Un scandale «Wikileaks» au Pérou fait tomber le gouvernement

Le 31 mars 2015 au Pérou, une motion de censure a eu raison de la chef du gouvernement Ana Jara. En cause, un scandale lié à la surveillance de journalistes, de politiques (du parti au pouvoir et de l’opposition) et d’hommes d’affaires, de stars ou de citoyens lambda par les renseignements péruviens. Le «DiniLeaks» fait connaître au pays sa plus grosse crise politique depuis des années.

La Premier ministre Ana Jara, le 22 juillet 2014 à Lima.
La Premier ministre Ana Jara, le 22 juillet 2014 à Lima. ( AFP PHOTO)
La publication le 19 mars 2015 par l'hebdomadaire Correo Semanal d'une liste de noms de personnes surveillées par les services secrets a créé un séisme dans le pays.
 
Il s’en est suivi une motion de censure contre la chef du gouvernement, Ana Jara, une première depuis 1963 au Pérou. Bilan : le président Ollanta Humala doit maintenant désigner un nouveau Premier ministre. Et ce pour la septième fois depuis le début de son mandat, en juillet 2011. Si son choix est refusé par le Congrès, Humala pourrait alors dissoudre le Parlement et convoquer des législatives.
 
Quant aux services du renseignement à l’origine du scandale, ils ont été fermés en mars jusqu’à nouvel ordre. La Direction nationale du renseignement (DINI) a remplacé le Service National de Renseignement (NAS) au début des années 2000.
 
Pour sa défense, Ana Jara a expliqué que cette affaire remontait à la présidence de droite d'Alan Garcia (1985-1990 puis 2006-2011, NDLR).
 
Surveillance tous azimuts
La surveillance de personnes ciblées semble avoir été systématisée lors des trois derniers gouvernements et aurait même augmenté sous la présidence Humala, selon le site DiniLeaks repris dans un article de La Republica. Lequel revient notamment sur le rapport fait le 21 mars 2012 sur le pilote et chroniqueur, Aldo Mariátegui, et son ex-épouse, la journaliste et entrepreneure Laura Caceres Friedmann.
 
Le journal détaille le document : il comporte notamment les dates de naissance, e-mails personnels, numéros de téléphone, adresse du couple… Selon l’article, «alors que la plupart des informations sur eux est relativement publique», il compte «une douzaine de photos prises, de toute évidence, à la suite de surveillance».

Le président péruvien Ollanta Humala, lors d\'une conférence de presse avec les médias étrangers, au palais présidentiel, à Lima, le 2 mars, 2015.
Le président péruvien Ollanta Humala, lors d'une conférence de presse avec les médias étrangers, au palais présidentiel, à Lima, le 2 mars, 2015. (AFP PHOTO / CRIS BOURONCLE)

La Republica évoque aussi le cas de Marisol Perez Tello, membre du Congrès et du Parti populaire chrétien, «que l'officier du renseignement a surnommé Proba. Le document comprend des données et des photographies de son mari et conseiller personnel José Luis Rodríguez.» Ainsi que d’autres informations et photos de leurs familles respectives.
 
La première trace de surveillance de Mme Perez Tello a eu lieu le 17 mars 2011, sous la présidence Garcia. Mais une vingtaine d’autres ont été repérées sous la mandature Humala, dont dix entre décembre 2011 et juillet 2012.

Dernier rapport évoqué dans le journal péruvien, celui sur «les détails d'une réunion tenue par des citoyens pour le changement», en date du 21 avril 2012.

Une affaire qui fait tache à un an de la présidentielle  
Quelque 2000 dossiers de surveillance ont été découverts. Une affaire qui risque de déstabiliser un peu plus le président Humala, un ancien militaire nationaliste de centre-gauche, au plus bas dans les sondages avec 25% d'opinions favorables. Il lui reste 13 mois pour parvenir à redorer son blason avant l'élection présidentielle.