Peine de mort évitée pour un Français en Indonésie : "Il faut que la France reprenne sa position de leader en matière d'humanisme"

La justice indonésienne a transformé la condamnation à mort du Français Félix Dorfin en 19 années de prison. Le maire de Béthune (ville dont cet homme est originaire), qui s'était insurgé à l'époque contre cette peine de mort, réagit sur franceinfo.

Félix Dorfin, le 4 février 2019.
Félix Dorfin, le 4 février 2019. (SADIM / AFP)

"Je pense qu'il faut que la France reprenne son bâton de maréchal, reprenne sa position de leader en matière d'humanisme et rappelle que la peine de mort n'est pas une bonne voie pour juger les hommes et réparer une faute", estime vendredi 2 août sur franceinfo Olivier Gacquerre, maire de Béthune (Pas-de-Calais). Il se félicitait du recul de la justice indonésienne, qui a ramené à 19 années de prison la peine du Français Félix Dorfin, originaire de Béthune, condamné à mort en mai dernier pour trafic de drogue. Olivier Gacquerre avait alors appelé Emmanuel Macron à intervenir pour éviter une peine "barbare", "contraire aux valeurs des Lumières".

franceinfo : Comment accueillez-vous cette nouvelle ?

Olivier Gacquerre : La France humaniste est plutôt heureuse de ce revirement de situation. On trouvait que la peine était disproportionnée. On s'inquiétait aussi de sa capacité à avoir eu un procès équitable, impartial et digne. On est très heureux que cette peine de mort n'ait pas lieu. C'est important pour la famille, pour lui et puis pour la France des Lumières. C'est une belle victoire pour le droit à la vie, le droit à l'erreur et la capacité à juger les gens avec discernement.

Qu'il y ait une peine, je n'en disconviens pas, je ne connais pas le fond de l'affaire. Mais aller jusqu'à la peine de mort, j'y étais opposé, par principe. Et en plus, quand je vois qu'il lui est reproché d'avoir transporté trois kilos de drogue – ce que je ne cautionne pas, évidemment – je trouvais cela très abusif.

Vous avez eu le soutien du quai d'Orsay ?

La position de principe, en tout cas, a fonctionné. Je suis très heureux que la France ait pu être entendue, et j'étais heureux d'avoir interpellé le président de la République qui, je pense, a joué des relations diplomatiques.

Je pense que la voix de la France a pesé dans cette décision. On a eu aussi une attitude humble, qui a été de dire que s'il y a eu faute, il doit y avoir sanction. Il n'y a pas eu d'ingérence, me semble-t-il. En tout cas, il y a eu, du point de vue français, un respect des principes fondamentaux des droits de l'Homme. J'espère maintenant qu'il n'y aura pas appel, qu'en tout cas la décision ne sera pas retransformée dans une voie qui ne serait pas acceptable pour nous. J'espère surtout que la famille de Félix Dorfin sera soulagée, aujourd'hui.

Cette affaire en rappelle une autre, celle du Messin Serge Atlaoui, condamné depuis 12 ans à la peine capitale en Indonésie, également pour du trafic de drogue. Tous les appels ont pour le moment été rejetés. Vous aviez cette crainte que ça dure aussi longtemps ?

Oui bien évidemment. Chaque pays est souverain. On aurait pu craindre l'enlisement, ou une position très ferme, dogmatique, de la part d'un État dont souvent, on peut avoir quelques clichés. Cette fois, finalement, il y a eu un revirement de situation pour notre compatriote. Mais il reste tous ceux – Français ou non – qui restent enfermés en attendant l'exécution de leur peine de mort. Je pense qu'il faut que la France reprenne son bâton de maréchal, reprenne sa position de leader en matière d'humanisme et rappelle que la peine de mort n'est pas une bonne voie pour juger les hommes et réparer une faute.

Je ne crois pas à la barbarie, à la cruauté, ce n'est pas la marque de fabrique de la France. Donc quelle que soit l'origine des gens condamnés à mort, il faut qu'on se batte contre la peine de mort.