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La Tunisie minée par une crise économique, sociale et politique

L’attaque contre un bus de la garde présidentielle, le 24 novembre 2015 à Tunis, s’est produite dans un pays déjà malade du terrorisme. Mais aussi miné par une grave crise économique, sociale et politique.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Manifestation devant le siège du syndicat UGTT à Tunis, le 31 octobre 2015. (AFP - Fethi Belaïd)

Le tourisme, un des piliers de l’économie, est en plein marasme suite aux attentats du musée du Bardo à Tunis, en mars 2015, et de Sousse, en juin. A tel point que le secteur est «menacé de disparition», affirme Le Point. La saison estivale a pu en partie être sauvée par la clientèle nationale, voire régionale, notamment algérienne. Mais les arrivées de touristes européens ont, elles, chuté de moitié depuis janvier. Des chaînes internationales ont récemment annoncé qu'elles fermeraient leurs hôtels tout l'hiver.

D’une manière générale, l’économie est en pleine récession. Sa croissance a été de 1% au premier semestre 2015 et risque de ne guère dépasser 0,5% pour l’ensemble de l’année. Pour l’instant, elle a pu «éviter le pire», dixit le ministre des Finances Slim Chaker, grâce à la chute des prix du pétrole et grâce à des exportations agricoles record, notamment d’huile d’olive et de dattes.

Dans le même temps, le taux d’endettement du pays est en hausse. Selon un spécialiste citée par le site leconomistetunisien, entre fin 2010 (juste avant le renversement du dictateur Ben Ali) et 2015, ce taux est passé de 39% à 53%. «Les dettes de la Tunisie étaient exploitées, avant la révolution, pour les investissements et le développement. Alors qu’à ce jour, elles sont consacrées aux dépenses publiques, notamment aux salaires de la fonction publique», affirme le site. La situation est telle que certains craignent un défaut de paiement…

Grèves à répétition
La situation sociale n’est, elle non plus, guère riante. Une grève générale a ainsi été observée le 19 novembre à Sfax, seconde ville du pays. Tandis que d’autres étaient annoncées pour le 25 à Tunis et le 26 à Sousse, et par la suite dans d’autres villes. A la suite de l’attentat, l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens), le principal syndicat, a annoncé le report de ces arrêts de travail dans le secteur privé, «en prenant en considération l’intérêt du pays en cette rude épreuve».

«Où va-t-on donc et que cherche-t-on par cette avalanche de grèves engagées ou à venir (…)? (…) Pourquoi cet entêtement jusqu’au-boutiste, ces bras de fer aveugles (…)? Des revendications contagieuses, à l’allure de diktat et de plus en plus impossibles à satisfaire, ne mettent pas seulement l’économie en péril, mais elles menacent d’effondrement l’ensemble du pays, de ses institutions et des piliers qui lui ont permis de tenir jusque-là», commente le journal La Presse dans un éditorial.

Pour autant, il ne faut pas perdre de vue que le pouvoir d’achat aurait baissé de 40% entre début 2011 et début 2015 en raison de la hausse «vertigineuse» des prix des denrées essentielles, selon l’Organisation de défense des consommateurs citée par le site espacemanager.com. En octobre, l’inflation s’est élevée à 5%. Le nombre de pauvres aurait, lui, augmenté de 30% en quatre ans, selon le site. La crise touche désormais la classe moyenne. Pas étonnant dans ce contexte que depuis la révolution de 2011, les manifestations se soient multipliées…
 
Le président tunisien, Beji Caïd Essebsi, le 6 février 2015 à Tunis (REUTERS - Zoubeir Souissi)

Crise politique
Pour ne rien arranger, la crise est aussi politique. Elle atteint notamment les rangs du parti majoritaire Nidaa Tounès qui se fissure. Trente et un députés ont récemment menacé de démissionner du groupe parlementaire du mouvement à propos d’une initiative prise par le président Béji Caïd Essebsi, alias BCE. Pour résoudre les querelles internes, celui-ci aurait notamment proposé la tenue d’un congrès.

Au-delà, c'est la coalition entre Nidaa Tounès et le parti islamiste Ennahda qui se trouve sur la sellette. «Une partie de l’opinion, irrémédiablement opposée à Ennahdha, – englobé dans le même rejet que les groupes djihadistes –, s’insurge de plus en plus contre leur présence au sein du gouvernement et exige que leurs dirigeants soient traduits en justice pour leur complicité supposée dans le développement du terrorisme en Tunisie», rapporte La Croix. BCE est accusé de protéger les islamistes, en échange d'un soutien à son fils, Hafedh Caïd Essebsi, «en train de prendre le contrôle de Nidaa Tounes». Celui-ci agissant contre un certain nombre des fondateurs du parti. Lesquels entendaient, au départ, rassembler une force anti-islamiste.
 
Au-delà du fonctionnement des institutions, le personnel politique est, lui aussi, menacé par la violence. Le prédécesseur de Béji Caïd Essebsi, Moncef Marzouki, a ainsi été informé d’un projet d’assassinat contre lui, rapporte l’AFP. Des proches de l’ancien président ont affirmé avoir été mis au courant lundi matin d'un projet mené «par une partie terroriste». Âgé de 70 ans, cet ancien opposant du régime de Ben Ali avait été élu à la présidence par l'Assemblée constituante fin 2011. Il a été battu lors des élections de fin 2014 par BCE, premier président démocratiquement élu en Tunisie.

Depuis la révolution qui a mis fin au régime de Ben Ali en 2011, le pays a notamment été marqué par l'assassinat de deux opposants de gauche, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, respectivement en février et juillet 2013.

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