VRAI OU FAKE La police de Hong Kong a-t-elle orchestré l'intrusion de manifestants dans le Parlement ?

Des internautes affirment que la vidéo des autorités dénonçant la prise du bâtiment a été enregistrée plusieurs heures avant les faits. La police hongkongaise dément.

Capture d\'écran d\'une vidéo de la police de Hong Kong à propos de l\'intrusion de manifestants dans le Parlement, le 1er juillet 2019.
Capture d'écran d'une vidéo de la police de Hong Kong à propos de l'intrusion de manifestants dans le Parlement, le 1er juillet 2019. (HONG KONG POLICE / FACEBOOK)

La prise du Parlement de Hong Kong par des manifestants lundi 1er juillet, le jour anniversaire de la restitution de l'ancienne colonie britannique à la Chine (le 1er juillet 1997), était-elle un coup monté ? Et ce supposé complot a-t-il été fomenté par la police hongkongaise, aux ordres des autorités locales favorables à Pékin alors que le territoire est déstabilisé par une grave crise politique ? Des internautes chinois l'affirment. Ils en veulent pour preuve une vidéo de la police. Dans le live de franceinfo, vous nous avez interpellé sur ces éléments troublants.

Lundi 1er juillet, à 22h21, la police de Hong Kong met en ligne sur sa page Facebook une vidéo dans laquelle son officier de communication condamne l'intrusion des manifestants dans le LegCo Building, le bâtiment du Conseil législatif hongkongais.

Plusieurs internautes ont été intrigués par un détail discret. En zoomant dans l'image, ils ont cru voir que  les aiguilles de la montre portée par le policier à son poignet gauche indiquaient 5h05 ou 17h05.

Or les manifestants ont pénétré dans le bâtiment du Parlement vers 21 heures, comme l'attestent les nombreux tweets publiés en direct de la manifestation.

Pour les internautes affirmant qu'il était 17 heures à la montre du policier lorsque la vidéo a été filmée, c'est la preuve que cette déclaration dénonçant l'attaque contre le Parlement a été enregistrée quatre heures avant les faits. Donc que la police hongkongaise savait ce qui allait se produire. Et donc qu'elle a orchestré la manifestation, suscitant d'interminables débats, notamment sur le site Reddit.

Une "fausse rumeur", selon la police

Face à de telles accusations, la police de Hong Kong dément et dénonce une "fausse rumeur". Contactée par franceinfo, elle assure avoir organisé un briefing juste après l'intrusion des manifestants dans le bâtiment du Conseil législatif et avoir alors décidé de produire cette vidéo.

La vidéo n'a pas été pré-enregistrée. Elle a été réalisée entre 22h02 et 22h12 et mise en ligne dans la foulée sur les réseaux sociaux afin de délivrer le message au public instantanément.Police de Hong Kongà franceinfo

Son officier de communication a également enregistré une nouvelle vidéo, mardi 2 juillet, afin de fournir une explication plus technique. La vidéo assure que la montre du policier indiquait 22h05, mais que celle-ci ayant une fonction de chronomètre, l'aiguille d'une petite trotteuse a pu faire croire qu'elle marquait 17h05.

Capture d\'écran d\'une vidéo mise en ligne par la police de Hong Kong sur sa page Facebook, mardi 2 juillet 2019.
Capture d'écran d'une vidéo mise en ligne par la police de Hong Kong sur sa page Facebook, mardi 2 juillet 2019. (HONG KONG POLICE / FACEBOOK)

L'argumentation de la police de Hong Kong ne convainc toutefois pas tous les internautes criant au complot. Certains affirment que le modèle de la montre portée par l'officier dans la première vidéo diffère de celui présenté comme modèle dans la seconde.

Reste que, selon le South China Morning Post (en anglais), la décision de partir à l'assaut du LegCo a bien été prise par les manifestants eux-mêmes. Le journal rapporte qu'elle a été décidée à l'issue d'un vote de 200 contestataires parmi les plus radicaux, et que 80% d'entre eux ont voté en faveur de l'action.

Une tactique policière "suspecte"

Les policiers qui gardaient le Parlement ont été assiégés par les manifestants pendant neuf heures, avant de capituler et de se retirer du bâtiment vers 21 heures, laissant le champ libre aux protestataires, selon le récit fait par la police de Hong Kong, mardi, en conférence de presse.

FRANCE 2

Pour autant, la stratégie adoptée par la police de Hong Kong face aux manifestants qui prenaient d'assaut le Parlement laisse les observateurs sceptiques. "A quoi pensaient-ils lorsqu'ils ont décidé de les laisser entrer dans le Conseil législatif", s'est demandé, cité par Reuters (en anglais), Chris Pedder, un ancien de la police hongkongaise reconverti dans le conseil en sécurité après vingt-deux ans de service. "Je ne vois aucune raison tactique de faire cela. C'est juste stupéfiant", juge l'expert.

Le dirigeant hongkongais pro-démocratie Martin Lee affirme lui, sans détour, que les autorités ont laissé faire les manifestants. Au micro de la BBC, il a souligné que "lorsque les manifestants sont entrés, la police s'est soudainement dispersée". Lui aussi s'interroge : "Avez-vous déjà vu faire cela dans une ville où un bâtiment important, comme celui du Conseil législatif, a été attaqué et où la police était présente et n'a pas pensé à arrêter cela lorsque cela a commencé ?" Et de trancher : "Aucun gouvernement ne tolérerait qu'un bâtiment soit attaqué alors que la police est présente sur place et ne fait rien."

Steve Vickers, ancien commandant de police à Hong Kong et désormais dirigeant d'un cabinet de conseil en gestion des risques, considère également que la tactique policière était "suspecte", comme il l'explique à Reuters. "Peu de gouvernements auraient capitulé sur une telle échelle et remis le bâtiment du Parlement de facto à des agitateurs et à des manifestants radicaux en de telles circonstances", estime le spécialiste.

Ce n'est que vers minuit qu'un convoi de bus a approché du complexe. Des centaines de policiers en tenue anti-émeute ont alors pris position en face de la barricade érigée par les manifestants à 100 mètres environ à l'est du bâtiment et leur ont intimé l'ordre de se retirer. Visés par des tirs de gaz lacrymogène, les manifestants ont fini par se disperser et n'ont, cette fois, opposé qu'une faible résistance aux policiers qui ont alors pu pénétrer dans le Parlement et reprendre le contrôle des lieux saccagés par les manifestants. 

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