Etats-Unis : pourquoi le condamné à mort Hank Skinner pourrait être disculpé

Des tests ADN, pratiqués sur des cheveux trouvés sur la scène du triple meurtre dont l'Américain est accusé, devraient le disculper, selon ses avocats.

Hank Skinner, au parloir de l\'unité Polunski, le couloir de la mort, à Livingston (Texas, Etats-Unis), le 21 mai 2013.
Hank Skinner, au parloir de l'unité Polunski, le couloir de la mort, à Livingston (Texas, Etats-Unis), le 21 mai 2013. (CHANTAL VALERY / AFP)

Il attend ces résultats d'analyse depuis une vingtaine d'années. Des tests ADN menés sur trois cheveux devraient permettre de disculper Hank Skinner, condamné à mort pour un triple meurtre, selon ses avocats, jeudi 29 août. Le prisonnier américain Henry 'Hank' Skinner est dans le couloir de la mort au Texas (Etats-Unis). Il a été condamné il y a vingt ans pour les meurtres, le 31 décembre 1993, de sa compagne d'alors, Twila Busby, et des deux fils de celle-ci. Des meurtres que le condamné, marié à une Française, a toujours niés.

Ce qui l'accable

Le soir du crime, Hank Skinner est présent dans la maison où les trois victimes sont retrouvées. Il est donc le suspect n°1 de ce crime violent, sa compagne ayant été battue à mort et ses deux fils poignardés. 

Son ADN a été retrouvé sur un grand nombre de preuves, notamment sur le couteau qui a servi à tuer les enfants. Sur le corps de Twila Busby, les enquêteurs retrouvent des cheveux. Les analyses montrent que l'un appartient au condamné. Des éléments accablants qui poussent les jurés à le condamner à mort lors du procès de 1995. 

Ce qui le disculpe

Hank Skinner était bien présent lors du réveillon où sa compagne et ses deux fils ont été tués. En revanche, il affirme avoir pris beaucoup d'alcool et de la codéine ce soir-là, un cocktail qui l'aurait mis hors d'état de nuire.

Le condamné à mort justifie la présence de son ADN sur la scène de crime. Il habitait dans cette maison, il est donc normal que ses cheveux aient pu se trouver sur la victime. De plus, explique Le Monde, il se serait blessé à la main peu de temps auparavant et aurait régulièrement utilisé l'arme du crime, un couteau de cuisine qui servait à faire des sandwichs. Cet élément expliquerait la présence de marqueurs génétiques sur l'arme du crime.

La justice n'a testé qu'une partie des preuves recueillies par les enquêteurs. Les avocats d'Hank Skinner ont dressé une liste de quarante objets à analyser, dont des prélèvements vaginaux, d'ongles, de cheveux, de taches de sang, des couteaux et un torchon. "Les doutes sur la culpabilité de M. Skinner sont bien trop importants pour le laisser être exécuté", estiment ses avocats.

Depuis des années, les procureurs refusent ces analyses ADN, sous prétexte "qu'aucun de ces éléments ne prouverait que Skinner n'a pas commis le meurtre", même si la présence d'une tierce personne sur la scène de crime est avérée, d'après le New York Times (en anglais).

Ce qui accuse un autre homme

La tierce personne serait l'oncle de Twila Busby, d'après les avocats. L'homme, connu pour être violent envers sa propre épouse, est aujourd'hui décédé. Réclamés par Hank Skinner depuis longtemps, des tests ADN ont finalement été menés sur les quatre cheveux retrouvés sur Twila Busby. Les résultats publiés le 29 août montrent que la personne à qui appartiennent trois des cheveux a un lien maternel avec les victimes. Ils attestent ainsi de "l'implication de Robert Donnell", l'oncle maternel vu en train de "harceler" Twila Busby, peu avant les meurtres. Le quatrième cheveu appartient bien à Hank Skinner.

Pour le procureur du Texas, au contraire, "ces résultats continuent à montrer le lien entre Hank Skinner et sa culpabilité dans le meurtre de Twila Busby""Quatre cheveux trouvés sur la victime ont été testés, dont trois pourraient appartenir à Twila Busby et ses deux fils, et le quatrième à Hank Skinner", précise le bureau du procureur. Les trois cheveux en question peuvent appartenir aux victimes, puisqu'ils ont un ADN proches, notent les avocats, mais un examen visuel au microscope, qu'ils joignent à leur document, montre une différence notable avec les cheveux des victimes, objectent-ils. 

Un autre élément permettait de croire à l'implication de Robert Donnell, qui a trouvé la mort dans un accident de voiture en 1997. En 2012, les avocats d'Hank Skinner avaient déploré "qu'aucune analyse ADN ne [soit] menée sur ce qui est peut être l'élément matériel clé [...], à savoir une veste coupe-vent d'homme tachée de sang et de transpiration trouvée près du corps". Depuis le premier jour de son combat pour des tests ADN, Hank Skinner insiste pour que cette veste soit testée car elle pourrait "avoir été portée par l'agresseur" et a été identifiée par un témoin comme étant portée par l'oncle de la jeune femme, mais cette dernière a été perdue depuis la tenue du procès en 1995.

L'exécution de Hank Skinner a déjà été repoussée deux fois. Pour l'instant, aucune nouvelle date n'est fixée. "Si je n'avais rien dit, je serais mort. Ils m'auraient tué depuis des années", confiait-il à l'AFP.