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Les six étapes de la déchéance du maire de Toronto

Rob Ford, le maire de la plus grande ville du Canada, apparaît ivre dans une nouvelle vidéo. Un scandale de plus pour l'élu, autrefois mis en cause pour un conflit d'intérêt, qui a reconnu par le passé avoir fumé du crack.

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France Télévisions
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Rob Ford, le maire de Toronto, le 5 novembre 2013 à Toronto (Canada). (CHRIS YOUNG / AP / SIPA)

L'histoire de Rob Ford, le maire de Toronto, provoque une vague de consternation et de colère au Canada. L'homme véhicule une image que ce pays a du mal à accepter, explique Gawker (en anglais) : déjà mis en cause pour un conflit d'intérêt, l'élu est apparu dans plusieurs vidéos embarrassantes et a avoué avoir fumé du crack.

Alors que de nouvelles images compromettantes pour l'homme politique ont été diffusées mardi 21 janvier, francetv info revient sur les grands épisodes qui ont marqué la chute du maire de la plus grande ville canadienne.

Acte 1 : une vidéo très compromettante 

Rob Ford peut dater très précisément le début de sa déchéance. C'était le 24 mai 2013, deux ans et demi après que cet homme de 43 ans ait accédé au poste de maire de Toronto. Ce jour-là, le Toronto Star (en anglais) assurait avoir eu accès à une vidéo filmée il y a environ un an par un téléphone. D'après les deux journalistes qui ont pu visionner cette vidéo filmée par des dealers notoires, on y voit le maire de Toronto tenir des propos incohérents en fumant une pipe très particulière, habituellement utilisée pour fumer du crack, un puissant dérivé de cocaïne.

Le contenu de cette vidéo est aussi évoqué par le site américain Gawker, dont le rédacteur en chef John Cook a affirmé avoir également pu regarder cette vidéo. John Cook a lancé une collecte de fonds pour acheter la vidéo, dont ses interlocuteurs avaient fixé le prix à 200 000 dollars, mais il a par la suite perdu tout contact avec eux.

Acte 2 : Ford nie farouchement

Ces révélations provoquent une onde de choc dans la ville. De nombreux collaborateurs du maire démissionnent. Rob Ford attend une semaine avant de se défendre. Il nie en bloc les accusations : "Je ne prends pas de crack et je ne suis pas drogué au crack", affirme-t-il lors d'une brève déclaration à la presse. "Quant à la vidéo, je ne peux pas commenter une vidéo que je n'ai jamais vue ou qui n'existe pas", ajoute-t-il, affirmant qu'il avait été "jugé par les médias sans aucune preuve".

Ford explique alors qu'il a gardé le silence et n'a pas répondu aux allégations du quotidien Toronto Star pendant une semaine sur les conseils de son avocat. "Cette semaine n'a pas été facile et elle a frappé durement ma famille, mes amis, et les habitants de Toronto", a-t-il expliqué, avant de remercier ceux qui lui ont témoigné leur soutien.

Acte 3 : la police s'en mêle

Dans les semaines qui suivent ces accusations, le débat sur l'intégrité de Rob Ford fait rage au Canada, car l'homme a déjà un passé brouillé. Elu en octobre 2010, Ford a été destitué de son poste en octobre 2012, pour une affaire de conflit d'intérêt, par la Cour supérieure de l'Ontario, comme l'explique l'édition québécoise du Huffington Post. Quatre mois plus tard, en janvier 2013, la décision est cassée et Rob Ford retrouve alors son poste, comme le détaille tvanouvelles.ca.

Finalement, quatre mois plus tard, la justice se penche à nouveau sur son cas dans cette affaire de consommation de crack. Et le 31 octobre, la police annonce avoir retrouvé la fameuse séquence vidéo, avec le maire de la plus grande ville du pays en train de consommer du crack aux côtés de trafiquants de drogues.

