Covid-19 en Tunisie : ce que l'on sait sur la situation "catastrophique" du pays, en proie à une recrudescence des cas

La Tunisie a enregistré ces dernières semaines un nombre record des contaminations au Covid-19, entraînant une saturation de son système de santé. Une situation qualifiée de "catastrophique" par le ministère de la Santé.

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Un médecin tunisien apporte les premiers soins aux patients du Covid-19, dans un hôpital de Tunis, le 16 juillet 2021.  (FETHI BELAID / AFP)

La Tunisie figure désormais dans la liste des pays classés en "rouge" pour la France, synonyme de mise en quarantaine de tous les voyageurs arrivant sur le territoire, a annoncé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, mardi 13 juillet. Et de fait, le pays enregistre depuis quelques semaines un nombre record de contaminations : 7 800 cas par jour en moyenne, selon l'AFP, ce qui correspond à une augmentation de 47% du nombre de nouveaux cas. Des chiffres jamais atteints depuis mars 2020. La situation est telle que le ministère de la Santé l'a qualifiée de "catastrophique", jeudi 8 juillet. Franceinfo fait le point. 

Le variant Delta en première ligne

La cause de cette nouvelle vague ? Le variant Delta, qui frappe très durement le pays et représente près de la moitié des contaminations. "La situation sanitaire est grave et tous les indicateurs sont au rouge", a alerté dans un entretien à l'AFP le représentant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le pays, Yves Souteyrand. 

Le 1er juillet, les autorités tunisiennes ont rétabli le confinement sur une partie du territoire, annonçant également dans un communiqué la prolongation du couvre-feu, de 20 heures à 5 heures, et l'interdiction de déplacement entre les régions. Cela concerne six gouvernorats, dont la ville de Tunis et sa banlieue. Face à la situation, la Libye voisine a également annoncé la fermeture de ses frontières avec la Tunisie pour une semaine, début juillet. 

Un système de santé saturé

"Le système de santé s'est malheureusement effondré", a déploré la porte-parole du ministère de la Santé, Nissaf Ben Alaya, le 8 juillet, dans un entretien à une radio tunisienne. En effet, le manque de moyens matériels et de personnel dans le pays est criant. Déjà surchargés depuis plusieurs années, les hôpitaux se retrouvent débordés par l'afflux de patients. La Tunisie doit notamment faire face à une pénurie d'oxygène et à un manque cruel de matériel d'assistance respiratoire. "Quatre patients sont ventilés par une seule source murale. C'est la pénurie complète d'oxygène", déplore le docteur Zoubli Aymen, interviewé par France Télévisions.

Les lits des hôpitaux sont également saturés : 92% des lits de réanimation dans le public étaient occupés début juillet, a communiqué le ministère de la Santé tunisien sur son compte Facebook. Un déficit que même les hôpitaux de campagne mis en place ces derniers mois ne parviennent pas à combler. 

Un appel à l'aide internationale

Ces dernières semaines ont constitué un signal d'alarme pour la communauté internationale, dont les pays annoncent, tour à tour, leur soutien à la Tunisie. Le Maroc a décidé, le 14 juillet, d'envoyer une "aide médicale d'urgence" à son voisin, contenant notamment deux unités de réanimation complètes dotées d'une capacité de 100 lits, des respirateurs ou encore des générateurs d'oxygène. 

De son côté, la France a annoncé l'envoi de deux millions de masques FFP2 ainsi que de 25 concentrateurs d'oxygène, pour venir en aide à la Tunisie. Le président français Emmanuel Macron a également apporté son soutien au pays, sur Twitter.

La campagne de vaccination à la traîne

Autre problème majeur : les retards que connaît la campagne de vaccination, entamée mi-mars. Alors que le pays est entièrement dépendant du dispositif mondial Covax d'aide aux pays les moins développés, l'arrivée des doses est à la traîne. Au mois de juin, le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, annonçait que seulement 1,6 million de doses de vaccins avaient été réceptionnées par la Tunisie, pour une population de près de 12 millions d'habitants.

A l'heure actuelle, seuls 13% des Tunisiens ont reçu une première dose de vaccin, et 6% de la population est entièrement vaccinée, selon Our world in data, le projet piloté par l'université britannique d'Oxford, contre 43,6% complètement vaccinés en France.

"La Tunisie s'y est prise assez tard pour vacciner, par rapport à d'autres pays voisins comme le Maroc. Et aujourd'hui, pour des raisons de crise des finances publiques, elle n'a pas assez de doses", précise Vincent Geisser, spécialiste de la Tunisie et chercheur à l'Institut de recherches et d'études sur les mondes arabes et musulmans (Iremam) dans un entretien à franceinfo.

En réaction, la France s'est engagée à livrer "plus d'un million de doses de vaccins" à la Tunisie. Un lot de 324 000 doses a déjà été réceptionné dimanche 18 juillet, par le biais de l'initiative Covax. 

Un contexte socio-politique instable

L'instabilité politique en Tunisie constitue également un obstacle dans la lutte contre la pandémie. Le pays a notamment connu trois ministères de la Santé différents depuis le début de la crise. En septembre dernier, la Tunisie s'est dotée d'un nouveau chef de gouvernement, le troisième en un peu moins d'un an. Dans le pays, les manifestations sont fréquentes contre le gouvernement, ou pour contester les violences policières

Selon le représentant de l'OMS, Yves Souteyrand, dans un entretien au journal Arab News, la Tunisie est le pays qui dispose du taux de mortalité le plus élevé d'Afrique et du monde arabe. A l'heure actuelle, le pays comptabilise plus de 510 000 cas et 16 650 morts. Une situation qui inquiète l'OMS, alors que les festivités de l'Aïd sont lancées à compter du 19 juillet. 

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