La méthode Stromae pour se faire un nom en Amérique

A 29 ans, le chanteur belge rencontre un succès croissant aux Etats-Unis. Il rejoint le cercle très fermé des artistes francophones qui vendent des albums outre-Atlantique. 

Stromae en concert au Best Buy Theater de New York (Etats-Unis), le 20 juin 2014.
Stromae en concert au Best Buy Theater de New York (Etats-Unis), le 20 juin 2014. (STAN HONDA / AFP)

New York, vendredi 20 juin. Stromae s'apprête à monter sur la scène du Best Buy Theatre, la salle de concert de la mythique avenue Broadway. Devant la salle, certains fans déterminés attendent depuis l'après-midi pour avoir une place au premier rang. Le chanteur belge joue à guichets fermés. Les 2 100 places ont été vendues il y a plusieurs mois déjà.

Vêtu d'un bermuda et de sa traditionnelle chemise-noeud papillon, le chanteur belge fait un carton, selon RFI. Il fait danser la foule dès son arrivée, avec son morceau Ta fête, le single du moment, dont le clip, sous-titré en anglais, a été dévoilé trois jours plus tôt. Pour sa première date américaine, le maestro de la dance music se met le public dans la poche. Et en français.

Car le génie de Stromae se trouve bien là. Le Belge rejoint la liste très restreinte des artistes francophones qui font parler d'eux aux Etats-Unis. Mais à la différence des Daft Punk ou de Phoenix, il chante principalement en français. Francetv info revient sur l'étonnante épopée de Stromae vers l'Amérique. Etape par étape.

1Dès le début, il suit les leçons américaines

Première étape : apprendre des plus grandes stars du show-business. Pour faire la promo de son premier album, Cheese, sorti en 2009, Stromae décide de publier sur internet des leçons vidéo, où il décortique la réalisation de ses morceaux. Un concept brillant, qui permet d’intéresser et fidéliser le public. Surtout qu’il est encore complètement méconnu. Seuls certains l’avaient déjà entendu, avec son morceau Faut que tu arrêtes le rap, où le jeune Belge se la joue hip-hop de rue et survet’ XXL.

Mais l’idée est en fait piquée à l'Américain Ryan Leslie. Sur YouTube, le chanteur et producteur des plus grandes stars du rap fait régulièrement des vidéos où il exhibe ses synthés, trompettes et autres instruments.

“Nous voulions être moins ambitieux et m’as-tu-vu”, confie Stromae au magazine GQ. Le jeune artiste y est bien contraint, vu les moyens dont il dispose à l'époque. “J'ai pu payer l'enregistrement de mon premier maxi en travaillant un an chez Quick”, explique-t-il au magazine. Dans la leçon du morceau Bienvenue chez moi, le Belge s'amuse même du côté bricolé de ses réalisations. Le succès est immédiat et dépasse les frontières, comme le montrent les nombreux commentaires en anglais. Depuis, ses 28 leçons totalisent des millions de vues et sont désormais sous-titrées en anglais. 

2Il est repéré par des stars "made in USA"

Un morceau émerge particulièrement de ces vidéos : Alors on danse. La grosse caisse répétitive, les synthés lancinants et le saxophone strident se mêlent et créent une mélodie obsédante qui a tout pour faire un tube de l'été. Pourtant, les paroles du Belge n'ont rien de joyeuses. "Qui dit étude dit travail / Qui dit taf te dit les thunes / Qui dit argent dit dépenses / Qui dit crédit dit créance / Qui dit dette te dit huissier, qui dit assis dans la merde." Stromae chante la fatigue de l'âme et les soucis du quotidien.

Mais les stars américaines ne comprennent pas le français et s'intéressent avant tout à l'efficacité de la mélodie. S'ensuit alors une série de remix, dont celui de la superstar Kanye West. Le Belge donne même la note au Black Eyed Peas sur le plateau de l'émission Taratata.

Avec ce morceau, Stromae arrache successivement la première place des charts dans 19 pays. Même New York est conquise. Le tube fait bouger dans les boîtes de nuit de Soho ou de Brooklyn.

3Une fois connu aux Etats-Unis, il fait du français une force

Stromae est devenu le chouchou des médias américains. Le 17 juin 2014, il apparaît pour la première fois sur les écrans des Etats-Unis dans le "Late Night" de Seth Meyers. Le Belge a déjà eu les honneurs d'un portrait dans le New York Times, en octobre 2013. Dans l'article, justement titré "Désillusion, avec un beat dance" on le présente comme un "des rares musiciens contemporains à réussir à évoquer directement la morosité ambiante de l'Europe, avec un éclectisme qui lui vaut des critiques élogieuses". 

Le quotidien salue celui qu'il décrit comme "un mélange ambigu d'identités et d'influences", tant pour ses origines familiales que pour sa musique et son look. Stromae est un "dandy fluorescent", mixant "les sensibilités vestimentaires d'un gentleman campagnard anglais avec ceux de l'underground électronique". Début mai, c'est au tour du magazine culturel américain Time Out de lui offrir sa couverture. Son visage mi-homme mi-femme rappelle les déguisements de Lady Gaga.

Et pas question pour l'artiste de chanter en anglais. "Chaque culture doit garder son langage pour apporter une autre vision du monde", explique-t-il à la radio nationale américaine NPR, repris par RFI. Sa langue devient sa force, tout comme sa vie en Belgique, à laquelle il ne semble pas prêt à renoncer : "Les gens [à Bruxelles] me reconnaissent, certes, mais personne n'est dingue, personne ne crie. C'est très calme, confie-t-il à Time Out C'est sans doute pour cela que j'aime Bruxelles. C'est une ville ennuyante (sic), et c'est justement parce qu'elle est ennuyante que je suis fier de ma ville."