Répression en Birmanie :"L'armée a voulu montrer qu'elle se sent invincible", d'après une chercheuse

Au moins 90 personnes ont été tuées samedi dans des manifestations pro-démocratie, près de deux mois après le coup d'Etat militaire.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 1 min.
Des manifestants pro-démocratie défilent dans les rues de Dawey en Birmanie, dimanche 28 mars 2021. (HANDOUT / DAWEI WATCH)

En Birmanie, "l'armée a voulu faire une démonstration de force et montrer qu'elle se pense invincible", analyse dimanche 28 mars sur franceinfo Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée au centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI). Samedi au moins 90 personnes sont mortes lors de manifestations pro-démocratie près de deux mois après le coup d'État militaire.

franceinfo : L'armée a voulu montrer aux manifestants qu'elle était inflexible ?

Sophie Boisseau du Rocher : L'armée a paradé hier. Elle a voulu faire une démonstration de force et montrer tout simplement qu'elle se pense invincible. On est véritablement dans un face-à-face qui est terrible, entre une armée qui avance et qui est prête à utiliser la violence et la brutalité indiscriminées. Et de l'autre côté, un peuple qui, viscéralement, fait maintenant union contre les militaires.

Combien de temps peut durer cette situation ?

Ça peut durer longtemps, et on voit malheureusement une montée en force de cette terreur. L'armée, hier, a tué entre 90 et 120 personnes au bas mot, selon des médias indépendants. Mais on voit aujourd'hui, et c'est un point nouveau, qu'il y a une bravoure exceptionnelle dans ce mouvement de résistance, dans la détermination des Birmans.

Cette semaine a été particulièrement importante puisque des ethnies comme les Karen, les Shan, les Kachins ont pris position contre la junte.

Sophie Boisseau du Rocher

à franceinfo

Si ces ennemis prennent position et attaquent les positions militaires, ils vont multiplier les fronts et affaiblir l'action de l'armée. On voit véritablement aujourd'hui un pays entier faire face à l'oppression militaire.

Quels effets peuvent avoir les condamnations internationales ?

La junte n'y prête pas vraiment attention. Cette semaine, dans un long discours, le porte-parole de l'armée n'a évoqué les sanctions occidentales qu'après deux heures et demie de prise de parole. Ce qui montre précisément qu'il n'y accorde aucune importance. Ce qui pourrait faire vraiment pression ce sont les pays de la région, les pays d'Asie du Sud-Est comme les grands partenaires du Myanmar, la Chine mais également le Japon et la Corée du Sud, qui ont pris une position ferme ces derniers jours en disant qu'ils condamnaient sans équivoque le coup d'Etat et qu'ils allaient donc repenser leur système de coopération avec le Myanmar.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.