Tianjin : "Le gouvernement veut détourner l'attention du peuple", témoigne une habitante

Une habitante de la ville où s'est déroulée la catastrophe qui a fait au moins 104 morts témoigne de l'inquiétude des Chinois face au risque de pollution, et de leur scepticisme vis-à-vis du discours officiel.

Des habitants de la ville de Tianjin (Chine) portent un masque pour se protéger de la pollution, vendredi 14 août, après de graves explosions sur un site qui stockait des produits chimiques dangereux, deux jours plus tôt.
Des habitants de la ville de Tianjin (Chine) portent un masque pour se protéger de la pollution, vendredi 14 août, après de graves explosions sur un site qui stockait des produits chimiques dangereux, deux jours plus tôt. ( AFP )

Les pompiers luttent toujours contre l'incendie, samedi 15 août, à Tianjin (Chine), trois jours après les gigantesques explosions qui ont fait au moins 104 morts (bilan provisoire à 18 heures samedi, heure française). La catastrophe s'est produite dans un entrepôt d'une zone portuaire de la ville appartenant à une société spécialisée dans les produits chimiques dangereux. Vendredi, certains de ses produits continuaient de s'échapper, laissant craindre de nouvelles explosions, et les autorités laissaient planer le flou sur l'éventualité d'une pollution chimique de l'air.

Francetv info a recueilli le témoignage de Feng*, une jeune habitante de Tianjin, qui souhaite garder l'anonymat. Elle raconte l'état d'esprit de la population, entre colère et inquiétude.

Francetv info : Quelle est l'ambiance à Tianjin aujourd'hui  ?

Feng : Les gens sont un peu inquiets. Surtout à propos de l’environnement. Ils ont peur de la pollution, mais ils craignent aussi que ne se produisent d’autres explosions, car on dit qu'il y a un risque. Dans la rue, les passants ne portent pas forcément de masques. Mais sur internet, des gens ont commencé à vendre des masques spéciaux, qui sont censés protéger de la pollution des produits chimiques.

Ce risque de pollution est-il évoqué par les autorités ?

Mes informations sur la pollution viennent d’internet : partout, y compris dans les médias d'Etat, il y a des consignes disant de faire attention. Tout le monde s'informe sur les réseaux sociaux. La télévision en a brièvement parlé, mais je ne sais pas s’ils ont donné la liste complète des produits [qui se trouvaient dans le périmètre de la catastrophe]. Et pourquoi l'accès au site des explosions est-il interdit ? Est-ce qu'il y a des choses à cacher ?

Pour moi, le gouvernement donne des informations qui ne sont ni claires, ni fiables, sur la cause de l’accident, et sur les raisons pour lesquelles il est si grave. Je pense qu'on veut détourner l’attention du peuple et esquiver les questions gênantes. Les médias d'Etat mettent en avant la mort des pompiers [parmi les 56 victimes, au moins 17 étaient des pompiers arrivés sur les lieux après la première explosion], en les présentant comme des héros, plutôt que de se demander pourquoi ils sont morts. Pourtant, tout le monde se dit que ce n’est pas normal que des pompiers aient tout de suite été envoyés sur place, sans attendre de savoir si le lieu était dangereux.

Pour vous, les autorités ont une part de responsabilité dans cette catastrophe ?

On s'interroge : est-ce que les normes et les règles ont bien été respectées ? Est-ce que les autorités étaient liées au patron de l’entreprise ? Pour nous, ce quartier n'était pas un quartier dangereux. Beaucoup de gens y vivent, il y a des immeubles d’habitation et même un stade de foot. On se demande comment des produits chimiques dangereux ont pu être stockés dans cette zone. Les gens sont en colère, car ils ont le sentiment que personne ne fait attention à la loi et aux règlements.

A mon avis, ces explosions sont le signe qu’il y a un problème de sécurité en Chine. J’ai lu dans un article que ce n'était pas un accident isolé : il y aurait déjà eu beaucoup d’autres incidents comme celui-là, mais de moindre ampleur, donc personne n'y prête attention. Mais je pense qu'on finira par connaître la vérité sur cette histoire : aujourd'hui, c’est trop difficile de censurer tout ce qui est publié sur les réseaux sociaux.

*Le prénom a été modifié à la demande de notre interlocutrice