Séisme en Haïti : ce que l'on sait du drame qui a fait plus de 1 900 morts et près de 10 000 blessés

Le tremblement de terre s'est produit samedi matin dans la partie sud-ouest du pays.

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Un hôtel aux Cayes détruit par le séisme qui a frappé Haïti le 14 août 2021. (STANLEY LOUIS / AFP)

Un séisme de magnitude 7,2 a secoué Haïti, samedi 14 août au matin. Il a fait au moins 1 900 morts et plus de 9 900 blessés dans le sud-ouest de l'île, selon un bilan des services de protection civile de lundi soir. La secousse a aussi ravivé les terribles souvenirs du grand tremblement de terre de 2010. Voici ce que l'on sait de ce nouveau drame qui endeuille le pays.

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Une longue secousse ressentie dans tout le pays

Le séisme s'est produit à 8h29, heure locale, à 12 km de la ville de Saint-Louis-du-Sud, située à quelque 160 km de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, selon les données de l'Institut américain de géophysique. La longue secousse a été ressentie sur l'ensemble du pays.

Eglises, commerces, maisons... Quantité de bâtiments se sont effondrés, dont plus de 37 000 maisons, selon la protection civile haïtienne. La puissante secousse a piégé des centaines d'habitants sous des dalles de béton. Sur la côte sud, aux Cayes, la troisième ville d'Haïti, un hôtel de plusieurs étages, Le Manguier, s'est totalement effondré. La photo ci-dessous montre des habitants en train de chercher les corps sous les décombres.

Des Haïtiens fouillent les décombres de l'hôtel Le Manguier aux Cayes, après le tremblement de terre survenu le 14 août 2021. (STANLEY LOUIS / AFP)

A l'extrémité sud-ouest de la péninsule, l'agglomération de Jérémie, qui compte plus de 200 000 habitants, a souffert d'importants dommages dans le centre-ville, constitué principalement d'anciennes maisons de plain-pied. "Le toit de la cathédrale est tombé. La grande rue est bloquée (...) C'est là qu'il y a toute l'activité économique de la ville", a détaillé à l'AFP un habitant de Jérémie.

La cathédrale Saint-Louis-Roi-de-France de Jérémie en partie détruite par le séisme survenu le 14 août 2021 à Haïti. (STRINGER / ANADOLU AGENCY / AFP)

"J'étais à l'intérieur de chez moi quand ça a commencé à secouer, j'étais près d'une vitre et je voyais toutes les choses tomber", a raconté de son côté à l'AFP Christella Saint Hilaire, 21 ans, qui vit à L'Asile, commune près de l'épicentre du séisme. "Un bout de mur est tombé sur mon dos mais je ne suis pas trop blessée", a poursuivi la jeune femme. "Plusieurs maisons se sont complètement effondrées."

Sur des vidéos partagées en ligne, des riverains ont ainsi filmé des ruines de divers bâtiments en béton, dont une église dans laquelle une cérémonie était apparemment en cours samedi matin dans la commune de Les Anglais, à 200km au sud-ouest de Port-au-Prince.

Des habitants de la ville ont préféré fuir, après une alerte au tsunami lancée dans la foulée du séisme par l'Agence nationale océanique et atmosphérique américaine avant d'être rapidement levée.

Plus de 1 900 morts et plus de 10 000 blessés

Il y a au moins 1 900 morts et plus de 9 900 personnes blessées, selon le dernier bilan fourni lundi soir par la protection civile haïtienne. Sans souvent beaucoup de moyens, les habitants se sont pressés pour sortir des victimes blessées dans l'effondrement des édifices.

L'effort a été salué par les services de la protection civile. "Les premières interventions, menées tant par les sauveteurs professionnels que par des membres de la population ont permis d'extraire de nombreuses personnes des décombres", ont-ils indiqué. Des images de France 2 témoignent de l'intervention des premiers secours.

Les rares hôpitaux existant dans les régions affectées peinent déjà à fournir les soins d'urgence. Samedi après-midi, le directeur de la protection civile, Jerry Chandler, a annoncé à l'AFP qu'au moins trois centres hospitaliers, dans les communes de Pestel, Corailles et Roseaux, étaient saturés. A Jérémie, des hôpitaux de campagne ont été improvisés.

