La Thaïlande s'apprête à vivre ses premières élections depuis le coup d'Etat de 2014

Après un sixième report, les premières élections démocratiques depuis la prise du pouvoir par l’armée en 2014 devraient avoir lieu au mois de mars. 

Le Premier ministre thaïlandais, à Bangkok, la capitale de la Thaïlande, le 21 mars 2017.
Le Premier ministre thaïlandais, à Bangkok, la capitale de la Thaïlande, le 21 mars 2017. (ROBERTO SCHMIDT / AFP)

La junte militaire au pouvoir en Thaïlande semble bien avoir desserré l'étau. Les élections législatives devraient se tenir le 24 mars, après plus de quatre ans de règne du gouvernement de transition du général Prayut Chan-Ocha, issu du coup d’état militaire de mai 2014.

Le report du scrutin (initialement prévu le 24 février) ajoute à la confusion dans le pays, mais n'inquiète pas les observateurs. Les élections auront bel et bien lieu, mais après les fêtes somptueuses du couronnement du roi Maha Vajiralongkorn, qui se tiendront les 4, 5 et 6 mai prochains. La junte militaire au pouvoir ne veut pas que les préparatifs du couronnement chevauchent l’installation d’un nouveau gouvernement.

La campagne électorale a, elle, commencé. Après presque cinq années de dictature militaire, des dizaines de petits partis sont déjà en lice. Mais seules trois formations politiques ont de réelles chances de gouverner : le Palang Pracharat, le Pheu Thai et le Parti démocrate.

Une coalition au pouvoir ?

Pro-junte militaire, le parti Palang Pracharat est proche du pouvoir en place. La plupart de ses membres sont issus des cabinets ministériels et le leader du Parti, Uttama Savanayana, est l’actuel ministre de l’Industrie. Puissant et solide grâce à sa proximité avec le pouvoir, le Palang Pracharat ne pourra cependant pas décrocher la majorité à lui seul.

Le parti Pheu Thai rassemble les supporters de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra et de sa soeur Yingluck. Tous les deux ont été chassés du pouvoir par un coup d’Etat militaire et tous les deux sont en fuite à l’étranger. Le parti Pheu Thai est le descendant direct du Thai Rak Thai (les Thai aiment les Thai), les "chemises rouges" de l’ancien parti du clan Shinawatra, qui n’a jamais perdu d’élection générale en Thaïlande depuis 1998, puisqu’il représente la majorité rurale du nord et nord-est du pays. Il semble avoir de bonnes chances d’être à nouveau la première force politique du pays. Suffisant pour remporter la majorité ? Peut-être pas. Car le Parti démocrate, principal parti d'opposition, porté par la classe moyenne des grandes villes et emmené par Abhisit Vejajiva, pourrait bien créer la surprise. 

Le nouveau système électoral proportionnel inscrit dans la constitution de 2016 mise en place par le gouvernement du général Prayut suppose pour les partis de devoir composer et s'allier. Pour obtenir la majorité sur les 750 parlementaires et donc pouvoir choisir le premier ministre, les partisans de la junte militaire devront gagner au moins 376 sièges. La nouvelle constitution ayant permis au gouvernement du général de nommer quasi directement les 250 sénateurs, il ne lui reste plus qu’à obtenir 126 sièges sur les 500 qui restent à pourvoir.

Les élus du Parti pro-junte Palang Pracharat, associés à ceux du Parti démocrate pourraient ainsi aisément obtenir la majorité, et former une coalition pour gouverner le pays.

"Sortir la Thaïlande de l'impasse"

Pour Thitinan Pongsudhirak, professeur de Sciences politiques dans la prestigieuse Université de Chulalongkorn, à Bangkok. l’hypothèse est plus que probable. "Le Parti démocrate ne peut pas être majoritaire, mais il peut très bien avoir suffisamment de sièges pour former une coalition associant les pro-junte militaire, les petits partis anti-chemises rouges de Thaksin et tous ceux qui veulent créer un nouveau gouvernement."

Un équilibre semble désormais possible, loin des clivages sanglants entre jaunes et rouges. Un "équilibre volatile" selon le professeur Thitinan Pongsudhirak, mais espère-t-il "c’est une opportunité unique, celle d’enfin sortir la Thaïlande de l’impasse." 

Le Parti démocrate pourrait même se rallier à la personnalité du premier ministre Prayut Chan-Ocha, qui est bien parti pour continuer à diriger le pays après les élections. Le premier ministre s’est engagé depuis plusieurs mois, dans une opération de séduction qui pourrait bien porter ses fruits en mars. Sa dictature militaire vient dans la même semaine de légaliser l’usage du cannabis à des fins médicales et d’autoriser le mariage entre deux personnes du même sexe, s’offrant ainsi aux yeux du monde et de ses concitoyens, une belle opération de communication électorale.