Australie : "Il faut nous préparer, nous aussi, à des feux plus importants", avertit un commandant des sapeurs-pompiers du Var

Cinq pompiers français, experts des feux de forêts, sont arrivés jeudi en Australie, pour conseiller sur ces "méga-feux", mais aussi "pour aller voir aussi comment ça se passe".

Les pompiers tentent de lutter contre les incendies à Eden (Australie), le 6 janvier 2020.
Les pompiers tentent de lutter contre les incendies à Eden (Australie), le 6 janvier 2020. (SAEED KHAN / AFP)

"Il faut nous préparer, nous aussi, à des feux plus importants que ce que nous avons aujourd'hui", prévient, vendredi 10 janvier, sur franceinfo le colonel Eric Grohin, directeur du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) du Var.

Franceinfo : Que vous inspirent ces images de "méga-feux" ?

Eric Grohin : Ce sont des feux que nous n'avons pas l'habitude de voir, qui ont un gigantisme caractérisé. Je me souviens il y a cinq ans avoir participé à une conférence internationale à Aix-en-Provence sur les feux de forêts, où les Australiens nous expliquaient que ces "méga-feux" allaient arriver. Donc ce n'est pas une surprise pour eux, néanmoins ce sont des feux que nous n'avons pas l'habitude d'éteindre. 7,5 millions d'hectares brûlés depuis le mois de septembre en Australie, c'est l'équivalent de l'Écosse (…). J'ai eu ce matin au téléphone l'équipe qui est partie de France, ils sont impressionnés par le gigantisme de ces feux. Il y a à l'heure actuelle un foyer de 300 000 hectares, l'autre de 500 000 hectares. Quand on a dans le sud du Var des feux de 3 000 hectares, c'est des feux très importants pour nous.

Des vents chauds et secs, des températures qui dépassent les 40°, on est dans le pire du pire des conditions ?

Oui, puisqu'il faut plusieurs ingrédients pour avoir des feux importants. L'un des facteurs, c'est la température, et plus elle augmente, plus les risques sont importants. On a en Australie des températures de 1,5° au-dessus des moyennes et ça suffit pour avoir ce genre de phénomène. Et quand la température de l'air augmente, l'humidité diminue. Et puis, ensuite, il y a la sécheresse des végétaux. Quand on a tout ça réuni, avec du vent, forcément on a des feux importants. Et c'est important que nos équipes partent là-bas pour aller voir aussi comment ça se passe, parce qu'il faut nous préparer, nous aussi, à des feux plus importants que ce que nous avons aujourd'hui. Sans faire de catastrophisme, il faut que nous travaillions là-dessus.

Cinq experts français, des pompiers, sont arrivés hier en Australie. Qu'est-ce qu'ils peuvent apporter à l'Australie ?

Ce sont des experts qui connaissent très bien les feux de forêts et la doctrine française en matière de feux de forêts (…). Ils partent d'abord avec une grande humilité par rapport au gigantisme de ces feux. Néanmoins, il y a deux buts à cette mission. La première c'est de rendre compte de ce qui se passe pour que nous en retirions une expérience en France de ce que peut-être un "méga-feu". Puis, aussi, de voir dans quelle mesure nous pourrions leur apporter de l'aide. Ils ont des techniques plutôt américaines d'extinction des feux de forêts, basées sur du contre-feu. Alors que nous on a des techniques un peu plus offensives. L'objectif c'est donc de regarder dans quelle mesure on peut leur apporter quelque chose, en sachant qu'on a une doctrine bien définie et que nous utilisons aussi, quand les feux sont finis, la réhabilitation. C'est un échange.