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Barkhane, l’opération antiterroriste française au Sahel

Pendant que Paris accueille la conférence sur l'Irak, l'armée française finit de déployer son dispositif contre-terroriste dans la bande sahélo-saharienne. Lancée le 1er août, l'opération Barkhane prolonge l'intervention Serval au Mali. Elle s'étale sur cinq pays avec un effectif de 3.000 hommes. France Info est l'un des rares médias avoir été accueilli sur la base de N’Djamena au Tchad.
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Radio France
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  (Lancée début août, l’opération Barkhane vise à empêcher la reconstitution des groupes djihadistes après le démantèlement des bases découvertes dans le nord du Mali avec l’opération Serval  © Radio France / Etienne Monin)
REPORTAGE au coeur de l'opération Barkhane - Etienne Monin
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Sur le terrain d’entrainement de Massaguet, à 1h30 de route de N’Djamena, les soldats de l’opération Barkhane vident leurs quatre chargeurs de Famas sur des cibles plantées dans le sable ocre d’une butte. Ils appartiennent au groupement tactique "désert Est". Cette unité est née avec la mise sur pied de ce nouveau dispositif créé pour prolonger l’opération Serval au Mali. "D’autres pays on prit conscience également que les groupes armés terroristes ne respectent pas les frontières, qu’ils en jouent, et donc qu’il faut s’entraider mutuellement pour combattre ces mouvances terroristes", explique le général Jean-Pierre Palasset, commandant de l’opération Barkhane.

 

L’état-major de Barkhane a pris ses quartiers dans la base de N’Djamena au Tchad. La répartition des troupes se fait sur deux pôles principaux. N’Djamena avec environ 600 hommes et Gao avec plus d’un millier de soldats.  Les autres vont se positionner sur des bases avancées. La phase de réorganisation doit se terminer fin octobre. 

Etat de la menace  

Avec cette opération, la France veut prévenir la reconstitution de sanctuaires, et protéger les pays du Sahel. Avec Serval, l’armée estime avoir désorganisé Al Qaïda au Maghreb Islamique. D’après le colonel Vincent, sous-chef opérations, la menace est résiduelle. "Ils refusent le contact direct. Pour autant, ils continuent de nous harceler. Ils posent des mines. D’autres menaces apparaissent depuis le mois de mai. Il s’agit de véhicules suicides. Mais cela reste rare", constate-t-il.

Où intervenir

Avec ce dispositif, la France reste très présente au Mali. Barkhane signe la fin de l’opération Serval mais pas le désengagement. Aujourd’hui, l’armée malienne n’est pas en état d’assurer la sécurité du pays. La force de l’Onu n’est pas encore  entièrement constituée. Et la situation politique dans le nord du pays reste incertaine malgré le début des discutions entre le gouvernement et les groupes armés touaregs. L’autre point chaud pour les Français se situe dans le nord du Niger, au carrefour des frontières avec la Libye et L’Algérie. "La menace qui était très localisée au Mali a dû se réfugier ailleurs,  que ce soit en Algérie, en Libye, au nord du Niger. Et le Niger est un axe logistique majeur pour ces groupes qui utilisent le nord de ce pays pour acheminer armement, vivres et munitions vers le nord du Mali", explique** le colonel Vincent. 

  (L'opération Barkhane est une opération inédite de par la taille du terrain, neuf fois la France, et le nombre de pays impliqués  © Radio France / Etienne Monin)

Comment intervenir

Les soldats français devraient intervenir dans les secteurs Est et Ouest de la Frontière au nord du Niger. Ils s’informent aussi sur la situation des chercheurs d’or dans le secteur montagneux du Djado, à cheval sur le Tchad et le Niger. Ils s’appuient beaucoup sur le renseignement.  Quatre drones et six avions de chasse sont engagés.  Mais difficile de faire le tri entre les djihadistes et la population. "C’est un casse-tête. Les groupes armés ont des vêtements et des comportements assez similaires (à la population). On est vraiment en face d’un groupe armé terroriste d’un point de vue discrimination, pratiquement lorsqu’il nous tire dessus", nous dit le général Palasset. 

La France et L’Afrique

Au Mali, pour légitimer son intervention, la France s’était appuyée sur une lettre de demande du président Malien. Pour cette opération, il n’y a pas d’invasion armée. La France agit donc dans le cadre d’un partenariat,  suite à la constitution d’un G5, groupe des cinq pays impliqués. Elle s’appuie également sur des accords bilatéraux. Les règles changent d’un pays à l’autre.  Les contraintes sont donc parfois assez fortes, et les règles d’engagement, c'est-à-dire  l’usage des armes, changent en fonctions des états. Le colonel Renaud, du bureau de l’état-major, est en charge de la planification et de la coordination des opérations. Il explique que la décision de faire feu "peut venir de Paris, ça peut être au niveau du commandant de l’opération, et ça peut être le chef tactique sur le terrain.  Certains ont demandé un engagement un peu plus incisif, en nous donnant plus de liberté d’action. Et d’autres restreignent un peu plus nos conditions d’emplois", explique-t-il. 

Limites

L’opération Barkhane s’étale dans l’espace (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) mais aussi dans le temps. Le général Palasset considère qu’elle devrait durer au minimum trois ou quatre ans. Mais elle reste aux portes des pays considérés comme de véritables sanctuaires des groupes radicaux, comme la Libye au Nord,  le soudan à l’Est, et le Nigeria au Sud. Le ministre de la Défense a lancé un appel à la communauté internationale la semaine dernière pour tenter d’apporter une solution au problème libyen, pour tenter d’agir sur les racines du problème, pas seulement sur la marge.

Reportage d'Etienne Monin, édité par Cécile Mimaut

  (Barkhane en chiffres : 3.000 hommes, 6 avions de chasse, 16 hélicoptères,  4 drones d’observation, plus de 200 véhicules blindés, 3 ports pour l’acheminement de la logistique (Dakar, Abidjan, Douala), et 5 pays concernés © Radio France / Etienne Monin)

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