Fusillade au Québec : "Les anglophones sont inquiets" depuis les élections

Christian Rioux, correspondant à Paris du journal québécois "Le Devoir", revient sur l'inquiétude qui règne dans la communauté anglophone du Québec.

La police sécurise la salle de concert où le Parti québécois fêtait sa victoire aux législatives, mardi 4 septembre. Un peu plus tôt, un homme a ouvert le feu sur deux personnes, dont l\'une est morte.
La police sécurise la salle de concert où le Parti québécois fêtait sa victoire aux législatives, mardi 4 septembre. Un peu plus tôt, un homme a ouvert le feu sur deux personnes, dont l'une est morte. (ROGERIO BARBOSA / AFP)

AMERIQUES – Une victoire aux législatives endeuillée, pour le Parti québécois (PQ). Un homme a ouvert le feu pendant le discours de victoire de la nouvelle Première ministre du Québec, Pauline Marois, donné dans une salle de concert de Montréal (Canada) alors qu'elle entrait en fonction. Une personne est morte, une autre est dans un état grave.

Christian Rioux est correspondant à Paris du quotidien québécois Le Devoir. Contacté par FTVi, il revient sur les enjeux de ces élections, et surtout, sur l'inquiétude qui habite la communauté anglophone après l'arrivée au pouvoir du PQ, séparatiste et souverainiste.

FTVi : Le tireur, au moment de son interpellation, aurait crié un message pro-anglophone. Cette fusillade a-t-elle été commise par peur d'un Québec libre?

Christian Rioux : Pour le moment, on n'en sait rien. Un homme s'est introduit dans la salle où Pauline Marois a prononcé son discours de victoire, puis a tiré sur deux personnes. L'une est morte, l'autre est dans un état grave. Nous n'avons aucune idée pour le moment de l'identité de cet individu. Sur les vidéos, il n'a pas l'air d'avoir toute sa tête, semble avoir un fort accent anglais et dit que les anglophones vont se réveiller. Mais parler d'un motif politique précis pour expliquer ce geste, c'est encore de la pure spéculation.

Comment la communauté anglophone a-t-elle vécu la campagne, marquée par un retour en force des partis francophones séparatistes ?

La communauté anglophone représente 8% de la population du Québec. Elle vote à 90% pour le Parti libéral, un parti fédéraliste très attaché au Canada. Durant la campagne, elle s'est montrée inquiète du retour au pouvoir du Parti québecois, qui prône au contraire la souveraineté du Québec.

Mais c'est surtout le programme défendu par Pauline Marois qui a nourri ses craintes. Il prévoit notamment de réécrire la loi 101. Cette charte de la langue française, adoptée en 1977, n’est plus efficace pour protéger le français, selon le PQ. Le parti souhaite en effet élargir l'usage du français, par exemple aux petites entreprises.

Avec de telles mesures, la population anglophone se sentirait lésée, même si Pauline Marois a pris soin de prononcer quelques phrases en anglais pendant son discours, pour leur montrer que leurs droits seront bien respectés. Si le programme du PQ est réellement appliqué, les tensions risquent de s'aggraver entre les communautés anglophone et francophone. Le gouvernement de Pauline Marois est toutefois minoritaire, ce qui limite sa marge de manœuvre.

Le Québec est-il engagé dans un processus d'indépendance ?

Ce n'est pas à l'ordre du jour. Pour la première fois de son histoire, le Parti québecois arrive au pouvoir sans avoir promis d'organiser à tout prix un référendum sur l'indépendance. En revanche, son programme est très détaillé. Sur la langue, je l'ai dit, mais aussi sur la laïcité, ce qui est tout à fait unique en Amérique du Nord. Une charte doit être rédigée. Mais ces mesures risquent en retour d’être déclarées anticonstitutionnelles par la Cour suprême canadienne.

Il y a aujourd'hui un esprit frondeur au Québec. Cet esprit ne revendique pas nécessairement la souveraineté ou l'indépendance de la province. Mais, dans les manifestations étudiantes du printemps érable, il y a des drapeaux québécois partout, aucun canadien. Ce n'est pas un hasard si l'un des leaders du mouvement, Léo Bureau-Blouin, était candidat du Parti québécois. Il a finalement été élu à Laval. C'est aujourd'hui le plus jeune député du Québec.