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L'ONU se livre à une charge sans précédent contre la Corée du Nord

Une commission d'enquête des Nations unies parle de crimes contre l'humanité nombreux et appelle le Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale.

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Une surveillante de prison nord-coréenne, devant une prison du comté de Chongsong, en Corée du Nord, le 8 mai 2011.  (JACKY CHEN / REUTERS )

C'est un rapport accablant, le premier aussi détaillé. Pendant près d'un an, une commission d'enquête de l'ONU a investigué sur la Corée du Nord. Elle conclut que "des violations systématiques, étendues et grossières des droits de l'homme ont été et sont commises par la République populaire démocratique de Corée." "Et dans de nombreux cas, ces violations constituent des crimes contre l'humanité." 

Cette commission a été constituée en mars 2013 par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, à Genève. Les trois juristes internationaux qui la composent n'ont pu se rendre dans le pays, en dépit de leurs demandes. Mais ils ont interrogé des fugitifs et des témoins en Corée du Sud, au Japon, au Royaume-uni et aux Etats-Unis. Ils ont rédigé un document explosif de 372 pages. "Maintenant, la communauté internationale sait", a déclaré le président de la commission, l'Australien Michael Kirby, en présentant son travail, lundi 17 février.

Que dénonce l'ONU ?

La Commission énumère les "exterminations, meurtres, esclavages, tortures, viols, les avortements forcés et autres violences sexuelles, les persécutions sur des bases politiques, religieuses, raciales et selon le sexe, les transferts forcés de population, les disparitions et les actes inhumains provoquant de façon délibérée des famines prolongées".

"Des centaines de milliers de prisonniers politiques ont péri dans des camps pendant les 50 dernières années", calculent les juristes. Ils ont été "graduellement éliminés par des famines délibérées, le travail forcé, les exécutions, la torture, les viols et le refus des droits de reproduction appliqués par des punitions, des avortements forcés et des infanticides".

Le rapport établit que le nombre de camps et de prisonniers a diminué à cause de ces morts, mais aussi grâce à quelques libérations. Il estime cependant que "80 000 à 120 000 prisonniers politiques sont actuellement détenus dans quatre grands camps prisons pour les politiques".

Les enquêteurs comparent ces violations aux crimes commis par les nazis lors de la seconde guerre mondiale. "Pour certaines d'entre elles, la ressemblance est frappante", estime Michael Kirby. 

Qui sont les responsables ?

La commission d'enquête a adressé un courrier à Kim Jong-un, inclus dans le rapport. Elle y souligne que les abus ont le plus souvent été commis par les responsables d'organisations directement contrôlées par le dirigeant nord-coréen, comme l'armée, la magistrature et le Parti des travailleurs de Corée. 

Le président de la commission indique que "des centaines" de membres du régime nord-coréen pourraient être tenus pour responsables de ces crimes. Et il ajoute que le numéro 1 nord-coréen a lui aussi "une grande part de responsabilité".

Les enquêteurs ont également signifié à la Chine qu'elle se rendait potentiellement coupable de "complicité de crimes contre l'humanité" en renvoyant des exilés nord-coréens dans leur pays. Selon leurs conclusions, le retour imposé des émigrés les expose à des actes de torture, des exécutions sommaires et des avortements forcés, ce que dément Pékin.

La communauté internationale est, elle aussi, pointée du doigt. Les juristes mettent en cause "la réponse inadéquate", ces dernières années, face à ces crimes, et demande que la "communauté internationale accepte la responsabilité de protéger le peuple de la Corée du Nord".

Que risque le régime nord-coréen ?

La commission appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour que les responsables de ces crimes rendent des comptes.

Dans la lettre adressée à Kim Jong-un, la commission d'enquête prévient que tous les responsables reconnus coupables, "y compris éventuellement vous", devront répondre de leurs actes devant la justice internationale. Une mise en garde publique sans précédent d'un dirigeant en exercice.

Il est néanmoins peu probable que le Conseil de sécurité ordonne le renvoi devant la CPI de responsables nord-coréens, car la Chine, alliée de Pyongyang, y mettrait sûrement son veto. 

La Chine a réagi, avant même la publication officielle du rapport, en désapprouvant par avance une saisine de la CPI. "Je n'ai pas vu moi-même ce rapport, mais notre position à ce sujet est claire : les questions relatives aux droits de l'homme doivent être résolues grâce à un dialogue constructif sur un pied d'égalité", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois. Et il a conclu : "Soumettre ce rapport à la CPI n'aidera pas à résoudre la question des droits de l'homme dans un pays donné."

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