Alerte trop courte, vague sous-estimée... Pourquoi le tsunami a surpris les habitants de l'île de Célèbes en Indonésie

La géographie de Palu, une ville située au fond d'une baie étroite, 2 km de large et 10 de large, a amplifié la puissance de la vague, causant de nombreux dégâts.

La ville de Palu dévastée après le passage d\'un tsunami, vendredi 28 septembre 2018.
La ville de Palu dévastée après le passage d'un tsunami, vendredi 28 septembre 2018. (ADEK BERRY / AFP)

Le bilan n'en finit plus de grimper. Dimanche 30 septembre, les autorités indonésiennes ont comptabilisé plus de 800 morts à la suite du séisme et du tsunami qui se sont abattus sur l'île de Célèbes, vendredi 28 septembre. Comment une telle hécatombe a-t-elle pu avoir lieu ? Des voix commencent à s'élever pour dénoncer des dysfonctionnements, alors que la force de la vague a surpris de nombreux habitants et observateurs. Franceinfo fait le point.

Un séisme qui ne génère "habituellement" pas de tsunami

Vendredi 28 septembre, un séisme de magnitude de 7,5 a frappé l'île de Célèbes, juste avant 13 heures. Une secousse plus puissante que la série de tremblements de terre qu'a connus l'Indonésie, en août. Le séisme situé près de Palu a ensuite entraîné un tsunami dévastateur, alors que ses caractéristiques ne le laissaient pas présager.

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"C’est un séisme qui est essentiellement en décrochement. Les deux parties de la croûte vont glisser horizontalement l’une par rapport à l’autre", explique Sophie Lambotte, sismologue à l’Ecole et observatoire des sciences de la Terre de Strasbourg, à franceinfo. "Habituellement, cela ne génère pas de tsunami." Une particularité qui a pu induire en erreur l’analyse des signaux.

Un possible dysfonctionnement de l'alerte

Après le tremblement de terre, les habitants ont-ils été suffisamment prévenus du danger en provenance de la mer ? La polémique bat son plein sur place. En cause, l'institut météorologique et de géophysique indonésien, le BMKG, qui a lancé une alerte au tsunami... et l'a levée 34 minutes plus tard, comme l'atteste ce tweet (utilisez l'option de traduction).

Ce message semble avoir semé la confusion, de nombreux médias et internautes le relayant. Beaucoup reprochent au BMKG d'avoir levé son avertissement avant que les vagues n'arrivent, mais les autorités indonésiennes démentent. Elles assurent que des vagues ont déferlé sur la côte, près de Palu, avant la levée de l'alerte. 

Une chronologie difficile à vérifier car l'agence BMKG a fait état du tsunami trois heures après la fin officielle de l'alerte. "Le tsunami s'est produit à 18h22 locale", a d'ailleurs précisé Dwikorita Karnawati, présidente de l'agence.

Une vague sans doute sous-estimée par les géologues

En quelques minutes, l'eau a dévasté la ville de Palu. La vague a atteint "une hauteur maximale de 1,5 m", décrit Dwikorita Karnawati, présidente de l'agence de géophysique indonésienne. Toutefois, des témoignages et vidéos évoquent des vagues bien plus hautes, certains évoquant des lames de 6 mètres de haut.

Interrogé par l'agence Reuters (en anglais), Rahmat Triyono, le responsable des séismes et des tsunamis du BMKG, a reconnu ces imprécisions : il explique que l'instrument le plus proche sur laquelle l'agence s'est basée pour enregistrer les changements de niveau de la mer était situé à 200 km de Palu. Selon lui, l'agence a levé l'alerte car seule une oscillation de six centimètres avait été enregistrée. L'agence semble donc être passée à côté des vagues beaucoup plus impressionnantes qui ont déferlé sur la côte. 

Une lame amplifiée par la forme de la côte

Quoiqu'il en soit, une vague d'1,5 mètre est suffisante pour causer des dégâts considérables. "C'est une lame de fond, on ne peut pas comparer ça aux vagues que l'on voit sur les plages. Il faut faire très attention. Là, c'est un mur de béton qui se déplace", explique le géologue Mustapha Meghraoui, sur franceinfo.

D'autant plus que la forme de la côte a pu amplifier le phénomène. "Palu est au fond d’une baie, rappelle la géologue Sophie Lambotte. Dans ce genre de disposition, vous pouvez avoir des phénomènes de résonance et d'amplification des vagues. Cela peut expliquer qu’à certains endroits, il y a plus de dégâts qu’à d’autres." Des raz-de-marée s'étaient déjà produits en 1927 et en 1968 à Palu, une ville située au fond d'une baie étroite, large de 2 km et longue de 10 km.