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Centrafrique : "Il faut arrêter les sauvages qui ont fait ça !"

REPORTAGE | Le Conseil de sécurité de l'Onu doit voter ce jeudi une résolution autorisant la France à intervenir militairement en Centrafrique. Le pays est plongé dans le chaos depuis le coup d'Etat de mars dernier. Les ex-rebelles s'en prennent à la majorité chrétienne du pays. En réaction, les milices anti-balakas se vengent sur la population musulmane. Reportage dans le centre pédiatrique de Bangui, la capitale, où des enfants victimes de ces attaques sont pris en charge.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
 (Mathilde Lemaire RF)

Dans la première chambre, une dizaine d'enfants sont alités, couverts de bandages à la tête, aux mains et aux
pieds. Ce sont des rescapés de l'attaque menée à Boali, à 80 kilomètres au nord de Bangui, dans la nuit de lundi à
mardi. 

Des enfants traumatisés

Un papa en larmes nous interpelle.
L'homme en djellaba s'appelle Mahmoud. Il est de l'ethnie peule,
éleveur et musulman.

"C'est comme si une partie de moi était morte. Les 13
personnes qui ont été tuées sont toutes de ma famille. Ils nous ont tendu un
piège en nous surprenant à l'endroit où on va acheter notre manioc. Vous voyez
là, c'est ma petite fille de quatre ans avec toutes ces blessures. Ce sont des anti
-balakas qui lui ont fait ça. Ils lui ont même coupé trois doigts... Ils ont utilisé des armes artisanales."

Installés sur des lits vétustes, les
plus petits crient et réclament leurs parents. Certains sont orphelins depuis
lundi. Leur père, leur mère et parfois leur deux parents ont été tués... mais ils ne l'ont pas encore
compris. "Les enfants sont traumatisés. Ils sont en train de recevoir des soins intensifs : perfusion, antibiotiques, pansements, etc. ", précise l'infirmer major du centre pédiatrique.

"Parce que nous sommes musulmans "

Awa est l'une des plus traumatisées. L'adolescente de 14 ans pleure comme un enfant. Sa grand-mère Mariam lui
tient la main. Elle vient de réussir à l'endormir.

"Elle était au bord d'un
champ. Elle a vu mourir beaucoup d'adultes et elle a reçu des blessures à
la  tête et aux jambes avec des machettes.
Elle a également reçu deux balles : une dans le bras et une dans le dos. Les
hommes qui nous ont attaqués nous ont dit que nous étions musulmans et que nous
devions payer pour les meurtres et violences commises par les Seleka contre les
chrétiens. C'est de la vengeance. Je me sens en sécurité ici à l'hôpital.
Mais mon cœur n'est pas en paix. Je ressens beaucoup de colère. Rendez-vous
compte, j'ai perdu ma fille, mon frère et deux neveux."

"Il faut qu'ils soient punis "

Après cette violente attaque, les
médecins du centre pédiatrique ont aussi vu arriver un nouveau-né. Boubakar, le
papa, se dit bouleversé Il raconte les circonstances de la
naissance.

"J'étais partie avec mes bœufs. Ma
femme enceinte était à la
maison avec ses parents. Les hommes armés sont arrivés, ont tué les parents
et ont tiré une balle dans la jambe d
e ma 
femme. A cause de cela, elle a accouché précocement. Grâce à dieu et aux médecins, elle est sauvée et l'enfant
vit. Je n'ai jamais vécu de telles choses. Ce que j'aimerais c'est que des
autorités, des soldats, -  pourquoi pas
les français qui arrivent -  s'occupent
d'arrêter les sauvages qui nous ont fait ça. Il faut qu'ils soient
punis."

Boubakar a peur de repartir à Boali. Mais "il faudra bien" , dit-il. Il
a confié ses troupeaux à un cousin le temps du séjour à l'hôpital. En attendant, il explique qu'il prie pour le salut des morts et pour que les violences s'arrêtent.

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