Cet article date de plus de quatre ans.

Les pistaches d'Afghanistan, or vert convoité des talibans

La production de la pistache serait accaparée par les talibans alors que le fruit sec est une des spécialités du pays.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des travailleurs afghans dans une usine de fruits sec à Kaboul le 31 décembre 2014. (WAKIL KOHSAR / AFP)
On savait que les talibans vivaient du trafic d’héroïne, d’opium et de pierres précieuses. Désormais, ils s’appuient aussi sur les pistaches.

L’Afghanistan s'enorgueillit de produire les «meilleures pistaches du monde», rapporte l’AFP. Celles-ci sont produites dans la «pistachio belt», qui s’étend de Badakhashan, au nord-est de l’Afghanistan, à Kunduz dans le nord, jusqu'à la région de Herat dans l'ouest, frontalière de l'Iran.
 
On trouve ainsi 27 à 30 000 hectares de pistachiers dans la province de Baghdis, au nord du pays, zone mal contrôlée par le pouvoir de Kaboul. Résultat: les stocks sont pillés par les talibans, qui n’attendent pas la fin de la maturation de la pistache, ce qui a pour conséquence de faire baisser la valeur de la marchandise : «Elles ne vont pas bien se vendre alors qu’elles auraient pu rapporter 35 millions d’afghanis (525 000 dollars)», rapporte Hafizullah Benish, directeur du département d'agriculture. Au lieu de quoi elles sont vendues quatre à cinq fois moins chers. 

«Les talibans et d'autres, ceux qui sont armés dans la province, utilisent tous les moyens pour attaquer ces forêts», dépêchant les pillards ou les rançonnant au retour, déplore le chef du bureau du gouverneur de Badghis, Sharafuddin Majeedi. «Et ça fait des années que ça dure», relève-t-il.

Le ministère afghan de l’Agriculture a annoncé que 40% des fruits avaient été illégalement récoltés bien avant leur maturité. L'offensive a commencé le 7 juillet au deuxième jour de l'Aïd, la grande fête qui marque la fin du ramadan, explique le responsable du département de l'agriculture pour la province de Samangan (nord), Rafiullah Roshanzada: «100 à 150 habitants se sont rués dans les forêts de pistachiers des districts de Hazrt Sultan et de Koh Gogird»
 
Mais les talibans ne sont pas les seuls à profiter de ce juteux commerce. Certaines populations pauvres y participent également, récoltant 13 à 30 dollars par jour, quand le salaire moyen quotidien est d’environ trois dollars. La pistache est facile à récolter illégalement, précise l’AFP, car elle se trouve dans des forêts naturelles, propriétés de l’Etat. 

Il y a 35 ans, avant le début des conflits qui l'ont ravagé, l'Afghanistan comptait environ 450.000 ha de pistachiers, indique Mohammad Aman Amanyar, directeur des forêts au Ministère de l'Agriculture. Mais avec la guerre et la misère, «40 à 50% des arbres ont disparu en bois de chauffe, ou victimes du changement climatique, de la sécheresse...»

Selon l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Agence de coopération américaine USAID, qui soutiennent la reforestation, la densité des forêts s'est ainsi considérablement éclaircie, passant de 40 à 100 arbres par hectare en moyenne avant guerre à 20 à 40 arbres aujourd'hui.

Les exportations de pistaches, vantées pour leurs qualités naturelles et biologiques, ont varié entre 500 et 1.500 tonnes de noix décortiquées au cours des 12 dernières années. En 2014, elles ont rapporté 4,2 millions de dollars à l’Afghanistan. Un commerce juteux. Mais encore loin de rivaliser avec celui de l’opium qui génère 160 millions de dollars annuellement, conclut l’AFP. 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Asie-Pacifique

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.