TRIBUNE. Le Ceta "n’est pas une bonne solution" : sept députés canadiens appellent leurs homologues français à ne pas ratifier le traité

Alors que l'Assemblée nationale française se prononce mercredi sur la ratification du traité entre l'Union européenne et le Canada (Ceta), sept députés canadiens appellent dans une tribune publiée mardi sur franceinfo à ne pas ratifier cet accord, qui représente selon eux un danger pour l'agriculture, la santé, et l'environnement.

La Chambre des communes du Canada, à Ottawa, le 15 janvier 2019.
La Chambre des communes du Canada, à Ottawa, le 15 janvier 2019. (MICHEL COMTE / AFP)

A la veille du vote des députés français pour ratifier le CETA, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, sept députés canadiens appellent leurs homologues français dans une tribune publiée mardi 16 juillet sur franceinfo à "ne pas ratifier" cet accord, qui représente, selon eux, un danger pour l'agriculture, la santé, et l'environnement. Issus de partis de gauche, le Nouveau parti démocratique, le Parti vert du Canada et Québec solidaire, ils ont voté contre l'adoption du traité au Canada. Mais leur opposition n'a pas permis d'empêcher sa ratification à une très large majorité par le Parlement canadien.

"Vous avez la possibilité de faire une différence", lancent-ils aux parlementaires français. Si le gouvernement canadien vante un "bilan très positif" du Ceta depuis son entrée en vigueur provisoire il y a bientôt deux ans, avec notamment une progression des exportations vers le Canada de 6,6% entre 2017 et 2018, l'accord est combattu en France par les agriculteurs comme les écologistes, au nom notamment des risques sanitaires. Plus de 70 organisations (Attac France, CGT, Greenpeace, UFC-Que Choisir, etc.) ont demandé "solennellement" aux députés "de ne pas ratifier le Ceta".


Aux membres de l’Assemblée nationale française.

Chers - chères amis-es,

Nous sommes des députés de la Chambre des communes du Canada et de l’Assemblée nationale du Québec qui ont suivi de près le débat sur l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Europe. Lors de la ratification de l’Accord, les partis politiques présents au parlement canadien, le NPD, les Verts et le Bloc québécois, avec l’appui de Québec solidaire, ont voté contre l’adoption de l’AECG.

Malheureusement, le débat à la Chambre des communes a été limité à seulement trois jours et il n’a pas permis d’impliquer les principaux acteurs de la société civile. C’est pourquoi nous vous demandons instamment, en tant que parlementaires français, de faire mieux que nous dans ce domaine et de ne pas ratifier cet accord. Les Canadiens, les Québécois et les Français ont de nombreuses préoccupations en commun.

Nous voulons que nos gouvernements travaillent avec vigilance pour faire face à la crise climatique, et nous voulons protéger nos sociétés de l’accroissement des inégalités qui sévit actuellement et qui nous affecte tous.Les signataires de la tribuneà franceinfo

L’AECG va à l’encontre de nos désirs communs. L’accord s’appuie sur un projet de commerce qui donne des droits trop importants aux entreprises, que ce soit en ce qui concerne la protection des investissements, les brevets, la privatisation progressive des services publics, l’harmonisation réglementaire. Sans oublier qu’on ne trouve rien contraignants en matière de droits du travail ou de protection de l’environnement dans l’accord. Des deux côtés de l’Atlantique, il y aura d’importantes pertes pour les agriculteurs. La gestion de l’offre sera menacée au Canada, alors que les normes agricoles européennes pourraient être réduites sous la pression de l’agro-industrie.

Au Canada, nos règles sur les brevets ont déjà été modifiées, ce qui a fait augmenter le coût des médicaments pour la population. Tant au Canada qu’en Europe, notre capacité de soutenir l’économie locale et de mettre en œuvre des politiques d’achat local sera entravée par cet accord.Les signataires de la tribuneà franceinfo

De plus, les grandes entreprises pourront contester nos politiques publiques grâce aux dispositions sur le règlement des différends en matière d’investissement (RDIE) et à la coopération en matière de réglementation. Pourtant, le RDIE a été retiré du nouvel Alena négocié avec nos partenaires nord-américains. Nous pensons qu’il n’a pas sa place non plus au Ceta.

Nous convenons que le commerce entre nos pays et nos continents est important. Cependant, nous croyons que ce type d’accord commercial n’est pas une bonne solution pour répondre aux problèmes les plus préoccupants aujourd’hui : les inégalités sociales, les atteintes aux droits de la personne et les changements climatiques. Nous croyons qu’en votant contre cet accord, vous avez la possibilité de faire une différence qui aidera non seulement les citoyens français qui s’opposent à cet accord, mais aussi ceux du Canada.

Retrouvez ci-dessous la liste des signataires :

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique; Leader of the New Democratic Party

Alexandre Boulerice, chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, député de Rosemont-Petite Patrie, Deputy Leader of the New Democratic Party, Member of Parliament for Rosemont-Petite Patrie

Tracey Ramsey, députée d’Essex, Nouveau Parti démocratique, critique en matière de justice et du commerce international; Member of Parliament for Essex, New Democratic Party Critic for Justice and International Trade

Brigitte Sansoucy, députée de Saint-Hyacinthe-Bagot, Nouveau Parti démocratique; Member of Parliament for Saint-Hyacinthe-Bagot, New Democratic Party

Elizabeth May, chef du Parti vert du Canada, Leader of the Green Party of Canada

Paul Manly, député de Nanaimo-Ladysmith, Parti vert du Canada, MP for Nanaimo-Ladysmith, Green Party of Canada

Catherine Dorion, députée de Taschereau, Québec solidaire, Porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de relations et de solidarité internationales; Member of the National Assembly, Taschereau, Québec solidaire, Spokesperson for the 2nd opposition on international and solidarity relations