Tribune de députés LREM sur la crise à Hong Kong : "Il ne faut pas attendre un énorme drame pour s'exprimer", exhorte un des signataires

Après plusieurs semaines de manifestations et alors que l'exécutif hongkongais durcit le ton, une vingtaine de députés français LREM ont signé une lettre ouverte, demandant à la France de s'exprimer. "Plus il y aura de mobilisation politique, plus le gouvernement chinois fera attention", selon le député Jean-François Cesarini.

Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse, le 20 mars 2019, dans la salle des Quatre colonnes à l\'Assemblée nationale. 
Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse, le 20 mars 2019, dans la salle des Quatre colonnes à l'Assemblée nationale.  (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Alors que les manifestants pro-démocratie ont de nouveau investi l'aéroport de Hong Kong mardi 13 août, une vingtaine de députés français La République en marche ont signé une lettre ouverte dimanche, fustigeant le silence de la France. "Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qui s’est passé", a indiqué sur franceinfo Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse. "Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement chinois fera attention avant de parler de terrorisme, de chemin de non-retour", a-t-il ajouté.

franceinfo : Reprochez-vous au président Emmanuel Macron de ne pas réagir ?

Jean-François Cesarini : On ne s’est pas simplement dirigé contre le gouvernement français ou le président de la République. Le silence est beaucoup plus grand que cela : nos opposants politiques, que ce soit le Parti socialiste, Les Républicains ou le Rassemblement national, ne se sont pas exprimés à ce sujet. Même plus généralement dans la communauté internationale, on voit qu’il y a beaucoup de réticences, voire un grand silence.

Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qu'il s’est passé. Il est temps que la communauté internationale parle à la Chine. Il ne faut pas le faire de manière manichéenne ou frontale, ne pas dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, mais dire simplement que cette aspiration à la démocratie doit être entendue et que le dialogue doit être premier par rapport à la violence.

À la fois, la France est l’amie de la Chine, et à la fois elle doit soutenir et entendre des aspirations démocratiques. Surtout nous, en tant que Français, héritiers de la Révolution française. On peut parler aujourd’hui à la Chine en tant que Français sans être condescendants et donneurs de leçons.

Il y a un nom qui ne figure pas dans cette tribune, celui de la députée qui représente les Français d’Asie, Anne Genetet. Son absence amoindrie-t-elle votre action ?

Amoindrir, non. Elle s’est exprimée sur les réseaux sociaux en disant qu'elle pourrait signer une partie de la lettre, notamment la dernière page, mais que peut-être, au début, le ton était un petit peu trop frontal, pas suffisamment diplomatique. Elle est députée des Français notamment en Chine, je peux comprendre qu’il y ait des difficultés, des sensibilités qui soient plus délicates pour elle que pour nous.

A-t-on peur de la Chine et d'éventuelles représailles économiques ?

Il y a des liens compliqués. La France s’exprimait sur la Russie il y a quelques jours, et pourtant, il y a des accords économiques assez forts. Il n’y a donc pas de raison qu’on ne puisse pas le faire avec la Chine. Il est évident qu’au-delà de la France, c’est à la communauté européenne de s’exprimer.

Comme à chaque fois qu'il y a une crise dans le monde, les autorités locales sont plus réticentes à avoir une répression aveugle, quand la communauté internationale regarde, met un coup de projecteur dessus. C’est ça qu’il faut faire aujourd’hui. Si on est dans le silence et qu’on regarde ailleurs, alors effectivement la répression pourra se faire de manière beaucoup plus libérée et peut-être de manière beaucoup plus violente. Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement fera attention avant de parler de terrorisme ou de "chemin sans retour", et avant de faire des vidéos montrant l'armée chinoise arriver aux frontières.