Birmanie: Aung San Suu Kyi réfute le terme de «génocide» des Rohingyas

A la veille des législatives du 8 novembre 2015, Aung San Suu Kyi, dont le parti LND est donné favori, minimise les persécutions dont sont victimes les Rohingyas en Birmanie. La chef de file de l'opposition appelle à «ne pas exagérer» le drame, alors que l’université américaine Yale, dans un récent rapport, parle de «génocide» à l'encontre de cette minorité musulmane maltraitée par le pouvoir.

Quatre jours avant les élections générales birmanes du 8 novembre 2015, un rassemblement de soutien à Aung San Suu Kyi est organisé par la Ligue nationale pour la démocratie (LND).
Quatre jours avant les élections générales birmanes du 8 novembre 2015, un rassemblement de soutien à Aung San Suu Kyi est organisé par la Ligue nationale pour la démocratie (LND). (Alexandra Radu / Agence Anadolu)

Jusqu'ici silencieuse sur la question des Rohingyas, l’opposante birmane Aug San Suu Kyi a réagi au de terme «génocide» employé par un journaliste. «Il est très important de ne pas exagérer les problèmes de ce pays», a-t-elle déclaré le 5 novembre 2015, lors d'une conférence de presse très médiatisée, donnée dans sa maison de Rangoun où elle a passé 15 ans en résidence surveillée sous la junte auto-dissoute en 2011.

Le bouddhisme, religion d'Etat
Veillant une fois de plus à ne pas froisser les influents moines bouddhistes nationalistes du pays, elle a estimé que «le pays tout entier est dans un état dramatiquepas seulement l’Etat Rakhine». Dans cette région de l’ouest du pays vivent 1,3 million de Rohingyas, considérés comme non Birmans depuis une loi datant de 1982, instaurée par la dictature qui a imposé le bouddhisme comme religion d'Etat.

Un rapport de l’université Yale datant du 29 octobre 215 indique cependant que de «solides preuves» attestent qu’un «génocide» est bien en cours contre ces musulmans, victimes de violences communautaires et de lois discriminatoires dans un pays majoritairement bouddhiste. Les étudiants en droit à l'origine du rapport mentionnent les meurtres, les restrictions imposées sur les naissances et l'instauration de conditions ayant pour conséquence de détruire cette population.


En 2012, des émeutes intercommunautaires avaient éclaté dans l’Etat Rakhine, faisant plus de 200 morts, principalement du côté musulman. Des milliers d'entre eux ont dû quitter leurs foyers. Plus de 140.000 vivent toujours dans des camps, privés de nourriture et de soins, tandis que des milliers tentent chaque année de fuir la misère et les persécutions par la mer pour rejoindre le Bangladesh, souvent au péril de leur vie. 

«La situation en Etat Rakhine des Rohingyas  apatrides est vraiment désastreuse. Et la réponse de Suu Kyi aujourd'hui était vague alors que la situation exige une action décisive et coordonnée», a regretté David Mathieson, de l'ONG Human Right Watch.

Le pays est également confronté à une montée d'un bouddhisme radical incarné par le mouvement MaBaTha, mené par le moine bouddhiste Wirathu, qui diffuse un discours de haine de plus en plus violent à l'encontre des musulmans. Ce religieux islmamophobe de 48 ans assure vouloir «protéger l'identité bouddhiste» alors que les musulmans représentent moins de 5% de la population au Myanmar qui compte 51 millions d'habitants.


Le sort de la communauté rohingya a plusieurs fois fait les Unes de la presse internationale et est dénoncé sur les réseaux sociaux. Des milliers d'entre eux fuyant sur des bateaux de fortune s'étaient retrouvés piégés dans le golfe du Bengale après une désorganisation des filières de passeurs clandestins passant par la Thaïlande. 


La députée NDL, égérie d'une majorité de Birmans et prix Nobel de la paix, a néanmoins promis à «toutes les personnes qui vivent dans ce pays une protection» en accord avec les droits de l'Homme. Sans trop se compromettre alors que les bouddhistes extrémistes tentent de la décrédibiliser auprès des électeurs en la dépeignant comme pro-musulmane.

Elections historiques
Quelque 30 millions de Birmans sont appelés aux urnes le 8 novembre pour les premières élections libres depuis plus de 25 ans. Selon la rapporteure spéciale de l'ONU en Birmanie, Yanghee Lee«tous les Birmans se réjouissent vraiment. C'est un moment véritablement historique». «Mais malheureusement, beaucoup ne participeront pas aux élections», a ajouté la Sud-Coréenne lors d'une conférence de presse. Cinquante candidats ont été disqualifiés, dont beaucoup viennent de l'Etat Rakhine.

De son côté, Aung San Suu Kyi a dénoncé un processus électoral qui, selon elle, «n'est pas totalement libre et juste», contrairement à la promesse du gouvernement, héritier de la dictature. A 70 ans, l'ancienne dissidente est pour la première fois en position de prendre la tête du pays malgré une disposition de la Consitution qui lui interdit d'être présidente.