Birmanie: le moine islamophobe Wirathu s'impose dans le débat électoral

A deux mois des élections législatives birmanes du 8 novembre 2015, le moine nationaliste Wirathu continue d'attiser le sentiment anti-musulman dans un pays majoritairement bouddhiste. Mais ni l’opposante Aung San Suu Kyi, dont le parti est donné grand gagnant du scrutin, ni le gouvernement au pouvoir depuis 2011, n’osent affronter ce religieux dont les prêches attirent les foules.

Le mouvement 969 du moine Wirathu et le Ma Ba Tha, organisation qui milite pour la protection de la race et de la religion, jouissent d\'une forte présence sur les réseaux sociaux.
Le mouvement 969 du moine Wirathu et le Ma Ba Tha, organisation qui milite pour la protection de la race et de la religion, jouissent d'une forte présence sur les réseaux sociaux. (YE AUNG THU / AFP )

Ses discours de haine vis-à-vis des musulmans se radicalisent de plus en plus. «On ne peut pas faire confiance aux musulmans. Ils ne font pas de politique pour participer au bien général, ils veulent le faire pour prendre le contrôle du pays sournoisement», assure le moine le plus célèbre de Birmanie, drapé dans une robe grenat, aux médias venus l'interviewer dans son monastère situé dans deuxième ville du pays, Mandalay.

Obnubilé par le fait que l'Asie, majoritairement bouddhiste, puisse un jour devenir musulmane, Wirathu, 48 ans, est très actif sur les réseaux sociaux. Le mouvement #969, qu'il a fondé en 2001, et l'organisation Ma Ba Tha, qui milite pour la protection de la race et de la religion, jouissent d'une forte popularité ainsi que leurs publications tirées à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.


Son discours de haine et d'intolérance à l'égard des musulmans séduit des foules impressionnantes qui viennent écouter ses prêches alors que le pays est confronté depuis 2012 à recrudescence d'actes violents interreligieux, qui ont commencé dans l'Etat de Rakhine qui abrite une importante minorité musulmane, les Rohingyas. Ces conflits qui se sont répandus dans tout le pays ont causé la mort d'au moins 250 musulmans et fait des dizaines de milliers de déplacés.


Les organisations bouddhistes radicales du pays ont réussi à faire adopter une loi au Parlement limitant les mariages entre bouddhistes et musulmans. Un signe supplémentaire qui illustre la tension qui règne entre les deux communautés. Et une «victoire» pour Wiharu qui est également à l'origine de la privation du droit de vote des Rohingyas.

En mars, la Birmanie a en effet révoqué les cartes d'identité temporaires de centaines de milliers de musulmans de cette minorité, les privant ainsi de droit de vote. «Nous ne voulons pas de musulmans au Parlement», a-t-il insisté.

La une du «Time» fait scandale
Le chef-moine bouddhiste, à l'origine de l'épuration ethnique des Rohingyas en Birmanie avait fait la une du Time, le 1er juillet 2013, faisant scandale dans son pays où l'article a été interdit. Son discours y est virulent: Les musulmans «se reproduisent si vite, ils volent nos femmes et les violent (...). Ils aimeraient occuper notre pays mais je ne les laisserai pas faire.»

Aujourd'hui, ni le parti au pouvoir (USDP), ni la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi n'ont osé présenter sur leur listes des candidats musulmans aux élections législatives. «Elle doit avoir peur» des moines, déplore un membre de la LND, lui-même musulman, sous couvert de l'anonymat. Un député rohingya, Shwe Maung, élu sous l'étiquette du parti au pouvoir, raconte pour sa part avoir été récemment retoqué des listes de l'USDP pour les législatives. 

Le peu de réactions de Suu Kyi sur ces conflits religieux et ethniques est motivé par des considérations électoralistes, selon les analystes. La lauréate du prix Nobel de la paix 1991, interrogée par l’AFP, s'est justifiée en assurant que seuls les candidats ayant «le plus de chance de remporter telle ou telle circonscription» avaient été sélectionnés. 

Le moine a mis en garde la LDN de Suu Kyi contre toute tentative de revenir sur la loi limitant les mariages interreligieux, entre autres textes antimusulmans récemment adoptés au Parlement. 

Condamné à 23 ans de prison
Les appels à la haine et les propos islamophobes tenus pas Wirathu lui avaient valu d'être condamné, en 2003, à 23 années de prison, à l’époque de la junte. Il en sortira huit années plus tard, amnistié en 2011 après la dissolution de cette dictature militaire. 

La Birmanie, majoritairement bouddhiste, compte quelque 500.000 moines qui n'ont pas le droit de vote dans le pays. Tenus à l’écart de la politique par principe, les plus radicaux de ces religieux comptent néanmoins peser sur le scrutin.

Les 5% de musulmans du pays auront, quand à eux, peu de poids dans ces éléctions qui ont pourtant valeur de test démocratique pour le pays.