Les intérêts et l'influence de la Chine en Birmanie

Avec l'arrivée au pouvoir d'un président civil en Birmanie, les Etats-Unis voient l’opportunité de sceller des alliances et surtout d’y contrer l'influence de la Chine. Si Rangoun reçoit cette sollicitude comme un moyen de prendre ses distances avec son puissant voisin, Pékin a prévenu : il ne faut pas que ses intérêts en pâtissent.

Le marché chinois de Mandalay, en Birmanie, le 28 septembre 2009. Les Chinois, qui contribuent à faire tourner l\'économie birmane, ont dynamisé le sud de la ville.
Le marché chinois de Mandalay, en Birmanie, le 28 septembre 2009. Les Chinois, qui contribuent à faire tourner l'économie birmane, ont dynamisé le sud de la ville. (AFP PHOTO / NICOLAS ASFOURI)

Ainsi, une semaine après la visite à Rangoun de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, le 9 décembre 2011, Shwe Mann, un des hommes les plus puissants du nouveau régime, a balayé les craintes : la Chine "a apporté de nombreux conseils et assistance à la Birmanie lorsque nous n'avions pas de relations régulières avec les Etats-Unis. La Chine s'est aussi tenue aux côtés de la Birmanie au sein de la communauté internationale".

Membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, la Chine a toujours usé de son pouvoir pour minimiser l'impact des sanctions prises contre la Birmanie.

Les réformes politiques de Rangoun, le rapprochement américain et l'abandon en septembre 2011 de la construction du barrage de Myitsone (lien en anglais) menée par les Chinois avaient refroidi Pékin.

 

Des échanges de longue date avec " le grand frère"
La Birmanie, qui a une frontière commune de 2.000 kilomètres avec l’Empire du Milieu, possède un fort potentiel de développement, notamment en matière de modernisation de ses infrastructures électriques, des communications, du réseau routier, de ses ports et de ses installations touristiques.

Dans le domaine des transports, la Chine a mis en place des projets visant à relier l’intérieur de son territoire à l’océan Indien à partir de la seconde moitié des années 90. Elle les a concrétisés en construisant de nouvelles routes jusque dans les régions montagneuses de Birmanie au milieu des années 2000.

Premier fournisseur et client du Myanmar, la Chine a également tiré profit des abondantes ressources naturelles de la Birmanie : minerais, gaz, pétrole, bois, nickel, cuivre, gaz et énergie hydroélectrique (par le biais de la construction de centrales hydrauliques) en contrepartie de son soutien.

En 2010, leur commerce bilatéral a bondi de 53% par rapport à l’année précédente.

 

Thant Myint-U, historien birman proche de Aung San Suu Kyi, analyse le regard de l'Occident sur la Birmanie

 

Une immigration chinoise de masse
Si la présence économique chinoise est largement visible, la présence humaine l’est tout autant, surtout dans le nord, le nord-est et le centre de la Birmanie.

Dès la création de la République Populaire de Chine en 1949, des éléments de l’armée nationaliste de Chang Kaï Chek ont posé leurs valises dans les différents Etats Shan de Birmanie et ont gardé des relations avec leur pays d’origine.

L’avènement de la nouvelle junte en 1988 soutenue par Pékin, a permis un nouveau flux migratoire de populations chinoises et assimilées.

Au début des années 80, les familles Shan d’origine chinoise, enrichies par les divers trafics entre les deux pays, furent les premières à acheter des terrains dans la ville birmane de Mandalay. Dans les années 90, les Chinois du Yunnan ont pris le relais, s’installant massivement en ville.

 

A Rangoun, le port de commerce sur le fleuve Irrawaddy.
A Rangoun, le port de commerce sur le fleuve Irrawaddy. (AFP/Giulio Gil/hemis.fr)

 

Les limites de l’hégémonie chinoise
Elle a transformé les zones frontalières (lien en anglais) comme le territoire des Wa au nord-est, en base arrière pour les hommes d’affaires chinois. Si l’exploitation de leurs activités commerciales multiples est souvent légale, elle flirte régulièrement avec l’illégalité, notamment dans le domaine foncier et dans le milieu des jeux clandestins et des casinos.

En 2005, afin de gommer la mauvaise image donnée par ces tripots tenus par des Chinois, l’Armée populaire de Libération dépêchée par Pékin a fermé les maisons de jeux et la frontière pour rétablir l’ordre.

 

L’influence chinoise encore loin de l’effritement
Washington aura bien du mal à contrebalancer à court terme les liens croisés entre les deux voisins asiatiques : trop d’engagements réciproques, une proximité géographique imparable et une instabilité chronique des zones aux frontières, où les médiateurs chinois sauront rester en première ligne.