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Kosovo : «Bienvenue à Rio 2016»

Grande nouvelle pour le Kosovo : le petit dernier des Etats d'ex-Yougoslavie pourra participer aux Jeux olympiques 2016 en tant que nation à part entière. Le Brésil, qui n'a toujours pas officiellement reconnu Pristina, devra tout de même accueillir ses athlètes.
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France Télévisions
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Le drapeau olympique à Rio de Janeiro, devant le Corcovado. (J.P.ENGELBRECHT / RIO DE JANEIRO GOVERNOR OFFICE / AFP)
Comme la planète sport au grand complet, les athlètes kosovars prendront la route de Rio pour les Jeux olympiques d'août 2016. Ils pourront visiter le légendaire Maracanã, ce stade qui a tant vibré en juin et juillet 2014 lors de la Coupe du monde, profiter des plages infinies de Cobacabana et se laisser porter par l’hospitalité brésilienne. Le rêve, n’est-ce pas ? Eh bien, à tout cela s’est ajouté le 9 décembre un plaisir supplémentaire : les Kosovars pourront cette fois représenter leur pays lors des Jeux olympique d’été. Le Comité international olympique (CIO) a en effet pris la décision de reconnaître le Comité national (CNO) kosovar (article réservé aux abonné(e)s), «le début d’une nouvelle ère pour le Kosovo», a salué le président du comité kosovar, Besim Hasani.
 
Depuis son indépendance, le 17 février 2008, le Kosovo n’avait pas encore pu disputer de Jeux olympiques ou de Coupe du monde de football, les deux événements sportifs les plus médiatisés, en tant que nation. Jusque-là, les compatriotes de la double championne du monde de judo catégorie moins de 52 kilos, Majlinda Kelmendi, devaient concourir avec l’équipe d’Albanie dont ils partagent, sinon le drapeau, la langue à 92 %.

La Kosovare Majlinda Kelmendi (en blanc), sur le point de remporter son second titre de championne du monde de judo, catégorie moins de 52 kilos, face à la Russe Natalia Kuziutina (en bleu) lors de la finale, le 24 avril 2014. (PASCAL GUYOT / AFP)

Il aura fallu 2485 jours au CIO pour reconnaître ce petit bout de terre enclavé, ses deux millions d’habitants et ses 10.000 km² de Balkans. Cette manœuvre principalement olympienne et un peu politicienne pourrait bien faire avancer la cause du Kosovo, notamment auprès de la diplomatie brésilienne. Pas pressée de reconnaître le nouveau venu d’Europe centrale, Brasilia devra pourtant accueillir ses athlètes avec les honneurs qui leur sont dus.
 
«Le CIO reconnaît en fait des comités nationaux olympiques (CNO), qui ne sont pas des Etats mais des associations, nuance Franck Latty, professeur de droit international à l’Université Paris 13 et spécialiste du droit du sport. Cela dit, la charte olympique affirme que les CNO doivent correspondre à un Etat souverain reconnu par la communauté internationale. Donc, il pourrait être diplomatiquement embarrassant pour le Brésil, qui s’est engagé à respecter la charte pour recevoir les Jeux en 2016, de ne pas accueillir les athlètes choisis par le CIO, dont les Kosovars.»

Le précédent de Taïwan lors des JO 1976
A moins d’un esclandre de la part du comité serbe, le Brésil devrait donc, à défaut de reconnaître le Kosovo, accepter la présence de son équipe nationale sur son sol. La même situation, parions-le, pourrait poser davantage problème pour des pays s’opposant farouchement à la reconnaissance du Kosovo, tels la Russie ou la Chine. De manière générale, les pays confrontés à des velléités autonomistes au sein de leur propre territoire sont souvent les plus frileux en matière de déclarations d’indépendance. D’autant que l’issue du précédent taïwanais n’avait pas franchement été à l’avantage du territoire insulaire revendiqué par la Chine.
 
En 1976, cinq ans après l’arrivée de la République populaire de Chine à l’ONU, entraînant de fait l’exclusion de Taïwan, le Canada accueille les JO d’été à Montréal. Le Premier ministre de l’époque, Pierre Elliott Trudeau, rappelle que la seule Chine qu’il reconnaît est la Chine continentale. Pas question pour les athlètes de Taïwan de participer aux Jeux sous le drapeau de la «République de Chine». Pour le CIO, qui privilégie toujours l’Etat insulaire, le Canada viole ses engagements d’hôte olympique. Mais face à l’obstination de Trudeau et au refus des athlètes taïwanais de participer sous drapeau olympique et sans hymne national, le CIO renonce. Les JO ont bien lieu. Sans Taïwan.

Le stade olympique de Montréal, aujourd'hui. ( Alain Carpentier)

La Russie, qui avait un temps envisagé une candidature de Saint Pétersbourg pour les Jeux 2024 et a désormais repoussé cette éventualité à 2028, pourrait suivre l’exemple canadien. Contacté pour connaître l'avis du CIO, le président du Comité français renvoie à son homologue international, aux abonnés absents pendant la période des fêtes. Heureusement pour Vladimir Poutine, qui peut se réjouir d’accueillir la Coupe du monde de football en 2018, le Kosovo n’est pas encore membre de la FIFA bien qu'il soit autorisé par celle-ci à jouer des matchs amicaux. Il faudrait pour cela que la FFK (Fédération de football du Kosovo, ou Federata e Futbollit e Kosovës en albanais) rejoigne une confédération régionale. Or l’UEFA, dont le Kosovo dépend théoriquement, fixe pour condition d’adhésion d’avoir son siège «dans un Etat indépendant reconnu par l’ONU» (article 5, paragraphe 1 de ces statuts). Et la Russie, qui compte parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, bloquera sans doute toute candidature de Pristina.
 
Seul recours possible pour le Kosovo : profiter de l’article 20 des statuts de la FIFA, dont le paragraphe 2 permet à une confédération d’«accepter comme membre une association appartenant géographiquement à un autre continent et non affiliée à la confédération de ce continent». La FFK pourrait ainsi devenir membre de la Confédération asiatique de football (AFC), qui ne requiert pas d’appartenir aux Nations Unies, à la condition que la FIFA accorde une dérogation. Et tout cela, avant le tirage au sort du 25 juillet 2015. Le compte à rebours est lancé. Le Kosovo rejoindrait ainsi la Palestine dans le cercle très restreint des pays non-membres de l’ONU participant à la phase des éliminatoires de la Coupe du monde. 

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