Débris d'avion retrouvé à La Réunion : comment se déroule l'enquête ?

Les analyses ont débuté mercredi dans un laboratoire de la Direction générale de l'armement à Balma, près de Toulouse. 

Des enquêteurs inspectent le flaperon trouvé le 29 juillet 2015 sur la plage de Saint-André, sur l\'île de La Réunion.
Des enquêteurs inspectent le flaperon trouvé le 29 juillet 2015 sur la plage de Saint-André, sur l'île de La Réunion. (REUTERS)

Il existe "de très fortes présomptions" que le débris retrouvé à La Réunion mercredi 29 juillet appartienne bien au Boeing 777 de Malaysia Airlines disparu en mars 2014 avec 239 personnes à bord. C'est ce qu'a annoncé le parquet de Paris mercredi 5 août. Serge Mackowiak, procureur adjoint, s'est montré prudent alors que le Premier ministre malaisien affirmait quelques instants plus tôt que le flaperon provenait bien du MH370.

Il a également donné quelques informations complémentaires sur la manière dont va être menée l'enquête sur le débris qui a été rapatrié en métropole en début de semaine pour être analysé. 

La justice française chargée de diriger l'enquête

La France est toute désignée pour enquêter sur le débris puisque le flaperon – un volet bordant l'aile d'un avion – a été retrouvé à La Réunion. En outre, quatre Français, tous de la famille Wattrelos, étaient à bord du MH370.

Après la disparition du vol de Malaysia Airlines, le parquet de Paris a ouvert, le 7 mai 2014, une information judiciaire pour "homicides involontaires" et "détournement d'avion en relation avec une entreprise terroriste". Trois juges d'instruction avaient alors été saisis. Ce sont ces mêmes magistrats qui sont chargés de superviser, sur commission rogatoire, les analyses sur le débris de l'avion retrouvé à La Réunion. 

>> Lire aussi : Un an après, pourquoi les familles des victimes n'arrivent pas à faire le deuil 

Des experts malaisiens et français mobilisés

L'analyse du débris a commencé mercredi 5 août, sous la conduite d'un "expert judiciaire en aéronautique désigné par un juge d'instruction", a précisé Serge Mackowiak, procureur adjoint à Paris. Elle se déroule en présence de nombreux experts et représentants d'autres pays. 

Côté malaisien, une délégation dirigée par le directeur général de l'aviation civile, Azharuddin Abdul Rahman, et composée de représentants de Malaysia Airlines et de la justice malaisienne est arrivée en début de semaine en France. 

Côté français, les investigations vont se dérouler sous l'autorité de la section de recherche de la gendarmerie des transports aériens (SRGTA), chargée de l'enquête judiciaire, et des représentants du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA). Le BEA, organisme public rattaché au ministère des Transports, est chargé de déterminer les causes et les circonstances d'un accident aérien. Dans cette affaire, il collabore à l'expertise du flaperon et exerce un rôle de conseiller technique sur les recherches en mer et de coordination de l'information entre les parties présentes. 

Des experts envoyés par Boeing sont également présents, tout comme des "personnes désignées par les autorités de Chine, d'Australie, de Singapour et du Royaume-Uni" a détaillé le procureur adjoint. 

Les débris analysés à Toulouse et Paris

Le flaperon est arrivé samedi 1er août au centre de Balma, dans la banlieue de Toulouse, par convoi routier, escorté de deux motards et de deux voitures de gendarmerie. Ce laboratoire a été saisi par le BEA pour analyser le flaperon à partir de mercredi. On sait déjà que cette pièce longue de 2,20 mètres porte l'inscription "657 BB", la signature du Boeing 777, mais reste à savoir si elle appartient bien à l'appareil qui assurait le vol MH370. Ce que semblent confirmer les premières analyses. 

Le laboratoire de Balma dépend de la Délégation générale de l'armement Techniques aéronautiques, une structure dépendant du ministère de la Défense, experte dans les investigations techniques après les accidents d'avions. Spécialisé dans "les analyses du comportement mécanique des structures en statique, fatigue et dynamique", le laboratoire a déjà analysé les quelque 650 débris du vol Air France Rio-Paris qui avait causé la mort de 228 personnes en 2009.

La pièce doit être expertisée, "notamment avec un microscope à balayage électronique qui peut grossir jusqu'à 100 000 fois", indique l'ancien directeur des essais de la Direction générale de l'armement, Pierre Bascary, à L'Obs.

L'analyse des crustacés retrouvés sur le débris pourraient apporter quelques réponses sur les origines de celui-ci. L'étude des courants pourrait également aider à comprendre ce qui s'est passé. 

Les restes d'une valise retrouvés jeudi 30 juillet seront, eux, expertisés dans un laboratoire de la région parisienne.