"Je peux vous dire que le maire apparaît bien dans cette vidéo", a précisé le chef de la police, tout en expliquant que l'enquête est toujours en cours. "Le maire de Toronto apparaît sur cette vidéo" tournée dans une maison identifiée par les médias comme un repère de trafiquants de drogues, a-t-il ajouté. Le policier a cependant confié : "En tant que citoyen de Toronto, je suis déçu".

Acte 4 : Il passe aux aveux

Le premier réflexe de Rob Ford est de nier en bloc, à nouveau. Son frère, conseiller municipal et principal soutien, exige que le chef de  la police soit renvoyé et dénonce un complot. Mais cinq jours plus tard, le maire lâche prise devant des journalistesComme le décrit le National Post (en anglais), il s'exprimait devant des journalistes à qui il a demandé de réitérer la question qu'on lui pose depuis des mois : "Avez-vous fumé du crack ?" Il répond :"Exactement. Oui, j'ai fumé du crack. J'ai fait des erreurs… Tout ce que je peux faire, c'est m'excuser et passer à autre chose."

Il expliqué son geste par une trop forte consommation d'alcool et affirmé qu'il était alors dans un état de "stupeur alcoolique". Mais il a assuré aux journalistes qu'il n'était pas dépendant à la drogue. Comme l'explique le site 24hMontreal, il a également refusé de reconnaître qu'il avait menti : "Je n'ai pas menti, vous n'avez pas posé la bonne question."

Face à la colère que provoquent ces aveux, il tient une conférence de presse où il présente ses excuses pour avoir "fait honte à toute la ville", comme l'explique le Toronto Star. Mais il annonce également qu'il entend poursuivre son "travail" jusqu'à la fin de son mandat, qui se termine en octobre 2014.

Acte 5 : une deuxième vidéo embarrassante

Les habitants de Toronto n'en ont pourtant pas fini avec les frasques filmées de leur maire. Deux jours après ses aveux, une nouvelle vidéo compromettante est rendue publique. Selon le Toronto Star (en anglais), à nouveau à l'origine de cette publication, le contexte dans lequel elle a été tournée n'est pas clair : il s'agirait de la maison d'un homme d'affaires, soutien politique de Rob Ford. On y voit le maire se lancer dans une tirade où il profère des insanités. On le voit également répéter vouloir tuer un tiers dont l'identité est inconnue. "Je vais te tuer, co*****. Je te le dis, ce sera prémédité", lance-t-il. Je vais lui arracher les yeux !"

Immédiatement après la diffusion de cette vidéo, Rob Ford a reconnu devant la presse qu'il était "extrêmement, extrêmement ivre" lorsqu'il a prononcé ces mots. Mais cette fois, comme l'explique La Presse, ses proches risquent de ne plus le soutenir, et son avenir politique semblent menacé. Le maire adjoint, Norm Kelly, l'a ainsi publiquement invité à "prendre une pause avec tous les avantages" liés à ses fonctions, y voyant là la "seule option" envisageable.

Acte 6 : Rob Ford à nouveau ivre sur une vidéo

Face au scandale, Rob Ford avait promis en novembre qu'il en avait fini avec l'alcool, rappelle l'édition canadienne du Huffington Post. Deux mois plus tard, une nouvelle vidéo est diffusée sur YouTube, où le maire de Toronto apparaît ivre dans un fast-food.

Sur ces images, tournées lundi 20 janvier, Rob Ford prend l'accent jamaïcain et insulte les policiers. Interrogé par la presse, l'élu a reconnu mardi avoir "un tout petit peu" bu : "J'étais avec quelques amis et ce que je fais de ma vie personnelle, avec mes propres amis, ne regarde que moi."

A la mairie, les opposants de Rob Ford disent attendre la prochaine élection municipale fin octobre "pour le mettre dehors". Le maire sortant s'est d'ores et déjà déclaré candidat pour ce nouveau scrutin.

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