Sommet européen : chaque pays voit midi à sa porte

Les attentes divergent selon les Etats membres de la zone euro ou de l’Union européenne. Tour d’horizon avant le rendez-vous tant attendu de Bruxelles mercredi 26 octobre. 

Chaque pays, membre ou non de la zone euro, n\'a pas les mêmes attentes du sommet européen du mercredi 26 octobre 2011.
Chaque pays, membre ou non de la zone euro, n'a pas les mêmes attentes du sommet européen du mercredi 26 octobre 2011. (RUFFER/CARO FOTOS/SIPA)

Les yeux du monde entier sont rivés sur le sommet européen qui s'est ouvert mercredi 26 octobre à Bruxelles (Belgique) et doit régler, normalement, la crise de la zone euro. La première réunion s'est ouverte vers 18h20 et sera suivie par une autre, jugée cruciale, entre les seuls dirigeants de la zone euro. Cependant, les espoirs de voir un accord d'envergure sont minces, en raison des divergences persistantes entre Européens.

En attendant les annonces et les solutions apportées à l'issue de ce sommet, voici un tour d’horizon des différentes exigences des pays concernés, qu'ils soient membres ou non de la zone euro.

• L’Allemagne : garder l’indépendance de la BCE

Angela Merkel n’en démord pas : elle veut préserver l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). L'institution doit ainsi cesser de racheter une partie des dettes italienne et espagnole sur les marchés financiers. Concernant le Fonds européen de stabilité financière (FESF), Berlin, premier contributeur, ne veut pas garantir plus que les 211 milliards d’euros annoncés.

Quant aux banques, le gouvernement allemand pousse pour qu’elles fassent une croix sur 60 % de leurs créances, car il refuse que les Etats remettent au pot pour Athènes.

Du côté politique, enfin, l’Allemagne s’est ralliée à l'idée française d’une gouvernance économique de la zone euro et prône même la création d'un ministère européen des Finances. En échange, elle entend imposer à ses partenaires une discipline budgétaire de fer, voire une tutelle des projets de budgets nationaux.

• La France : préserver les banques françaises

La France n’a pas eu gain de cause, a priori, sur le FESF : Paris voulait en faire une banque, afin qu’il puisse venir en aide directement aux pays en difficulté avec l’aide d’une BCE aux compétences élargies. Sur ces deux points, l’Allemagne a dit non.

Sur l’aide des banques à la Grèce, en revanche, la France a le soutien de la BCE face à l’Allemagne : elle refuse que les établissements renoncent à plus de 50 % de leurs créances. Les banques françaises sont en effet très exposées à la dette grecque et elles pourraient y perdre leur note AAA, tout comme la France.

Nicolas Sarkozy a néanmoins le soutien de l’Allemagne sur l’idée d’une gouvernance économique de la zone euro. Le chef de la diplomatie française Alain Juppé, pourtant héritier du courant gaulliste hostile à cette "supranationalité", vient de prôner une "fédération européenne".

• L’Italie : regagner la confiance de Bruxelles et des investisseurs

Rome compte sur l'appui continu de la BCE pour jouer les pompiers sur les marchés financiers et freiner la hausse des taux d'emprunt italiens, qui participent à alourdir la dette du pays (1 900 milliards, soit 121 % du produit intérieur brut). En échange, Silvio Berlusconi compte présenter à Bruxelles une lettre dans laquelle il s'engage à effectuer des réformes et à prendre des mesures de relance de la croissance promises depuis cet été. Mais il n'est pas garanti que cela suffise à ses partenaires à Bruxelles.

• La Grèce : voir sa dette effacée partiellement

Athènes retient son souffle : de l’issue du sommet dépend le sort de sa dette insoutenable (385 milliards d’euros, 165 % du PIB). Les banques européennes pourraient tirer un trait sur 40 à 60 % de leurs créances grecques. Revers de la médaille : les établissements hellènes les plus exposés pourraient être mis sous tutelle. Malgré tout, le premier ministre grec George Papandréou appelle les banques à "contribuer" à cet effort et l'Europe à "assumer ses responsabilités".

• Le Royaume-Uni : être davantage consulté

La grogne monte parmi les dix Etats de l'Union européenne non-membres de la zone euro, Grande-Bretagne en tête. Ils se plaignent de la volonté croissante des Etats utilisant la monnaie unique de prendre des décisions sans les consulter.

Le Royaume-Uni a obtenu qu'un autre sommet réunissant tous les pays de l'UE soit aussi convoqué mercredi à Bruxelles. Et David Cameron a réitéré sa promesse de "rapatrier des pouvoirs" en matière de législation sociale et sur l'emploi notamment.

Mais le mal est fait : le premier ministre britannique est chahuté par les élus les plus anti-européens du parti conservateur, qui ont osé le défier en réclamant un référendum sur la sortie du Royaume-Uni du bloc des 27.

La Suède, les Pays-Bas, et la Finlande viennent quant à eux de lancer une mise en garde, estimant que "tous les Etats membres doivent être impliqués dans les décisions" pour préserver la prospérité économique du continent.

• La Chine : participer au fonds de secours européen

C’est l’une des deux options sur la table pour renforcer le FESF : faire participer les pays émergents, notamment la Chine. Celle-ci, qui détiendrait déjà quelque 500 milliards de dollars de dette souveraine européenne (359 milliards d'euros), serait partante. Cela lui permettrait, selon le China Daily, de devenir plus influente au sein du système financier mondial avant le sommet du G20 les 3 et 4 novembre à Cannes. La Chine a aussi tout intérêt à ce que son premier client, l’Europe, ne s’effondre pas.

• Les Etats-Unis : éviter un nouveau ralentissement économique mondial

Les Américains suivent avec inquiétude l’évolution des négociations européennes avant le sommet de mercredi. Ils ont remis la pression mardi 25 octobre sur les dirigeants de l’UE : "La crise financière européenne est aujourd'hui le risque le plus grave pesant sur la reprise de l'économie mondiale", a prévenu le sous-secrétaire adjoint au Trésor, Charles Collyns. Et pour cause : les Etats-Unis sont l’un des principaux partenaires économiques de l’Europe. Eux-mêmes très endettés, ils craignent de voir leurs exportations outre-Atlantique chuter en cas d’échec du sommet.

 

Tout le monde semble donc redouter un basculement  du "continent européen vers des terres inconnues", comme l'a décrit le premier ministre François Fillon, en cas d'échec du sommet de mercredi.

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