Crise politique en Bolivie : quatre choses à savoir sur Evo Morales, le président démissionnaire parti se réfugier au Mexique

Elu pour la première fois en décembre 2005, l'ancien président bolivien a démissionné le 10 novembre après des semaines de manifestation contre sa réélection contestée. 

L\'ancien président bolivien, Evo Morales, le 23 octobre 2019 à La Paz (Bolivie).
L'ancien président bolivien, Evo Morales, le 23 octobre 2019 à La Paz (Bolivie). (AIZAR RALDES / AFP)

"Frères et sœurs, je pars pour le Mexique." Evo Morales, l'ancien président de la Bolivie, a quitté le pouvoir, lundi 11 novembre, en prononçant ces mots. "Ça me fait mal d'abandonner le pays pour des raisons politiques, mais je serai toujours attentif. Je reviendrai bientôt avec plus de force et d'énergie", a-t-il déclaré. 

L'ancien paysan a démissionné sous la pression de l'armée et des manifestations violentes de ses opposants, en pleine crise déclenchée par sa réélection controversée le 20 octobre. Le Mexique lui a accordé l'asile politique à sa demande, parce qu'il considérait que sa vie était en danger dans son pays.

Franceinfo brosse le portrait de cette icône indigène, élue en 2005 à la tête du pays.

Un défenseur de la feuille de coca

Evo Morales est né le 26 octobre 1959 à Orinoca, dans la cordillère des Andes. Issu d'une famille de paysans modestes, il fait ses débuts en politique en défendant les intérêts des producteurs des feuilles de coca, cette plante dont est tirée la cocaïne. Il devient le président de la Fédération des cocaleros du tropique de Cochabamba, les paysans cultivateurs de coca, puis se fait élire député en 1997. Son mandat sera marqué par son opposition à la politique d'éradication forcée de la culture de coca, menée par le gouvernement d'Hugo Banzer. "La culture de la coca en Bolivie est millénaire. Elle fait partie de la culture aymara et est la colonne vertébrale de la culture andine", expliquait-il en 2002 au journal L'Humanité. Cet engagement aux côtés des cocaleros lui vaut d'être expulsé du Parlement en 2002. 

Elu président en décembre 2005, il milite, au nom du respect d'une pratique ancestrale, pour la dépénalisation de la mastication de la feuille de coca, qu'il obtient auprès de l'ONU en janvier 2013, comme le raconte Le Figaro. Il s'oppose également aux activités dans son pays de la DEA, l'agence anti-drogue américaine, et finit par expulser ses membres, ainsi que l'ambassadeur américain en 2008.

Un indigène au sommet du pays

Evo Morales est aymara, l'une des principales ethnies boliviennes avec les Quechua. Son élection, en décembre 2005, est historique et fait de lui une icône internationale : pour la première fois, la Bolivie est dirigée par un indigène. Peu après son élection, il dote le pays d'une nouvelle Constitution et en fait un "Etat plurinational", avec 36 nations et autant de langues. "Evo Morales a redonné de l'estime de soi à tout un secteur de la population. Il y a eu cette sensation que la discrimination était terminée, que des possibilités nouvelles s'offraient à tout le monde, peu importe le groupe social ou ethnique", explique au Monde Claude Le Gouill, sociologue et chercheur associé au Centre de recherche et de documentation sur l'Amérique latine.

Un bilan plutôt flatteur

En arrivant au pouvoir, Evo Morales nationalise les hydrocarbures – pétrole, gaz – et signe des accords avec les différentes compagnies pétrolières. "L'Etat a tiré sept fois plus de revenus du secteur énergétique qu'avant la nationalisation, en partie grâce à la flambée des prix des matières premières sur le marché mondial", note Libération. Cette manne lui permet de financer de nombreux programmes sociaux, qui font drastiquement baisser le niveau de pauvreté extrême, qui passe de 36,7% en 2005 à 16,8% en 2015 selon l'ONU, cité par Le Figaro. La pauvreté modérée passe elle de 60 à 36% de la population.

L'ancien président peut aussi mettre en avant la bonne santé de l'économie bolivienne : le PIB est passé de 9 milliards en 2006 à 38,5 milliards d'euros en 2019 selon le FMI. "Il a permis au pays de connaître une longue période de stabilité économique et politique, alors qu'avant lui deux présidents en deux ans avaient dû renoncer à leur mandat sous la pression de la rue", note Le Figaro. Libération relève cependant une "défense déficiente de l'environnement", reprochée au gouvernement par les communautés indigènes d'Amazonie.

Un homme accroché au pouvoir

Réélu en 2009 et en 2014 dès le premier tour, Evo Morales glisse petit à petit vers l'autoritarisme. En 2009, la police réprime violemment un mouvement d'indigènes qui s'opposaient à la construction d'une route coupant en deux leur territoire. "Les images de l'attaque diffusées par la télévision ont témoigné d'une disproportion des moyens et d'une grande violence contre les manifestants", écrit Robin Cavagnoudchercheur en sociologie pour l'Institut français d'études andines (IFEA) à La Paz.

Surtout, Evo Morales ignore les résultats du référendum de 2016. Une majorité de Boliviens refusent qu'il modifie la Constitution pour se représenter en 2019, il décide de concourir quand même pour l'élection du 20 octobre. Les premiers résultats le donnent en ballottage favorable, puis, soudainement, l'écart avec son adversaire grandit et le président est annoncé réélu dès le premier tour. Immédiatement, les accusations de fraudes pleuvent. Une vague de contestation se lève et le contraint, après trois morts et 383 blessés, à quitter son poste.