Pakistan: révision de la loi antiblasphème, un sujet qui fâche les mollahs

Les opposants à une révision de la loi sur le blasphème veulent faire plier le gouvernement pakistanais. Cette loi en vigueur punit de mort ou de prison à perpétuité l’outrage à l’islam. Elle est souvent utilisée comme prétexte à des règlements de compte personnels à l'encontre des citoyens pakistanais chrétiens. Opposé à cette loi, l'avocat d'Asia Bibi est dans le collimateur des extrémistes.

L\'exécution de Mumtaz Qadri, le 29 février 2016, pour avoir tué le gouverneur du Penjab, Salman Taseer, favorable à une révision de la loi anti-blasphème occasionne des rassemblements d\'islamistes, comme ici à Islamabad, le 30 mars 2016.
L'exécution de Mumtaz Qadri, le 29 février 2016, pour avoir tué le gouverneur du Penjab, Salman Taseer, favorable à une révision de la loi anti-blasphème occasionne des rassemblements d'islamistes, comme ici à Islamabad, le 30 mars 2016. (Metin Aktas / Anadolu Agency / AFP)

Me Aïf-ul-Mulook vit dans un quartier calme Lahore, mais sous étroite surveillance policière. Moins célèbre que sa cliente, Asia Bibi, une chrétienne condamnée à mort pour blasphème, ce musulman de 60 ans est dans le viseur des mollahs pakistanais pour ses prises de position contre une loi qu'ils défendent bec et ongles.
 
Dans un pays où les chrétiens représentent 2% de la population majoritairement musulmane, 17 personnes condamnées pour blasphème croupissent dans le couloir de la mort. De simples accusations de blasphème visant cette minorité religieuse suffisent à déclencher de la violence à son encontre.
Exemple du danger de cette loi qui profite aux musulmans religieux: un couple d’ouvrier a été battu et brûlé au Penjab, en 2014. Et pour éviter le même sort à Asia Bibi, toujours en prison, son placement à l’isolement s’est imposé pour garantir sa sécurité.
 
«Tu as planté le dernier clou de ton cercueil»
Condamnée à mort pour blasphème à l’issue d’une banale dispute avec des femmes musulmanes de son village, cette chrétienne est devenue depuis un symbole de ce débat ultra-sensible au Pakistan. Son défenseur, Me Mulook, raconte ce que ses collègues avocats lui ont dit, lorsqu’il a accepté de la défendre: «Tu as planté le dernier clou de ton cercueil». Aujourd'hui, ses confrères l'évitent au tribunal, raconte-t-il à l'AFP.

Me Mulook n'en était pas à sa dernière affaire sensible. Il a occupé le poste de procureur dans un procès très médiatisé, celui de l'assassin du gouverneur du Penjab Salman Taseer qui avait appelé à la libération d'Asia Bibi. Cet assassinat perpétré en 2011 par Numtaz Qadri a fait de ce policier chargé de la protection du gouverneur un héros aux yeux de certains islamistes radicaux. Il a été exécuté par pendaison en février 2016. 

Loi promulguée en 1986
Environ 2000 des partisans de Qadri se sont rassemblés, le 26 février 2016, à Islamabad autour des principales institutions politiques pakistanaises, exigeant entre autres l'exécution d'Asia Bibi, condamnée à mort en 2010, en vertu de cette loi. Les forces de l'ordre avaient donné jusqu'au 30 mars à ces manifestants islamistes pour qu'ils mettent fin à leur sit-in. Ils se sont dispersés après avoir reçu l'assurance, selon eux, que leur revendications seront respéctées. Un accord toutefois démenti par le gouvernement, selon l'AFP.


La loi sur le blasphème a été promulguée sous la dictature militaire en 1986. Elle condamne «ceux qui, par des paroles ou des écrits, des gestes ou des représentations visibles avec des insinuation directes ou indirectes, insultent le nom sacré du prophète»

Bien que le Conseil pour l'idéologie islamique se soit déclaré favorable à une modification de ce texte, M.Mulook reste pessimiste pour l'avenir, estimant que le «phénomène Qadri» va s'amplifier. A propos de d'Asia Bibi, à qui il a rendu visite récemment dans une prison de la municipalité de Multan, il assure qu'elle «garde de l'espoir, beaucoup d'espoir».