En Tunisie, un blogueur est condamné à deux ans de prison ferme pour "calomnie publique"

La peine est jugée très sévère par l’ONG Human Rights Watch qui s'inquiète pour la liberté d'expression

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Une jeune tunisienne brandit une pancarte indiquant "La liberté est prise, pas donnée", lors d'une manifestation devant le Parlement à Tunis contre le nouveau projet de loi de protection des forces de sécurité, le 8 octobre 2020. (CHEDLY BEN IBRAHIM / NURPHOTO)

L’organisation Human Rights Watch (HRW) a appelé la Tunisie à "abroger les lois restreignant la liberté d'expression" après la condamnation à deux ans de prison ferme d'un blogueur. Wajdi Mahouechi avait reproché avec véhémence à un magistrat de ne pas enquêter sur un imam ayant justifié le terrorisme.

Que s’est-il passé ?

Wajdi Mahouechi, 31 ans, exprime régulièrement ses opinions sur Facebook. Le 1er novembre 2020, il réagit à une vidéo mise en ligne par un imam (religieux musulman). Dans cette publication, supprimée depuis, ce dernier justifie le meurtre de personnes insultant ou caricaturant le prophète Mohammed. Une référence à la décapitation en France de l’enseignant Samuel Paty. Wajdi Mahouechi se dit choqué, il interpelle la justice d'une manière véhémente, déplore son manque de réaction et qualifie même le procureur de "lâche".

Le lendemain, c’est le blogueur qui est arrêté. Il est interrogé par les services de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, selon Human Rights.

De Facebook à la prison

Le blogueur est aujourd’hui dans une prison de Tunis. Il a été condamné par la justice à deux ans de prison ferme pour "calomnie publique" et "outrage à un fonctionnaire" conformément au code pénal de 2001. L'imam a également été poursuivi pour ses propos, selon le porte-parole du tribunal de Tunis cité par l’AFP. Ce dernier n’a pas pu confirmer en revanche si l'imam était libre ou en détention provisoire. L'organisation Human Rights Watch relaie l'affaire et appelle à l'abrogation des lois remontant à l'ancien régime autocratique.

Les codes juridiques de la Tunisie regorgent de lois vagues que les autorités exploitent pour pénaliser la liberté d’expression et faire taire les voix critiques

Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch

La défense veut faire appel

Wajdi Mahouechi n’est pas seul. Il est notamment soutenu par Blogueurs Sans Frontières, une organisation formée d’avocats bénévoles pour défendre les activistes qui s'expriment sur les réseaux sociaux. L'avocat du blogueur, Mohamed Ali Bouchiba veut faire appel du verdict. Deux ans de prison, c’est selon lui, la plus sévère prononcée à ce jour dans ce genre d'affaires.

Depuis 2017, les tribunaux tunisiens ont condamné à la prison six activistes pour des propos publiés sur les réseaux sociaux, selon HRW. Dans un rapport publié début novembre, Amnesty International a déploré de son côté la multiplication des poursuites pénales qui menacent la liberté d'expression en Tunisie. Une régression évidente lorsque l'on sait que la Tunisie a été classée premier pays arabe en matière de liberté de la presse, selon une étude publiée en 2019 par Reporters sans frontières.  

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