Vingt têtes maories restituées à la Nouvelle-Zélande par les musées français

Longtemps disséminées dans plusieurs musées français, les têtes momifiées et tatouées retournent dans leur pays d'origine. 

Un crâne présenté dans le cadre de l\'exposition \"Maori, leurs trésors ont une âme\" au musée du quai Branly, qui s\'est achevée le 22 janvier 2012.
Un crâne présenté dans le cadre de l'exposition "Maori, leurs trésors ont une âme" au musée du quai Branly, qui s'est achevée le 22 janvier 2012. (MARS JEROME / JDD / SIPA)

Vingt têtes maories conservées dans les musées français ont été rassemblées à la mi-décembre au musée du quai Branly, à Paris. Lundi 23 janvier, elles ont été restituées à la Nouvelle-Zélande.

• Comment s'est déroulée la restitution ?

La restitution officielle des têtes tatouées s'est déroulée dans le grand hall du musée du quai Branly à Paris, lors d'une cérémonie maorie, menée par un "aîné". Celui-ci a remis aux officiels français, dont le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, des cadeaux dissimulés dans des petits sacs en toile pour les remercier de leur geste.

Francetv info

Les têtes seront ensuite rendues aux représentants du peuple maori afin d'être inhumées selon les rites de leur tribu d'origine, à condition que celle-ci puisse être identifiée. Dans le cas contraire, les têtes seront exposées au musée national d'histoire de la Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa, à Wellington. Le pays exige depuis 1980 le retour de quelque 500 têtes dispersées dans les musées de la planète.

• Comment la restitution a-t-elle été décidée ? 

La restitution de ces têtes maories aboutit après cinq ans de négociations. Tout a commencé lorsque le Muséum de Rouen a décidé, le 19 octobre 2007, de rendre à la Nouvelle-Zélande une tête ornée de tatouages dont il disposait depuis 1875, rappelle RFI. Mais la municipalité normande avait été déboutée de sa demande, au motif du non-respect de la procédure de déclassement. 

La députée-maire socialiste de Rouen, Valérie Fourneyron, avait critiqué cette décision et dénoncé le retard de la France, écrit RFI. Face au principe d'inaliénabilité invoqué par les musées pour ne pas mettre en danger leurs collections, l'élue avait rétorqué : "Il faut tordre le coup au fantasme de restitutions aspirant les collections des musées occidentaux."

Dès 2008, la sénatrice centriste de Seine-Maritime, Catherine Morin-Desailly, prépare un texte de loi permettant de restituer les têtes maories à la Nouvelle-Zélande. "Les têtes maories sont bien les vestiges d'une époque où des théories pseudo scientifiques légitimant la supériorité d'une race sur d'autres supposées inférieures justifiaient des pratiques attentatoires à la dignité humaine, écrit-elle. Elles répondent aux critères définis par les Nations unies car ce sont des objets constitués en pièces culturelles suite à une pratique ignoble."

Enfin, le 4 mai 2010, l'Assemblée nationale adopte une loi autorisant la restitution des têtes maories détenues par la France, à 457 voix pour et 8 voix contre.

• A qui appartenaient ces têtes ? 

La plupart des sociétés océaniennes conservaient religieusement les crânes séchés de leurs ancêtres. Les Maoris coupaient également parfois la tête de leurs ennemis prestigieux en guise de trophées. Pour l'ethnologue Christian Coiffier, spécialiste du Pacifique Sud, les tatouages uniques ornant ces visages momifiés ont suscité le vif intérêt des explorateurs et marins européens dès la fin du XVIIIsiècle. "Les Maoris ont perfectionné à l'extrême cette technique", a souligné l'expert lors d'un colloque scientifique organisé au Muséum d'histoire naturelle de Paris le 20 janvier.

• Comment sont-elles arrivées en Europe ?  

Avec le débarquement de marins et d'explorateurs dans la région au XVIIIsiècle, l'engouement et la curiosité suscités par ces reliques a donné lieu au développement d'un véritable commerce avec les Maoris, qui y ont vu l'occasion d'obtenir des armes à feu. 

En 1769, le Britannique James Cook est le premier Occidental à mettre le pied chez les Maoris. L'histoire veut que le botaniste de son expédition ait échangé l'une de ces fascinantes têtes contre un caleçon.

Dès 1824, un naturaliste accompagnant l'explorateur français Jules Dumont d'Urville écrit que les crânes sont devenus un "objet de commerce". Selon lui, les têtes vendues sont "mal préparées", contrairement aux têtes des ancêtres, soigneusement décorées.

Encouragés par leurs acheteurs, les Maoris organisent des raids chez leurs ennemis pour se procurer des crânes, capturent des esclaves pour les décapiter et tatouer leurs têtes post mortem. 

Ce négoce est interdit en 1831 par le gouvernement britannique, mais le trafic illégal se poursuit, disséminant des centaines de têtes coupées dans différents pays d'Europe.

• Sont-elles authentiques ?

Anthropologues, généticiens et biologistes ont déployé tout leur savoir-faire pour apporter la preuve de leur authenticité. L'ADN hérité de la lignée paternelle a prouvé de manière "quasi certaine" que ces têtes étaient bien celles d'ancêtres maoris. Et elles constituent même vraisemblablement les plus anciennes "séquences génétiques" de ce peuple connues à ce jour, indique Régis Debruyne, spécialiste de l'ADN ancien.

Le médecin légiste Philippe Charlier a même été en mesure de déterminer le sexe et l'âge approximatif des propriétaires des têtes à l'aide de techniques "non invasives", respectueuses des traditions maories, a relevé le président du Muséum, Gilles Bœuf.

• Que nous apprennent-elles sur l'histoire des Maoris ? 

Les données scientifiques recueillies sont précieuses pour comprendre l'histoire des migrations dans le Pacifique et la généalogie des Maoris.

Les analyses réalisées sur les têtes éclairent sur l'histoire du peuplement des îles du Pacifique par ce peuple parti voici plusieurs millénaires de Taiwan. Il a donc colonisé par étapes toute la Polynésie pour arriver sur les côtes néo-zélandaises entre le XIe et le XIIIsiècles.