Au Brésil, le difficile front républicain contre l'extrême droite : "Le Parti des travailleurs n'est pas préparé pour une coalition républicaine"

La bataille pour le second tour de l'élection présidentielle a commencé au Brésil. Après la victoire écrasante de Jair Bolsonaro dimanche 7 octobre, les manœuvres politiques débutent pour tenter de barrer la route à l'extrême droite avec un large front républicain. Pas si simple.

Manifestation contre Jair Bolsonaro, candidat d\'extrême droite et vainqueur du premier tour de l\'élection présidentielle au Brésil.
Manifestation contre Jair Bolsonaro, candidat d'extrême droite et vainqueur du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil. (NELSON ALMEIDA / AFP)

Après le choc des résultats du premier tour de la présidentielle, dimanche 7 octobre, les rapprochements et manœuvres politiques sont lancées au Brésil. Beaucoup espèrent un front républicain contre Jair Bolsonaro, le grand gagnant de l'extrême droite et ses 46% et ses 50 millions de voix. L'autre finaliste, Fernando Haddad, arrivé en deuxième position avec 29% des voix, a commencé à consulter les éliminés, mais dans les faits, pour l'instant, rien ne se passe. 

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"Depuis dimanche soir, nous devons monter un grand front national contre le fascisme" exhorte ainsi l’écrivain et éditorialiste brésilien Fernando Morais. Pourtant, les partis de gauche et du centre ne se rencontreront que mercredi. Bien trop tard pour les observateurs comme Octavio Amorim, docteur en sciences politiques : "Bien sûr, Fernando Haddad et le Parti des travailleurs (PT) vont faire un mouvement vers le centre, prévoit le politologue, mais je ne pense pas que cela sera suffisant. Le PT n'est pas préparé pour monter une coalition républicaine comme Jacques Chirac en France en 2002. Il a une tactique très rigide, il y a beaucoup de différences avec les autres partis aujourd'hui à cause des erreurs commises par le PT."

Mais surtout, de l'autre côté de l'échiquier, "Bolsonaro n'aura pas besoin de faire de grandes concessions, explique Octavio Amorim. Il est très proche de la victoire. C'est ça, la grande différence. Il a une force électorale que Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen n'avaient pas." Ciro Gomes, le candidat du centre gauche, est arrivé en troisième position du premier tour, avec 12,5% des suffrages.

Dès le lendemain du premier tour, les ralliements à Bolsonaro étaient bien plus nombreux que ceux vers Haddad. Le poulain de Lula a obtenu le score le plus bas du Parti des travailleurs au premier tour d'une présidentielle depuis 1994, et va devoir mettre les bouchées doubles d'ici le 28 octobre, date du second tour.