L'Allemagne et les Etats-Unis protègent la frontière entre Tunisie et Libye

L’attaque menée par des terroristes armés sur la ville tunisienne de Ben Guardane, a rappelé que la Tunisie est sous la menace directe des islamistes. La frontière avec la Libye constitue le talon d’Achille de la sécurité du pays. D’où la construction d’une séparation physique et électronique entre les deux pays.

Les forces spéciales de l\'armée tunisienne, lors d\'un entraînement militaire à la frontière avec la Libye, le 6 février 2016
Les forces spéciales de l'armée tunisienne, lors d'un entraînement militaire à la frontière avec la Libye, le 6 février 2016 (AFP/Fethi Belaid)

450 km de frontière entre la Tunisie et la Libye. Aujourd’hui cela constitue une menace permanente pour le pays. Car profitant de l’anarchie régnante en Libye, Daech s’est implanté dans la région de Syrte, mais évolue en quasi impunité sur tout le territoire.
 
L’attaque menée le 7 mars contre la ville de Ben Guardane, montre la facilité d’action des djihadistes. La ville située sur la côte méditerranéenne est à une vingtaine de kilomètres de la frontière.
 
Pourtant, depuis l’attentat contre le musée du Bardo le 18 mars 2015, la Tunisie a commencé à construire une frontière physique, un immense ensemble de fossés et de murs entre les deux pays. Un deuxième système plus élaboré repose sur une surveillance électronique du désert. Un ensemble de radars, de caméras installées sur des tours de contrôle, parachevé par un survol au moyen de drones.
 
Selon le ministre tunisien de la Défense, Farhat Horchani, qui s’exprimait à Monastir le 6 mars 2016, la protection physique est opérationnelle sur la moitié de la distance, de Ras Jédir à Dhiba.

Protection électronique 
En ce qui concerne la surveillance électronique, la mise en œuvre est un peu plus compliquée.
En fait, le gouvernement prépare le cadre juridique permettant la présence de militaires étrangers sur le sol tunisien. En effet, des techniciens allemands et américains vont très prochainement commencer l’installation des systèmes. Pour le ministre les soldats tunisiens devront également être formés au pilotage des drones. Ainsi, moyennant un dispositif coûteux s’élevant à 150 millions de dinars (75 millions d’euros), toute la frontière devrait être surveillé
 
Farhat Horchani compte même sur la collaboration de la population dans le domaine du renseignement. A cet égard, il félicitait la ville de Ben Guardane. C’était la veille de l’attaque !
 
Selon le site internet tunisien Réalité, on estime que 8000 soldats sont mobilisés tout le long de la frontière. Une présence jugée inefficace par le site. «On a vu récemment le passage de 33 personnes qui ont pu fuir à travers la frontière et rejoindre la ville de Nalut.» L’actualité lui a tristement donné raison.
 
A l’été 2015, un groupe de travail des Nations Unies alertait les autorités tunisiennes sur un nombre croissant de leurs ressortissants combattant dans les rangs de Daech. 4000 en Syrie et 1500 en Libye. Selon la directrice du groupe de travail, Elzbieta Karska, la Libye sert aussi de base arrière. «On nous a raconté à plusieurs reprises que de nombreux combattants étrangers suivent un entrainement en Libye.»