Crise des sous-marins australiens : pour la sénatrice Hélène Conway-Mouret, "c'est choquant d'entendre le ministre des Affaires étrangères parler de mensonge"

"Soit le gouvernement ne dit pas la vérité et il savait depuis longtemps et n'a pas agi donc c'est sa faute", estime sur franceinfo la sénatrice socialiste.

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Hélène Conway-Mouret, au palais de l'Elysée. (/NCY / MAXPPP)

"Il est assez choquant d'entendre le ministre des Affaires étrangères parler de mensonge et utiliser des termes qui ne sont pas du tout des termes diplomatiques", a déclaré dimanche 19 septembre sur franceinfo Hélène Conway-Mouret, sénatrice socialiste, membre de la commission des Affaires étrangères. La France a rappelé vendredi ses ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie, une décision sans précédent vis-à-vis de deux alliés historiques, après la décision de l'Australie d'annuler le contrat en faveur de navires américains à propulsion nucléaire. "Il est urgent d'entrer dans une désescalade", estime-t-elle, sinon "on va se mettre à dos nos partenaires". Hélène Conway-Mouret "pense que le Parlement va se saisir de cette affaire" avec peut-être une commission d'enquête, "nous allons demander des comptes."

franceinfo : que pensez-vous de la réaction française et des propos de fermeté de Jean-Yves Le Drian vis-à-vis des Australiens ?

Hélène Conway-Mouret : pour moi, il est assez choquant d'entendre le ministre des Affaires étrangères parler de 'mensonge' et utiliser des termes qui ne sont pas du tout des termes diplomatiques. Je comprends bien qu'il réagisse sous le coup de la colère, mais je pense qu'il est urgent aujourd'hui d'entrer dans une désescalade des tensions diplomatiques. Que nous soyons déçus, c'est certain. Je comprends que nous soyons aussi vexés parce que le message est très brutal sur la place et le rôle que nos alliés nous accordent sur la scène internationale, qui n'est pas celle que nous souhaiterions avoir. Le rappel des ambassadeurs est hautement symbolique et il fallait certainement le faire. Mais je crois qu'aujourd'hui, il est vraiment très, très important d'entrer dans une autre phase, il va y avoir une phase juridique de compensation. Après avoir montré notre désarroi, notre désaccord, je pense qu'il faut passer à autre chose et moi je suis atterrée de voir que nous avons le secrétaire d'État aux Affaires européennes de représailles au niveau européen. On va se mettre à dos nos partenaires. Je crois qu'il faut faire très attention.

Mais comment passer autre chose après un tel camouflet ?

Les Australiens étaient notre client, un client qui n'était pas content de la façon dont les choses évoluaient. Il y a une petite musique qui, depuis des mois, faisait entendre que les Australiens n'étaient pas heureux des retards, n'étaient pas heureux des surcoûts.

"Je pense qu'il eut été quand même judicieux de la part du gouvernement d'envoyer des équipes sur place pour essayer d'apaiser les choses, pour essayer de rectifier ce qui n'allait pas, plutôt que de laisser pourrir les choses."

Hélène Conway-Mouret, sénatrice socialiste

à franceinfo

Nous sommes dans une guerre économique à tous les niveaux. Nous avons des partenaires et des alliés, mais ça ne marche pas dans le domaine économique. Nous voyons que les Américains récemment ont vendu des F-35 en Suisse et à la Belgique qui étaient des partenaires auxquels nous étions certains d'avoir conclu un marché pour vendre nos Rafale, et ça n'a pas marché. Je pense que nous faisons preuve d'une grande naïveté. Moi, j'ai été étonné que le gouvernement prétende apprendre par la presse et par les médias et en même temps que nous, que le contrat était résilié, alors que les Australiens n'ont pas fait ça sur un coup de tête.

Ça veut dire que pendant des mois, le gouvernement n'a rien vu ou n'a rien voulu voir ?

Je pense qu'il n'a rien voulu voir. Et s'il n'a rien vu, là je pense que nous avons des questions à poser à nos services diplomatiques et à tous ceux qui doivent assurer une veille constante au niveau politique, au niveau économique et surtout défendre les intérêts de notre pays, là où ils sont en poste. Cela pose aussi d'autres questions.

Est-ce que dans cette affaire, la recherche de la vérité doit passer par une commission d'enquête ?

Je pense que le Parlement va se saisir de cette affaire, comme nous l'avons fait au Sénat récemment sur Barkhane. Je pense que nous allons demander des comptes. Nous avons normalement des services qui sont censés faire remonter les informations. Soit le gouvernement ne dit pas la vérité et il savait depuis longtemps et n'a pas agi donc c'est sa faute. Ou alors, d'autres sont en faute parce qu'ils n'ont pas fait remonter des informations qui étaient nécessaires pour que le gouvernement puisse agir. Il fallait empêcher la décision et ne pas réagir ensuite brutalement quand celle-ci est prise. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas faire grand chose. Les représailles dont nous menaçons l'Australie seront minimes, je pense. Je crois qu'après ce coup fort de tension, maintenant il va falloir reprendre la main sur un discours un peu plus policé mais très ferme au sujet des compensations dont nous devons bénéficier dans cette affaire.

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