Asie : comment des milliers de migrants se retrouvent en perdition en pleine mer

Comme en Méditerranée, la traite des êtres humains est florissante en Asie du Sud-Est. 

Des migrants se reposent entassés dans un abri à Lhoksukon (Indonésie), le 11 mai 2015, après avoir été secourus en mer.
Des migrants se reposent entassés dans un abri à Lhoksukon (Indonésie), le 11 mai 2015, après avoir été secourus en mer. (RONI BINTANG / REUTERS)

Des navires chargés de centaines de migrants en perdition en pleine mer. Ces drames humains ne se jouent pas uniquement en mer Méditerranée mais aussi en Asie du Sud-Est, où ils se répètent depuis quelques jours. Jeudi 14 mai, une embarcation transportant environ 300 migrants, hommes, femmes et enfants, est ainsi à la dérive en mer d'Andaman, à proximité des côtes thaïlandaises.

Et bien loin de lancer des opérations de sauvetage, comme le font les marines italiennes ou françaises, les gouvernements thaïlandais, malaisien et indonésien préfèrent reconduire les bateaux hors de leurs eaux territoriales pour ne pas avoir à accueillir ces clandestins. Phil Robertson, le directeur adjoint en Asie de Human Rights Watch, appelle les exécutifs de la région à "cesser de jouer à ce ping-pong humain". D'autres organisations comme Amnesty International, s'alarment. Explications sur ces nouveaux "boat-people". 

D'où viennent ces migrants ?

Des Rohingyas de Birmanie. La plupart de ces migrants sont des Rohingyas venus de Birmanie. Cette minorité musulmane vivant dans un pays très largement bouddhiste est aux yeux de l'ONU l'une des plus persécutées au monde, rappelle Geopolis dans un diaporama. 

Si beaucoup de Rohingyas vivent en Birmanie depuis des générations, ils sont toujours considérés comme des immigrants illégaux venus du Bangladesh voisin. Sans citoyenneté, ils font face à la discrimination au quotidien. Pas de liberté de mouvement, absence de droit de séjour, pas de liberté religieuse, accès limité à l'éducation...

Leur situation s'est aggravée avec la montée du bouddhisme extrémiste birman et les violences intercommunautaires qui ont éclaté en 2012, faisant cette année-là plus de 200 morts et 140 000 blessés, principalement des musulmans. Depuis, leur exode s'est intensifié. Il est aujourd'hui le plus important de la région depuis la fin de la guerre du Vietnam. 

Des migrants en provenance de Birmanie et du Bangladesh arrivent à Lhoksukon (Indonésie), le 13 mai 2015.
Des migrants en provenance de Birmanie et du Bangladesh arrivent à Lhoksukon (Indonésie), le 13 mai 2015. (RONI BINTANG / REUTERS)

Des migrants économiques du Bangladesh. Outre ces Rohingyas, des migrants économiques fuient également le pauvre Bangladesh. Direction la Malaisie, pays à majorité musulmane qui attire les candidats à l'exil en raison de sa relative prospérité. Sur les trois premiers mois de l'année, le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies chiffre à plus de 25 000 le nombre de personnes ayant pris la mer. 

Pourquoi la situation s'est-elle subitement aggravée ?

Une politique répressive en Thaïlande. Jusqu'à présent, des dizaines de milliers de candidats à l'exil transitaient chaque année par le sud de la Thaïlande, point de passage vers la Malaisie et au-delà, rappelle Thaïlande-fr. Mais Bangkok a décidé de sévir contre les trafiquants, après la découverte en pleine jungle de fosses communes contenant les dépouilles de clandestins, racontée par Courrier International.

Les passeurs privilégient donc désormais le voyage par la mer, au large des côtes thaïlandaises. Mais une fois payés, ils ne se soucient pas de la destination finale de leurs bateaux. Plusieurs embarcations ont ainsi été abandonnées, ces derniers jours, en pleine mer, avec des centaines de personnes à bord, sans vivres ou très peu, et parfois sans moyen de propulsion.

Un effet domino en Malaisie et Indonésie. Plusieurs centaines de naufragés sont tout de même parvenus à rejoindre les côtes indonésiennes - les passeurs leur avaient dit qu'il s'agissait de la Malaisie. Ils ont été accueillis dans des camps de fortune dans la province d'Aceh, à la pointe nord de Sumatra.

Des migrants secourus en pleine mer arrivent dans le port de Kuala Cangkoi, dans la province d\'Aceh (Indonésie), le 13 mai 2015.
Des migrants secourus en pleine mer arrivent dans le port de Kuala Cangkoi, dans la province d'Aceh (Indonésie), le 13 mai 2015. (CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP)

L'Indonésie comme la Malaisie, craignant un déferlement, ont annoncé qu'elles refouleraient dorénavant tous les bateaux de migrants, condamnant les passagers désespérés à demeurer sur leur prison flottante, rapporte Le Figaro. Kuala Lumpur a ainsi repoussé jeudi environ 600 migrants qui se trouvaient à bord de deux bateaux, imitant l'Indonésie qui avait renvoyé une embarcation un peu plus tôt dans la semaine.

Rare geste d'humanité, un hélicoptère thaïlandais a largué, jeudi après-midi, quelques paquets de nourriture sur un navire en perdition. 

Pour tenter de trouver une réponse régionale au problème, la Thaïlande a annoncé la tenue d'un sommet, le 29 mai, à Bangkok avec quinze autres pays, dont l'Australie, l'Indonésie, la Malaisie, le Cambodge, le Laos, la Birmanie, le Vietnam, le Bangladesh et les Etats-Unis.