Le Costa Rica, petit Etat latino-américain sans armée

Le Costa Rica est le premier pays à avoir constitutionnellement aboli son armée après la guerre civile de 1948. La suppression des budgets militaires a permis à cet Etat latino-américain d’investir dans l’éducation et la santé et ainsi d'améliorer le niveau de vie des Costaricains. La sécurité du pays est assurée par la police nationale.

Un officier de police costaricain monte la garde devant le bâtiment du Tribunal électoral suprême, en février 2006, à San Jose. 
Un officier de police costaricain monte la garde devant le bâtiment du Tribunal électoral suprême, en février 2006, à San Jose. 

Le 1er décembre au Costa Rica, c’est jour de fête nationale, mais sans défilé militaire. Car cette nation de 5 millions d'habitants, située entre le Nicaragua et Panama, a aboli son armée en 1948. Le président de l'époque, José Figueres Ferrer, surnommé Don Pepe, signa le décret de loi et en profita pour faire don de la caserne à l'université du pays . Cette dernière décidera par la suite de tranformer le bâtiment en musée national.

Le Costa Rica a pu ainsi réaffecter son budget militaire à l’ensemble de ses universités et à ses trois principaux hôpitaux, selon la Fondation Arias. En à peine une décennie, l’espérance de vie a décollé, le taux de mortalité a chuté et l’éducation a fait un bon en avant. Le pays présente aujourd'hui un taux d’alphabétisation proche de 100% et et s’appuie sur une sécurité sociale relativement efficace.

«Supprimer l’institution militaire répondait à une nécessité politique. L’armée était divisée, l’éliminer permettait d’éviter tout risque de renversement du pouvoir, explique Daniel Matul, professeur de sciences politiques à l’université du Costa Rica. 

La sécurité des Ticos (Costaricains) est depuis assurée par les forces de la Fuerza Publica,. Plus de 13.000 policiers assurent  les fonctions d’une police nationale classique chargée de differents secteurs: judiciaire, sécurité publique et maintien de l’ordre. Le pays compte environ un policier pour 360 habitants, contre 1 pour 460 en France.

«Source de paix et de tranquillité»
Pour son président Luis Guillermo Solís, «ne pas avoir d'armée est une source de paix et de tranquillité». Contrairement à l’Europe où, ajoute-t-il, «l’armée est associée à la défense de l’Etat, à l’essence même de la Nation mais dans beaucoup de pays d’Amérique latine, l’armée est associée au terrorisme d’Etat, à la destruction de la démocratie, à la perversion des institutions.»

Le Costa Rica n’a pas connu de guerre civile depuis 1949. Néanmoins, le pays a vu son intégrité territoriale menacée, de 2010 à 2013, par le Nicaragua du président Ortega qui a envahi la petite île stratégique de Calero. Le pays avait alors été forcé de s’appuyer sur l’aide de son allié américain et sur le droit international pour régler ce différend. L'intervention de la Cour Internationale de Justice poussera le Nicaragua à faire marche arrière.

En 2001, le président costaricain, Miguel Ángel Rodríguez, s'exclamait: «Comme président d’un pays sans armée, la recommandation que je fais à tous les pays d’Amérique est que nous éliminions les armées. A quoi bon les réduire, éliminons-les!». Avant lui, un autre président Oscar Arias Sanchez, prix Nobel de la Paix en 1987, avait cherché durant son mandat à favoriser l'abolition de l'armée dans d'autres pays d'Amérique centrale. Le Panama franchit le pas en 1994. 

Alors que le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua sombraient dans la guerre civile en 1985, 90% des Costaricains avaient répondu «non» lors d'un sondage sur un retour de l’armée. Les chances que la réponse soit la même aujourd'hui ne fait aucun doute selon les spécialistes.

En cas d'agression, le Costa Rica, membre de l'Organisation des Etats d'Amérique,  recevrait l'appui d'autres pays membres dont les Etats-Unis et le Brésil. A ce jour, une trentaine de pays dans le monde ne disposent pas d'armée.