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Le Premier ministre japonais suscite la polémique en priant dans un sanctuaire de l'armée

C'est la première fois depuis 2006 qu'un chef de gouvernement se rend dans ce sanctuaire consacré aux Japonais morts au combat. Ce monument est perçu en Chine et en Corée du Sud comme un symbole de l'impérialisme nippon, qui a fait plusieurs millions de victimes entre 1937 et 1945.

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Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, donne une conférence de presse le 26 décembre 2013, après avoir visité le sanctuaire controversé de Yasukuni, à Tokyo (Japon). (KYODO / REUTERS)

Pour les Chinois et les Coréens du Sud, ce sanctuaire est un symbole des atrocités commises par l'armée japonaise dans le passé. Le Premier ministre nippon Shinzo Abe a prié jeudi 26 décembre au Yasukuni, provoquant la colère de la Chine et de la Corée du Sud. Aucun chef de gouvernement japonais en exercice n'avait effectué cette visite depuis Junichiro Koizumi le 15 août 2006, jour anniversaire de la capitulation du Japon à la fin de la seconde guerre mondiale.

EVN

Shinzo Abe, un conservateur aux convictions nationalistes, s'est rendu dans ce lieu de culte shintoïste situé au cœur de Tokyo en fin de matinée, un an tout juste après son retour au pouvoir le 26 décembre 2012. Vêtu d'un costume à queue de pie, il a passé une dizaine de minutes dans le sanctuaire, où deux bouquets de fleurs blanches portant son nom et son titre ont été déposées. A sa sortie, le Premier ministre japonais a déclaré avoir voulu montrer sa "détermination à ce que personne ne souffre à nouveau de la guerre".

Qu'est-ce que le Yasukuni ?

Le Yasukuni honore les âmes de 2,5 millions de militaires morts pour le Japon de 1868 à 1951. Il souffre d'une mauvaise réputation à l'étranger depuis l'inscription, en 1978, des noms de 14 criminels de guerre, condamnés après 1945 par les Alliés. Parmi eux figure celui du général Hideki Tojo, Premier ministre du Japon lors de l'attaque sur Pearl Harbor qui précipita l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941.

Ce vaste sanctuaire est abhorré par la Chine, mais aussi par la Corée du Sud, dont les relations avec le Japon restent marquées par les atrocités commises par les troupes nippones pendant la colonisation de la péninsule coréenne (1910-1945) et durant l'occupation partielle de la Chine (1931-1945). Quelque 17 millions de civils chinois ont été tués durant la seconde guerre mondiale et, côté coréen, plusieurs centaines de milliers d'habitants ont été réduits en esclavage.

Comment réagissent la Chine et la Corée du Sud ?

La Chine a immédiatement exprimé "sa vive colère à l'égard des dirigeants japonais pour leur mépris affiché envers les sentiments du peuple chinois", via un communiqué du ministère des Affaires étrangères. "L'essence des visites des responsables japonais au sanctuaire Yasukuni est de magnifier l'histoire de l'agression militariste et de la domination coloniale du Japon", a-t-il poursuivi, ajoutant que le Japon "devra en assumer les conséquences".

Le ministre sud-coréen de la Culture a exprimé pour sa part la "colère" de son pays à propos de ce déplacement effectué "malgré les inquiétudes et les mises en garde de ses voisins", même si Shinzo Abe a assuré n'avoir pas voulu "blesser les Chinois et les Sud-Coréens".

Pourquoi les relations entre ces pays sont déjà tendues ?

Ces réactions courroucées étaient d'autant plus prévisibles que les rapports de Tokyo avec Pékin et Séoul sont tendus en raison de différends territoriaux, à tel point que le Premier ministre japonais n'a tenu aucun sommet avec les dirigeants chinois ou sud-coréen depuis son arrivée au pouvoir.

Avec la Chine notamment, le Japon se dispute la souveraineté sur l'archipel des Senkaku, qu'il administre en mer de Chine orientale, mais que Pékin revendique avec force sous le nom de Diaoyu. La Chine envoie régulièrement des navires près de ces îlots situés à 200 km au nord-est de Taïwan et à 400 km à l'ouest d'Okinawa (sud du Japon), où croisent aussi des garde-côtes japonais, ce qui fait craindre un incident armé entre les deux puissances. Le danger est d'autant plus redouté que Pékin a décrété, en novembre, une zone d'identification aérienne englobant le ciel des Senkaku-Diaoyu.

Pour dissiper les craintes d'un bégaiement de l'histoire, Shinzo Abe a rappelé que "le Japon avait construit un pays libre, démocratique et pacifique depuis la fin de la guerre. (...)"Il n'y a absolument aucun doute sur le fait que nous poursuivrons dans cette voie." Mais certains lui reprochent d'avoir très mal choisi son moment. C'est notamment le cas du proche allié américain. "Les Etats-Unis sont déçus que le gouvernement du Japon ait pris cette initiative qui va exacerber les tensions", a souligné l'ambassade américaine à Tokyo.

Les budgets alloués à la Défense augmentent en Chine comme au Japon, au point d'y faire craindre à Washington "une possible montée du militarisme", a estimé Takehiko Yamamoto, professeur de relations internationales à l'université de Waseda, à Tokyo. Dans ce contexte, cet expert a qualifié le geste de Shinzo Abe de "folie pure qui risque de détériorer davantage les relations avec la Chine et la Corée du Sud".

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