinois d’appeler un chat un chat. Et de diffuser le plus largement possible le fond de sa pensée.

«Le blocage qui empêche de manière cyclique la conclusion d’un accord viable entre les deux partis sur le budget fédéral et le relèvement du plafond de la dette, menace une nouvelle fois les réserves considérables en dollars de nombreuses nations et inquiète fortement la communauté internationale», poursuit la dépêche. Pékin prêche ici pour sa paroisse : avec 1277  milliards de dollars en bons du trésor, la Chine, seconde économie mondial, est le plus gros pays créditeur des Etats-Unis d’Amérique. Et visiblement, le blocage au Congrès à Washington commence à lui taper sur les nerfs… D’où cette acrimonie et cette manière de montrer les crocs.

«Au lieu d’honorer les devoirs qui incombent à un leader mondial responsable, Washington, qui ne pense qu’à ses intérêts, a abusé de son statut de superpuissance et provoqué davantage de chaos dans le monde en exportant ses risques financiers, en attisant des conflits régionaux et en lançant des guerres non justifiées sur la foi de francs mensonges», poursuit Chine Nouvelle. Une claire allusion aux contre-vérités de l’administration Bush au moment de l’intervention américaine et britannique en Irak en 2003. 

«Nation hypocrite»
«Dans le même temps, le gouvernement américain a tout fait pour se présenter au monde comme celui qui donne le là en matière moral (…). Tout en torturant des prisonniers de guerre, en tuant des civils lors d’attaques de drones et en espionnant les dirigeants du monde». Ambiance…    

Vue générale de Pudong, le quartier financier de Shanghaï, symbole du dynamisme et de la puissance économiques de la Chine (3-9-2013).
Vue générale de Pudong, le quartier financier de Shanghaï, symbole du dynamisme et de la puissance économiques de la Chine (3-9-2013). (Reuters - Carlos Barria)
 
Conclusion quasi-wagnérienne: «Il faut mettre fin aux jours inquiétants pendant lesquels les destins des autres se trouvent entre les mains d’une nation hypocrite. Il conviendrait de mettre en place un nouvel ordre économique mondial dans lequel toutes les nations, qu’elles soient grandes ou petites, riches ou pauvres voient leurs intérêts primordiaux respectés et protégés sur un pied d’égalité».
 
L’éditorialiste de Chine Nouvelle précise alors sa pensée. A ses yeux, «le système financier mondial doit entreprendre des réformes substantielles». En l’occurrence : «La création d’une nouvelle monnaie de réserve internationale remplaçant le tout puissant dollar américain. Ce qui permettrait à la communauté internationale de rester en permanence à l’écart des conséquences de la crise politique aux Etats-Unis». Une proposition qui risque de ne pas enchanter Wall Street…
 
Autre «réforme substantielle» demandée par la Chine (et dont ne parle pas cette fois l’agence) : une évolution du Fonds monétaire international (FMI), où Pékin n’exerce guère plus d’influence que l’Italie. Petite précision : une réforme de la répartition des pouvoirs au sein du FMI est en gestation depuis trois ans. Mais elle est bloquée par le véto de fait de Washington qui doit la faire ratifier par le Congrès. Lequel, comme on l’a dit, est bloqué par le conflit entre républicains et démocrates… Bref : un air connu !