"Ce n’est pas la paix, ça !" : en Colombie, l'accord avec l'ex-guérilla des Farc au cœur des débats de l'élection présidentielle

De nombreux Colombiens, appelés aux urnes dimanche, remettent en cause les termes de l'accord de paix conclu en 2016.

Un homme brandit un drapeau colombien devant le Congrès à Bogota (Colombie), le 30 novembre 2016.
Un homme brandit un drapeau colombien devant le Congrès à Bogota (Colombie), le 30 novembre 2016. (GUILLERMO LEGARIA / AFP)

En Colombie, un climat d'insécurité et d'instabilité pèse sur l'élection présidentielle, dont le premier tour a lieu dimanche 27 mai. Les plaies laissées par le conflit armé de plus de 50 ans mené par les Farc sont encore béantes. L'accord de paix signé en novembre 2016 a permis au pays de sortir d'une spirale de violence mais certains anciens guérillos menacent de reprendre les armes. Ces derniers accusent des milices d'extrême-droite de tuer plusieurs de leurs membres. De nouveaux groupes armés ont également fait surface en Colombie. 

Un accord de paix pas assez sévère pour certains

L'accord signé entre le gouvernement colombien et les ex-Forces armées révolutionnaires de Colombie divise la population. Selon plusieurs sondages, la majorité des Colombiens jugent ce texte injuste, trop complaisant avec les anciens guérillos. Une aubaine pour le candidat de la droite conservatrice, Ivan Duque, qui propose une révision de l'accord. "Il faut des lois, des condamnations. Ce n’est pas la paix, ça ! Il faut une vraie réforme de la justice", réclame Francisco, un électeur séduit par Ivan Duque.

Manque de transparence du gouvernement

Pour d'autres Colombiens, l'accord de paix a été long à obtenir et il faut donc à tout prix le maintenir. "Il y a eu tellement de morts, de sang qui a coulé. Maintenant, l’accord est bien réel, il a été signé, il faut le mettre en œuvre. C’est difficile mais c’est normal, ça prend du temps", explique Luis, 59 ans, ingénieur mécanique de Bogota.

En octobre 2016, un premier accord de paix soumis à un référendum avait été rejeté par les électeurs colombiens. Et c'est un texte largement modifié qui avait été adopté par le Sénat et la Chambre des représentants. Cette défiance est le fruit d'un manque de transparence dans les négociations, estime le politologue Paco Pecerra. "L’accord n’a pas été bien expliqué par le gouvernement qui l’a pourtant promu. Ça a manqué de pédagogie pour que le pays le comprenne, aussi bien les élites que les classes populaires. C’est ce qui a engendré une stigmatisation de cet accord", explique-t-il.