Rio 2016 : les JO à domicile, le plan parfait pour gagner plein de médailles ?

Vous avez peut-être en tête la razzia britannique aux Jeux de Londres. Faut-il s'attendre à une moisson brésilienne de la même ampleur ?

La délégation brésilienne aux Jeux olympiques de Londres, le 27 juillet 2012.
La délégation brésilienne aux Jeux olympiques de Londres, le 27 juillet 2012. (JONNE RORIZ / AGENCIA ESTADO / AFP)

Le Brésil s'est fixé des objectifs ambitieux pour les Jeux de Rio. Finir dans les dix premières nations, une place que le pays n'a jamais approchée (leur record actuel n'est qu'une modeste 16e place en 2004). Pour cela, les officiels ont fixé la barre à 30 médailles, presque deux fois le total obtenu à Londres en 2012 (17 médailles). "Nous devons être compétitifs comme le veut notre statut d'hôte", martelait le ministre Aldo Rebelo au Financial Times dès 2012.

Car après la démonstration chinoise aux Jeux de Pékin, où l'Empire du milieu a détrôné les Etats-Unis au classement des médailles, puis la razzia britannique aux Jeux de Londres de 2012, pourquoi le Brésil ne bénéficierait-il pas, lui aussi, de l'effet magique des Jeux à domicile ? 

Le pays hôte booste son total de médailles...

C'est mathématique, organiser les Jeux booste mécaniquement le total de médailles et le classement du pays hôte. Depuis 1976, toutes les nations qui ont organisé les Jeux ont réalisé leur meilleure place au tableau des médailles, et presque toutes – sauf les Etats-Unis en 1996, qui partaient de très haut – ont battu leur record de breloques. 

On observe d'ailleurs que la montée en puissance se produit lors de l'olympiade précédant le grand évènement : la Grande-Bretagne avait par exemple battu son record de médailles à Pékin en 2008 (47), avant de le rebattre à Londres en 2012 (65). Deux explications : le pays a su en 2005 qu'il organiserait les Jeux, et a donc commencé à se mobiliser dans ce sens. Les financements sont arrivés à partir de 2007, permettant d'améliorer les conditions d'entraînement, indique un rapport parlementaire de la Chambre des communes.

Les programmes de détection spécifiques ont commencé à ce moment-là. Ainsi, UK Sport a lancé dès 2007 le programme Sporting Giants pour tester les personnes les plus grandes âgées d'une vingtaine d'années pour leur apprendre l'aviron, le volley-ball ou le handball – trois sports où la taille est un facteur prépondérant. Onze d'entre eux finiront aux Jeux de Londres. Helen Glover (1,78 m), une ancienne joueuse de hockey au niveau local qui n'avait jamais touché une rame avant 2007, raconte dans le livre Faster, Higher, Stronger : "Je me souviens de la salle d'attente au centre de test. Quelqu'un a dit : 'regardez autour de vous, il pourrait y avoir de futurs champions olympiques'. Je me suis dit : 'je ferai tout pour que ça soit moi'. C'était surréaliste." Ce qui l'est tout autant, c'est son titre olympique en aviron, cinq ans plus tard.

... car il y a un avantage à jouer à la maison

Les autorités brésiliennes ont remarqué que pour intégrer le top 10 des Jeux, il faut ramener des médailles dans une douzaine de disciplines. Jusqu'à présent, le Brésil n'a jamais brillé dans plus de huit disciplines en une seule olympiade.

Les Brésiliens ont donc ciblé des disciplines prestigieuses comme l'athlétisme, où les athlètes jaune et vert brillaient jusqu'à présent par leur absence. Mais attendez-vous plutôt à des médailles brésiliennes en judo, en gymnastique ou en boxe, des disciplines où ce n'est pas le chrono qui fait la loi, mais des juges. L'étude Modelling home advantage in the Summer Olympic Games, publiée dans le Journal of sport science, met en évidence que le grondement du public a une influence considérable sur la décision de l'arbitre !

Ainsi, la finale de la boxe à Séoul, en 1988, où le challenger coréen Park Si-hun  avait été sacré champion olympique des super-welters face à l'Américain Roy Jones Jr. "Une des pires injustices de l'histoire olympique", écrit le Guardian – un journal non pas américain mais britannique. Park Si-hun "aurait pu perdre tous ses matchs jusqu'à la finale", et en quart son adversaire a dû être traîné hors du ring pour ne pas passer sa rage sur l'arbitre !

Le grand soir, Roy Jones Jr, tente 86 coups, Park Si-hun 32. Deux fois, le Coréen est compté jusqu'à 8 par l'arbitre. Malgré cela, c'est Park qui sera sacré, aux points. L'arbitre central, tout en levant la main de Park, lâche à son adversaire, en anglais : "Je n'arrive pas à croire qu'ils vous aient fait ça !"

Mais l'effet "à domicile" est biaisé statistiquement

L'avantage d'organiser des Jeux olympiques à domicile est qu'on bénéficie de minimas qualificatifs bien moindres que pour les athlètes étrangers. L'équipe de handball britannique a ainsi été créée de toutes pièces pour les Jeux, et celle de hockey sur glace de Corée du Sud fourbit ses armes pour ses grands débuts en 2018, aux Jeux d'hiver de Pyeongchang.

On peut donc tenter sa chance dans des disciplines qui figurent habituellement parmi les points faibles du pays. L'équipe britannique avait listé un certain nombre de sports où le niveau était faible, et où il y avait des médailles à prendre. Tout comme la Chine avait brutalement débarqué sur le fond et le demi-fond féminin en 2008, avec des athlètes inconnues, à la drôle de technique, mais qui ont ramené un maximum de médailles.

Les pays organisateurs ont ainsi tendance à donner leur chance à beaucoup d'athlètes. Prenez la Grande-Bretagne : en quatre ans, sa délégation a grossi de 74% (304 en 2008, 530 en 2012).

Ainsi, le taux de médailles par athlète du pays organisateur ne bouge presque pas par rapport à une olympiade hors de ses frontières calculent les chercheurs Stephen Pettigrew et Danyel Riche dans leur étude Hosting the Olympic Games : an Overstated Advantage in Sports History : seulement 0,02 médaille d'or en plus par athlète depuis 1952.  Le taux de médaille par athlète n'a significativement augmenté que lors des deux olympiades boycottées par un "super-grand" (les Etats-Unis en 1980, l'URSS en 1984). Tout ça pour ça ?