Le tabac deviendrait-il tabou en Chine ?

Quand le gouvernement chinois demande quelque chose à ses cadres, il y a fort à parier que cela sera suivi d'effet. Ainsi, le Conseil des affaires de l'Etat a explicitement demandé aux responsables du Parti communiste chinois de ne plus fumer en public. Une avancée dans ce pays, premier consommateur mondial de tabac, avec ses 320 millions (chiffres 2010) de fumeurs ? Pas sûr...

Ca, c\'était hier (12e Congrès national du peuple à Pékin, le 14 mars 2013) ! A compter de 2014, les cadres du Parti communiste chinois devront montrer l\'exemple et ne plus fumer en public.
Ca, c'était hier (12e Congrès national du peuple à Pékin, le 14 mars 2013) ! A compter de 2014, les cadres du Parti communiste chinois devront montrer l'exemple et ne plus fumer en public. (AFP PHOTO / MARK RALSTON)
Pékin avait eu beau annoncer en 2008 qu'il serait bientôt interdit de fumer dans la plupart des lieux publics, la réglementation mise en oeuvre en 2011 a été peu ou pas suivie. Il faut dire que la consommation de tabac est un élément central de la vie sociale, phénomène que l'on peut observer d'ailleurs dans le film chinois A Touch of Sin (2013), de Jia Zhang Ke.

A tel point qu'il existe même un métier de goûteur professionnel de tabac, comme le raconte le Global Times, au service de gros cigarettiers comme Heilongjiang Tobacco Industrial. 

Vie sociale ou non, une circulaire du 29 décembre 2013 annonce désormais la couleur. Les fonctionnaires n'auront plus à l'avenir qu'à bien se tenir et «à donner l'exemple»: «Le fait de fumer dans des lieux publics est toujours un phénomène courant, en particulier pour un petit nombre de cadres dirigeants qui mettent non seulement en danger la santé publique et l'environnement, mais nuisent aussi à l'image du Parti communiste et du gouvernement.»
 
Selon le texte, les responsables qui enfreignent les interdictions ou achètent du tabac avec des fonds publics, devraient être «critiqués et sensibilisés au sujet de leur influence néfaste». Pourquoi les cadres sont-ils visés par la circulaire ? Il semblerait que Pékin veuille mettre un sérieux coup de frein à la corruption dans certaines provinces, où des responsables locaux offrent, entre autres, des cigarettes haut de gamme payées avec des fonds publics pour «acheter» un interlocuteur. 

Un million de morts chaque année
Quoi qu'il en soit, 2014 sera une année décisive dans la lutte contre le tabagisme, qui tue environ un million de Chinois chaque année, selon l'OMS. Chiffre qui devrait tripler dans les vingt prochaines années (53% des hommes fument et 28% des plus de 15 ans). Un texte est en préparation pour encadrer la pratique tabagique. A commencer, dès le 1er janvier, par une interdiction de fumer à bord des trains à grande vitesse, sous peine de quelque 240 euros d'amende.

Mais la tâche est ardue, car le gouvernement, qui détient le monopole du tabac, n'entend pas se priver d'une source non négligeable de revenus. En 2009, cette industrie a généré 7,6% des recettes nationales et dans la dernière décennie, le chiffre d'affaires de la production a augmenté de 50%.