Les victimes des Farc au coeur des pourparlers de paix

Les violences attribuées aux Forces armées révolutionnaires de Colombie se poursuivent alors même que des pourparlers de paix entre la rébellion et le gouvernement colombien sont en cours. Se pose aux principaux artisans des négociations la question des victimes de cinquante ans de cette guérilla marxiste.

Medellin, en Colombie, le 31 août 2012: des partisans de l\'ancien président colombien Alvaro Uribe manifestent contre son successeur, Juan Manuel Santos, qui a confirmé des «discussions exploratoires» avec les rebelles des FARC.
Medellin, en Colombie, le 31 août 2012: des partisans de l'ancien président colombien Alvaro Uribe manifestent contre son successeur, Juan Manuel Santos, qui a confirmé des «discussions exploratoires» avec les rebelles des FARC. (AFP PHOTO / RAUL ARBOLEDA)

Dernière attaque attribuée aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) en date, celle menée contre des policiers dans le sud-ouest du pays, le 30 octobre 2012. Bilan six morts. Le 14 octobre, deux civils avaient été tués – un paysan et son fils de trois ans –, victimes collatérales de l’attaque d’un pont.

Des négociations entre la guérilla et le gouvernement ont commencé à la mi-octobre à Oslo, en Norvège. Il s’agit de la 4e tentative officielle de dialogue avec les Farc, qui compteraient encore quelque 9.200 combattants.

Les victimes demandent justice

Al-Jazeera, mise en ligne le 17 octobre 2012

Pas d'impasse possible sur les victimes
Aujourd’hui, les victimes du conflit sont un point noir dans le processus de paix : 600.000 tués, 15.000 disparus et 3,7 millions chassées de leurs terres en un demi-siècle. A ces personnes s'ajoutent celles qui ont été ou demeurent encore séquestrées. La principale guérilla du pays, fondée en 1964 lors d'une insurrection paysanne, retiendrait encore des civils.

En Colombie, outre les Farc, ont sévi ou sévissent des milices paramilitaires d'extrême-droite (AUC), officiellement démobilisées, et des gangs criminels. Pour Luis Eduardo Celis, un spécialiste de ce conflit, «il faut écouter la voix des victimes qui sont nombreuses. Il faut faire le plus grand effort possible pour leur apporter vérité et réparation», mais le processus de paix ne peut être «seulement guidé par l'intérêt des victimes, mais aussi par ceux de la société».

Mais il ne faut pas oublier les crimes également imputés à l’Etat. L'unité des droits de l'Homme au sein du parquet colombien signalait que jusqu'en 2011 plus de 1.500 enquêtes relatives à des crimes attribués à des agents de l'Etat avaient été ouvertes. La responsabilité de l'armée risque de compliquer le processus de paix.

Le président colombien (2e à droite) à la base militaire de Tolemaida, en Colombie, le 6 Septembre 2012. Juan Manuel Santos évoque les pourparlers de paix avec les FARC devant plus de cent officiers qui les ont soutenus.
Le président colombien (2e à droite) à la base militaire de Tolemaida, en Colombie, le 6 Septembre 2012. Juan Manuel Santos évoque les pourparlers de paix avec les FARC devant plus de cent officiers qui les ont soutenus. (AFP PHOTO / PRESIDENCIA / FELIPE ARIZA)
 

Deux principaux artisans des négociations
Dirigeant de centre-droit ayant accédé à la présidence en 2010 après avoir été le ministre de la Défense de l'ancien président Alvaro Uribe (2002-2010), Juan Manuel Santos a ordonné en 2008 le bombardement d'un campement des Farc en territoire équatorien. Le N°2 de la guérilla, Raul Reyes, y avait été tué et les relations diplomatiques entre Bogota et Quito rompues.

Comme président, il a fait lancer des opérations militaires ayant abouti à la mort en 2010 du chef militaire du mouvement, Jorge Briceño (alias Mono Jojoy), et en 2011 de son dirigeant suprême, Alfonso Cano. Sa mort a eu lieu alors même que des rapprochements avaient déjà eu lieu entre l'Etat et les rebelles, selon le président lui-même.

Rodrigo Londono, connu sous le nom de Timoleon Jimenez, alias Timochenko, a pris la tête de la guérilla en novembre 2011. Décrit comme un chef militaire pragmatique autant qu’un politique non dogmatique, il veut poursuivre les contacts avec le gouvernement et prône une sortie de crise négociée. Il aspire à ce que les Farc deviennent un mouvement politique.

Timoleon Jimenez, alors membre du secrétariat des Farc de Colombie, confirme le mort de son chef, Manuel Marulanda, le 25 mai 2008.
Timoleon Jimenez, alors membre du secrétariat des Farc de Colombie, confirme le mort de son chef, Manuel Marulanda, le 25 mai 2008. ( AFP PHOTO / TELESUR)

Timoleon Jiménez a milité dans les Jeunesses communistes et s’est formé en Union soviétique avant d’intégrer les Farc en 1979. Début 2012, il a écrit au président Santos lui demandant d’installer «une hypothétique table de conversations». Quelques jours plus tard, la rébellion s'engageait à renoncer aux enlèvements de civils contre rançon, comme l’exigeait le chef de l'Etat.

En avril 2012, les Farc ont libéré après douze ans de captivité leurs plus vieux otages, dix policiers et militaires, en gage de bonne volonté. Un geste jugé insuffisant par Santos, alors même que des dialogues secrets étaient menés en parallèle depuis le début de l’année à Cuba. Un accord préliminaire en avait découlé. Il servira de base aux négociations.