Edouard Philippe en Chine : un voyage "très utile pour engager des négociations en matière de commerce international"

Le Premier ministre français arrive en Chine samedi. Une bonne occasion pour aborder plusieurs dossiers économiques sensibles avec le président chinois, selon Marie-Françoise Renard, professeur à l'université de Clermont-Ferrand.

Le Premier ministre Edouard Philippe, le 18 juin 2018 à Paris.
Le Premier ministre Edouard Philippe, le 18 juin 2018 à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

À l'occasion de la visite d'Edouard Philippe en Chine, samedi 23 juin, "il est fort probable" que les différentes mesures protectionnistes mises en place par Donald Trump "soient sur la table des discussions entre le Premier ministre et le gouvernement chinois", a expliqué, samedi sur franceinfo, Marie-Françoise Renard. Selon l'enseignante au Centre d'études et de recherches sur le développement international (Cerdi) de l'université de Clermont-Ferrand, la rencontre avec le président chinois Xi Jinping sera aussi l'occasion d'"engager des négociations en matière de commerce international". Au menu des discussions, il y aura notamment la commande de 184 Airbus A320, annoncée par Emmanuel Macron il y a six mois et qui n'est toujours pas officialisée.

franceinfo : La balance commerciale entre la France et la Chine penche clairement du côté de Pékin. Ce genre de voyage peut-il la rééquilibrer ?

Marie-Françoise RenardSans doute pas, mais, en revanche, il est très utile pour engager des négociations en matière de commerce international, pour lever éventuellement certaines barrières protectionnistes, mais aussi pour négocier en matière d'investissements, notamment pour les investissements français en Chine [actuellement de l'ordre de 2%]. Ils sont nettement plus importants que les investissements chinois en France, mais ils ont ralenti un peu ces dernières années, comme tous les investissements européens, parce que le climat des affaires est assez difficile en Chine pour les investissements étrangers. Le président Xi Jinping a promis, il y a quelques mois, qu'il assouplirait les procédures et qu'il limiterait les contrôles. Il est donc probable que le Premier ministre échange avec le président chinois sur ce sujet pour que les investissements étrangers soient facilités en Chine ou du moins qu'on limite les contrôles qui s'étaient multipliés ces dernières années.

Qu'est-ce qui peut intéresser la Chine pour investir en France ?

D'abord, acheter des marques qui ont une bonne réputation en Chine. Les consommateurs chinois sont devenus assez exigeants, notamment en matière d'alimentation, après de nombreux scandales en Chine. Une entreprise chinoise va par exemple produire du lait pour enfants en Bretagne. Il s'agit aussi d'acquérir des technologies avancées dont la Chine a impérativement besoin. Elle essaie de développer des centres de recherche et développement en France pour profiter de la qualification de la main d'œuvre française, qui est plus qualifiée que la sienne. Les besoins de l'économie chinoise en matière de technologie et de son amélioration sont très importants. On pourrait également ajouter la proximité du continent africain. Il y a quatre banques chinoises à Paris et c'est en partie parce que l'Afrique n'est pas très loin et que la Chine s'y intéresse.

Le but de cette visite n'est-il pas également de renforcer les relations entre la France et la Chine, ou l'Europe et la Chine, pour tenter de lutter contre la politique douanière imposée par Donald Trump ?

Probablement. Le gouvernement chinois profite de toutes les failles ouvertes par Donald Trump pour essayer de se poser en gouvernement responsable. La Chine est déjà une grande puissance, mais elle est loin derrière les autres pays développés. C'est donc un moyen de se poser comme un partenaire raisonnable. C'est aussi une porte ouverte à des négociations en matière de politique commerciale. Elle est faite au niveau européen, non à l'échelle de chaque pays, mais il est fort probable que l'évolution des droits de douane et des différentes mesures protectionnistes soit aussi sur la table des discussions entre le Premier ministre et le gouvernement chinois.