Un hôpital de campagne soigne les blessés à Jérémie (Haïti), après le tremblement de terre survenu le 14 août 2021. (STRINGER / ANADOLU AGENCY / AFP)

L'état d'urgence déclaré

Le chef du gouvernement, Ariel Henry, qui a survolé en hélicoptère les zones les plus affectées samedi après-midi, a annoncé que l'état d'urgence avait été déclaré pour un mois sur les quatre départements affectés par la catastrophe. Du personnel et des médicaments ont déjà été envoyés par le ministère de la Santé haïtien vers la péninsule sud-ouest. Mais cette logistique d'urgence est mise en péril par l'insécurité structurelle qui mine Haïti depuis des mois.

Sur un peu plus de deux kilomètres, l'unique route reliant la capitale à la moitié sud du pays traverse le quartier pauvre de Martissant totalement sous contrôle des gangs armés depuis début juin, empêchant la libre circulation. "Nous savons tous que nous avons un problème sur Martissant. Nous avons décidé que cette voie serait perméable, c'est-à-dire qu'il faut que toute l'aide puisse passer", a déclaré le Premier ministre lors d'un point-presse samedi soir.

"La police ainsi que les FAD'H [Forces armées d'Haïti] sont mobilisées et d'autres moyens sont mobilisés afin que cette aide que nous voulons acheminer à nos frères et sœurs en difficulté puisse arriver", a ajouté le chef du gouvernement sans fournir davantage d'explications.

Les efforts des secours pourraient aussi être entravés par la tempête tropicale Grace, qui approche, et avec elle la menace de pluies torrentielles et d'inondations rapides, selon le service national météorologique des Etats-Unis.

De nombreux pays proposent leur aide

Les promesses d'aide internationale n'ont pas tardé à affluer, en provenance notamment des Caraïbes et d'Amérique latine. La République dominicaine, voisine des Haïtiens sur la même île, a annoncé l'envoi de 10 000 rations d'urgence et d'équipements médicaux. Le Mexique, le Pérou, l'Argentine, le Chili et le Venezuela ont également proposé leur aide, tout comme l'Equateur qui dépêche une équipe de 34 sapeurs-pompiers pour participer aux recherches.

Les 253 médecins cubains, présents en Haïti pour coopérer dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, ont commencé à adapter un hôpital de Port-au-Prince pour recevoir des blessés. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a lui aussi assuré les Haïtiens qu'ils pouvaient "compter sur l'aide de l'Espagne".

Le président américain, Joe Biden, a fait part samedi sur Twitter de sa "tristesse" face à la catastrophe. Il a offert l'assistance "immédiate" des Etats-Unis et chargé la directrice de l'agence américaine d'aide internationale, Samantha Powers, de coordonner cet effort.

Dimanche, lors de sa traditionnelle prière de l'Angélus en public place Saint-Pierre, le pape François a exprimé sa "solidarité" et appelé la communauté internationale à venir en aide aux Haïtiens. 

Par ailleurs, la joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka, dont le père est Haïtien, va offrir la totalité des gains qu'elle percevra lors d'un prochain tournoi aux victimes du séisme. "Cette dévastation fait vraiment du mal", a-t-elle écrit sur Twitter.

Le souvenir du terrible séisme de 2010 ravivé

Le pays le plus pauvre des Amériques garde encore en mémoire le séisme du 12 janvier 2010 qui avait ravagé la capitale et plusieurs villes de province. Plus de 200 000 personnes avaient été tuées et plus de 300 000 autres avaient été blessées lors de la catastrophe.

"Tous les gens que j'ai pu joindre au téléphone en Haïti m'ont dit leur effroi de voir l'histoire se répéter, les constructions sont toujours aussi fragiles, rien n'a changé en Haïti, on a parfois le sentiment que ce pays semble maudit", a expliqué la journaliste de France 2 Maryse Burgot, samedi, au journal de 20 heures.

Après le tremblement de terre de 2010, plus d'un million et demi d'Haïtiens s'étaient retrouvés sans logis, plaçant les autorités et la communauté humanitaire internationale devant le colossal défi d'une reconstruction dans un pays sans cadastre ni règles de bâtisse. Sans parvenir à relever ce défi de reconstruction, Haïti qui est aussi frappé régulièrement par des ouragans, a en onze ans plongé dans une crise socio-politique aigüe.

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