Au Brésil, la justice criminalise (provisoirement) l'homophobie

Le tribunal fédéral suprême estime le pouvoir législatif en défaut pour ne pas avoir adopté une loi réprimant les comportements homophobes.

Lors d\'une cérémonie d\'hommage à Sao Paulo, le 29 décembre 2018, après le meurtre d\'un coiffeur de 30 ans, poignardé en pleine rue.
Lors d'une cérémonie d'hommage à Sao Paulo, le 29 décembre 2018, après le meurtre d'un coiffeur de 30 ans, poignardé en pleine rue. (CRIS FAGA / NURPHOTO / AFP)

Les juges se sont prononcés par huit voix contre trois. Au Brésil, le tribunal fédéral suprême a décidé, jeudi 13 juin, que l'homophobie était provisoirement équivalente au délit de racisme, en attendant que le Congrès – actuellement à majorité conservatrice et sous forte influence des Eglises évangéliques – élabore une loi spécifique pour réprimer ce type de discrimination.

Le tribunal fédéral suprême, l'équivalent de la Cour suprême aux Etats-Unis, a estimé que le pouvoir législatif était en défaut pour ne pas avoir adopté jusqu'à présent une loi réprimant les comportements homophobes. Les juges ont estimé qu'en l'absence d'action au Congrès à ce sujet, ils pouvaient se saisir de la question.

Les actes de racisme sont punissables au Brésil de un à trois ans de prison ou d'amendes. En conséquence de la décision du tribunal fédéral suprême, ces peines seront désormais applicables aux actes d'homophobie.

Une personne LGBT meurt toutes les 19 heures

"La Constitution attribue au Congrès national la capacité de légiférer", a souligné la présidence du Sénat dans un communiqué. Le Parlement respecte la décision du tribunal fédéral suprême "mais ne peut pas accepter l'interprétation selon laquelle il est en défaut, car il s'oriente en fonction du respect de la démocratie et de la pluralité des opinions", a ajouté la présidence du Sénat.

Nombre de responsables de ces Eglises pentecôtistes, qui comptent de nombreux représentants au Congrès brésilien, craignent que la criminalisation de l'homophobie ne restreigne la liberté d'expression de leurs pasteurs, qui rejettent les unions homosexuelles sur la base de textes religieux.

Selon l'ONG Grupo Gay da Bahia, qui collecte des statistiques nationales depuis quatre décennies, il y a eu 387 meurtres et 58 suicides en 2017 au Brésil dus à ce que l'association appelle l'"homotransphobie", c'est-à-dire les sentiments négatifs envers les homosexuels ou envers les transsexuels. Les chiffres donnés par Grupo Gay da Bahia sont de 30% supérieurs à ceux de 2016. Une personne LGBT meurt toutes les 19 heures au Brésil (que ce soit un meurtre ou un suicide).