Zambie : entre Covid-19 et crise de la dette, les habitants en très grande difficulté

La population du premier pays africain à faire défaut sur sa dette a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts.

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Des volontaires distribuent une aide alimentaire à Simumbwe, en Zambie, le 22 janvier 2020. 2,3 millions de personnes étaient déjà à cette date en situation d'insécurité alimentaire sévère. (GUILLEM SARTORIO / AFP)

Alors que la crise sanitaire affecte l'économie mondiale, certains pays émergents payent un lourd tribut à la pandémie de Covid-19. La Zambie, enclavée en Afrique australe, en est un exemple. Premier pays d'Afrique en défaut de paiement, elle voit le niveau de vie de ses habitants chuter un peu plus chaque jour.

Plus de 10 milliards d'euros de dette

Mi-novembre, la Zambie, très endettée auprès de la Chine et dont la dette extérieure est estimée à plus de 10 milliards d'euros, a déclaré qu'elle ne rembourserait plus aucun créancier, privés pour la moitié de cette dette. Deuxième producteur mondial de cuivre, le pays a souffert notamment de la dégringolade des prix des matières premières et d'une grande sécheresse.

Un mois auparavant, Lusaka n'avait pas honoré l'échéance de 33,7 millions d'euros prévue dans le remboursement d'une émission obligataire de plus de 632 millions. Conséquence : l'agence de notation Standard & Poor's avait relégué le pays dans la catégorie "défaut de paiement", ce qui implique des pénalités qui gonflent encore plus le coût de la dette.

La Banque africaine de développement avait évalué en 2019 cette dette publique à 80% de son PIB, contre 35% à la fin 2014.

Peu de marges de manœuvre

Les pays du continent ont "abordé la crise avec des marges de manœuvre budgétaires bien moindres que celles dont ils disposaient avant la crise financière mondiale de 2008-2009". Ils "ne peuvent donc se payer le luxe de faire" ce qui est nécessaire pour sauver leurs économies comme les pays riches, qui y ont consacré en moyenne quatre fois plus de ressources, déclare à l'AFP Abebe Aemro Selassie, le chef du FMI pour l'Afrique.

Et c'est alors que la dette publique touche 'le citoyen ordinaire' "

Nalucha Ziba, directrice de l'ONG ActionAid

à l'AFP

Depuis que la Zambie a déclaré mi-novembre qu'elle ne rembourserait plus ses créanciers, les prix ont commencé à flamber.

Neuf euros par mois pour faire vivre quatre personnes

Le prix du paquet de farine de maïs de 25 kilos a augmenté de plus de 12% en trois semaines et coûte désormais 6,30 euros, indique l'AFP. Le kilo de pommes de terre a pris 30% et s'établit à 4,50 euros contre un peu plus de 3,10 euros auparavant. Une partie des 17 millions de Zambiens les plus pauvres sont étranglés par la montée des prix. Comme ailleurs en Afrique, au Malawi par exemple, ils ont de plus en plus de mal à manger à leur faim.

"Je ne fais plus qu'un repas par jour"

Esther Kalaba, une habitante de Lusaka

à l'AFP

Cette veuve, mère de trois enfants, qui fait des ménages raconte à l'AFP que son salaire de 35 euros par mois suffit à peine à payer ses charges, notamment un loyer de 22,50 euros, et qu'il ne lui reste que neuf euros pour faire vivre sa famille dans la capitale zambienne. 

Si les caisses de l'Etat sont vides, "ça signifie qu'il n'y a plus d'argent pour acheter des médicaments pour nos hôpitaux, des craies pour nos écoles"

Mambo Hamaundu, économiste indépendant zambien.

à l'AFP

Ainsi, certains médicaments commencent à manquer et "se soigner est devenu cher", constate Bright Mapiki, qui tient une pharmacie à Lusaka.

En 2020, la Zambie devrait voir son Produit intérieur brut (PIB) reculer de 4%. Quant à la croissance du PIB par habitant, elle devrait plonger de 6,7%. Le 8 décembre, le Fonds monétaire international annonçait que Lusaka avait entamé des négociations afin d'obtenir un soutien financier pour ses réformes publiques. 

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