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Marina Silva l'écologiste brésilienne mise sur orbite?

Après une enfance très pauvre dans le Nordeste, Marina Silva a pu, grâce aux études, entrer en politique. Chico Mendes, le défenseur des Indiens, l'a prise sous son aile et l'a initiée à l'écologie. Son éthique et son engagement sans faille lui ont valu d'obtenir 20 millions de voix à la présidentielle de 2010 au Brésil. La crise actuelle pourrait la conforter comme opposante de poids.
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France Télévisions
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Marina Silva, lors du lancement de son parti, le Réseau durable, à Brasilia, le 2 février 2013. (AFP/PEDRO LADEIRA)
Sous une apparence frêle, Marina Silva est une passionaria, qui se dit ni de gauche ni de droite «mais devant». Son parcours à un goût entêtant de conte de fées.
 
Fille de récolteur de caoutchouc de l’Etat d’Acre, Marina Silva devient orpheline à 14 ans. Elle ne doit son salut qu’à l’hospitalité des sœurs de la Congrégation des esclaves de Marie qui la recueillent dans la capitale de l’Etat, Rio Branco, où elle est soignée pour un paludisme et une hépatite. Ayant appris à lire, elle hésite entre les ordres et les études. Elle va à l’université, où elle décroche une licence d’histoire. Elle se lance ensuite dans la politique avec son mentor Chico Mendes qui sera assassiné sur ordre d'un riche propriétaire terrien. Son credo, le développement durable.
 
Une irrésistible ascension 
Militante de la Centrale unique des travailleurs (CUT liée au Parti des travailleurs, le PT, auquel appartient Lula), elle devient députée de l’Acre en 1990 et, quatre ans tard, sénatrice. Son ascension continue lorsque le président Ignacio Lula la nomme ministre de l’Environnement.
 
Mais cette femme n’est pas prête à faire des concessions. Se battant pour le développement durable en Amazonie, elle se heurte aux intérêts de chefs d’entreprises liés à l’agro-industrie. Et s’oppose avec vigueur aux thèses de la ministre de l’Energie, Dilma Rouseff, qui défend un programme de construction de barrages au cœur de l’Amazonie. Autre désillusion: elle ne peut empêcher la culture de soja transgénique.
 
En 2008, elle démissionne du gouvernement qu'elle accuse de retour en arrière sur les causes environnementales. Elle passe du PT aux Verts, un parti opportuniste quelque peu en sommeil. Forte de sa popularité, elle se présente à la présidentielle de 2010,  empêchant la candidate du PT, Dilma Rousseff, d’être élue au premier tour à la place de Lula. Elle recueille 20% des voix.

 
Un parti pour défendre les idées vertes
Aujourd’hui «Le jaguar», comme l’ont baptisée les observateurs, repart à l’attaque en lançant la campagne de son nouveau parti le «Réseau durable», pour la présidentielle de 2014. Elle a édicté des règles éthiques pour son fonctionnement: une seule réélection et interdiction de recevoir des donations d’entreprises «sales», comme celles des secteurs des alcools, cigarettes, armes et engrais. Pourtant, le quotidien Folha de Sao Paulo indique que Marina Silva a reçu, en 2010, 620.000 euros de deux entreprises polluantes.

Elle dispose pour l’heure de 200.000 signatures, alors qu’il lui en faut 500.000 d’ici début octobre pour officialiser sa candidature. Et les autorités ne lui font pas de cadeau: elle doit se battre pour disposer des spots télévisés gratuits auxquels elle a droit.
 
Le programme d'avenir encore embryonnaire    
En haut de l’affiche depuis 2010, Marina Silva est critiquée par certains qui lui reprochent de ne pas avoir su capitaliser sur son succès, restant inactive durant les deux années qui ont suivi. Si le charisme de la métisse amazonienne a conquis nombre de cœurs au sein de la société brésilienne, elle doit pourtant résoudre un certain nombre de contradictions. Membre de l’Eglise évangélique, cette mère de quatre enfants est conservatrice sur le plan social refusant, par exemple, l’avortement, alors que le gros des troupes qui la soutiennent sont des actifs urbains émancipés.

Concernant l'avortement, elle a déclaré être favorable à un référendum (comme pour la consommation du cannabis, d'ailleurs). Issue d'une minorité ethnique, elle a également l’intention de proposer des quotas au profit des Noirs et des indigènes.
 
La nouveauté de la crise qui a jeté des millions de Brésiliens dans les rues en raison de la corruption et du délitement des services publiques, notamment en matière de santé et d’éducation, peut jouer en sa faveur

Le profil de Marina Silva, femme au rayonnement palpable, selon la formule de l’Express, devrait séduire une proportion de Brésiliens plus importante. Avant le début de la «fronde » de juin 2013, elle atteignait 16 à 18% des intentions de vote. Qu’en est-il maintenant ? Elle n’a pas encore pris position sur la contestation. Et une partie des Brésiliens estiment que ses idées sans concession sur l'écologie sont un frein au développement. 

Aujourd'hui, l'ex-sénatrice de Rio Blanco voit l'arrivée d'un possible concurrent qui atteint 20% d'opinions favorables auprès des manifestants. C'est le premier président noir de la cour suprême, Joaquim Barbosa...


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